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Site dédié à la Science de l'Esprit de Rudolf Steiner

Questionnements, essais et considérations portant sur divers aspects liés à la science de l'esprit (science initiatique moderne) de Rudolf Steiner

Citation
  • « (...) le mort ne peut faire l'expérience de son entourage spirituel que dans la mesure où il a déjà acquis sur le monde spirituel les pensées qu'un homme peut former sur la terre. Voyez-vous, bien des gens disent de nos jours : qu'avons-nous besoin de nous soucier de la vie après la mort ? Nous pouvons bien attendre d'être morts, et nous verrons bien ce qui se passe. - C'est là une idée tout à fait fausse. On ne voit rien du tout après la mort si l'on ne s'est formé pendant la vie aucune idée du monde spirituel, si on a vécu en matérialiste. »

    Christiana (Oslo), 17 mai 1923 – GA226

    Rudolf Steiner
(Temps de lecture: 5 - 9 minutes)

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Sur un texte que j'ai écrit, le vidéaste Sylvain Leser a réalisé une vidéo dans laquelle la lecture est remarquablement claire et audible, sans être gênée par aucun autre son que celui de sa voix, et a concocté une série d'images pour l'illustrer. On aura plaisir à retrouver des figures achétypales de la Flandre telles que Thyl Ulenspiegel -Till l'Espiègle, en français, même si Charles de Coster, le grand auteur épique francophone flamand, l'appelait de son nom germanique. Pour l'écouter, on peut cliquer sur ce lien. Ci-dessous, je place le texte même, complété, pour ceux qui préfèrent lire plutôt qu'écouter, notamment pour le temps que souvent on y gagne.

 

La capacité anthroposophique (notamment celle de Rudolf Steiner) à créer des pensées détachées du monde physique se tenant par elles-mêmes de façon logique avait naturellement son pendant dans l'art, et, au sein du récit, il renvoie évidemment aux images mythiques se tenant logiquement par elles-mêmes dans l'ordre du temps. Cela crée, en général, les plus belles épopées, les plus beaux récits de l'histoire humaine, et c'est bien pour cela que Rudolf Steiner a vivement conseillé, dans ses pensées pédagogiques, de les produire ou de les étudier dans l'espace scolaire, et a commenté si souvent les mythologies anciennes, ou simplement les textes à tendance mythologique de la littérature récente – le Faust de Goethe, la Messiade de Klopstock, le Paradis perdu de Milton. Qu'il ait critiqué, depuis la théorie et la pureté doctrinale, certains aspects de ces œuvres, reprochant même à Goethe d'avoir confondu Lucifer et Ahriman, ne doit pas être exagéré dans sa portée, et il est évident que cultiver ces œuvres enseigne de toute façon à l'âme à pénétrer le monde spirituel, même quand elles sont philosophiquement imparfaites : le Goethéanum a bien été créé pour représenter le Faust de Goethe.

Il est donc plutôt ridicule de voir, émanées de ce même Goethéanum, des critiques très négatives contre des œuvres littéraires postérieures à Steiner, et ayant la même tendance mythologique, parfois cherchant consciemment, même, à refléter le monde spirituel. Il est plutôt consternant, à cet égard, de voir rejeter l'œuvre de J. R. R. Tolkien (1892-1973), nourrie de catholicisme médiéval et de mythologies antiques, mais aussi de l'anthroposophie d'Owen Barfield (1898-1997); car que Tolkien, éventuellement, n'ait pas été plus parfait que Goethe, ne signifie pas qu'il ait été pire, et que ses intentions n'aient pas été saines: il pensait réellement que ses inventions reflétaient une vérité de l'Esprit, il l'a dit, tout à fait clairement, dans des textes et en privé, assimilant l'art mythologique et épique à celui de saint Jean de Apocalypse. Le condamner parce qu'il n'aurait pas réussi est arbitraire, venant tout de même de gens qui n'ont pas montré sous ce rapport de capacité particulière, et illogique au vu de la sincérité de sa démarche. On pourrait penser qu'il y a un rejet de la culture anglophone en général, l'idée qu'elle ne peut pas, organiquement, pénétrer le monde spirituel de façon saine, mais il y a aussi simplement la peur du monde spirituel tel qu'il se renouvelle dans ses manifestations, après qu'on s'est habitué aux formes créées par Rudolf Steiner et ses collaborateurs: l'habitude les fait dormir, pour ainsi dire, et quand on découvre des formes nouvelles, on est aussi choqué que si on avait découvert celles de Steiner pour la première fois, ou tout comme. Il y a des trésors de pénétration des mystères dans la littérature du XXe siècle, et il faudra apprendre à les traiter avec une véritable objectivité.

Comme le champ est vaste, et que ce site est belge, je voudrais commencer par explorer à cet égard la tradition belge francophone, dont Steiner à ma connaissance n'a jamais parlé, même quand elle le précédait: la barrière de la langue existe, également. Et celle de l'État, celui de Paris monopolisant la littérature francophone, sans laisser rien aux États voisins. Car Steiner a bien pu faire l'éloge, avec raison, de Victor Hugo, mais il n'a jamais évoqué Charles de Coster, par exemple.

Rappelons que l'épopée belge, comme on pourrait l'appeler, est née en 1830 d'une tentative de concilier le libéralisme et l'esprit des Lumières, d'un côté, et le catholicisme traditionnel, de l'autre. Steiner, à sa manière, en a parlé. Les principes constitutionnels du royaume de Belgique étaient largement inspirés du prêtre remarquable, d'origine bretonne, Félicité de Lamennais (1782-1854), rejeté par l'Église pour ses excès de libéralisme et ses pensées sociales, peut-être aussi par son idée que la théologie chrétienne et les sciences naturelles pouvaient trouver à s'articuler. Ce compromis belge, quoi qu'il en soit, devait s'avérer fécond politiquement, et culturellement.

Charles de Coster (1827-1879), donc, a, le premier, réalisé une épopée grandiose, avec La Légende de Thyl Ulenspiegel, précédée de Légendes flamandes remarquables: l'esprit de la Flandre éternelle s'y trouve, et le gardien du peuple y renaît éternellement sous l'action des forces élémentaires. L'atmosphère toute germanique des lieux baigne ce récit à la gloire des rebelles à l'autorité étrangère qu'étaient Till l'Espiègle et son entourage, en lutte contre le roi d'Espagne Philippe II. Remarquablement, De Coster tend à glorifier le protestantisme contre le catholicisme étriqué de Philippe II, mais cela ne l'empêche pas de lier son héros aux elfes de la terre flamande, d'en faire l'immortel envoyé.

La science-fiction belge a souvent utilisé le prétexte du voyage interstellaire pour pénétrer le monde spirituel. J. H. Rosny aîné (1856-1940), l'auteur de la fameuse Guerre du feu, a, dans Les Navigateurs de l'infini, raconté un voyage sur Mars en machine volante, au sein duquel les Terriens découvrent des formations gazeuses pensantes et des êtres trinitaires diffuseurs de lumière et à même d'engendrer sans relations sexuelles directes. Monde élémentaire idéalisé et spéculé, mais tout de même dans la direction du mystère.

L'auteur fantastique Jean Ray (1887-1964) semblait être doué d'un certain don pour pénétrer le monde élémentaire spectral, car dans ses nouvelles et récits, il l'a fait d'une façon remarquablement convaincante, mêlant la raison et l'intuition, ou l'imagination d'une façon qu'on a peu vue en France, où le rationalisme pétrifie en général les recherches imaginatives et limite les pénétrations intuitives des choses: il a une force excessive, il tend à l'abstraction, ramène vers l'allégorie trop facilement ce qui vient des profondeurs, et au fond lui fait peur, comme peut le montrer le rejet de l'anthroposophie mais aussi du Coran, où on parle libéralement des anges et même des démons, très fort actuellement au pays des rois embourgeoisés, je veux dire des bourgeois devenus rois que sont les présidents plus ou moins gaulliens de l'Élysée.

Dans la mouvance surréaliste, le grand Henri Michaux (1899-1984) a aussi ouvert profondément à un monde élémentaire présenté de façon subtilement cohérente, et son Voyage en Grande Garabagne à cet égard est impressionnant, donnant le sentiment qu'il est réellement allé dans un autre monde, celui des êtres spirituels vivant dans l'atmosphère terrestre, inquiétants et beaux tout à la fois. Il y retrouve la qualité du pays des elfes tel que Tolkien l'a aussi présenté - quoique peut-être en l'idéalisant moins, avec plus de réalisme, ou moins de foi chrétienne et plus de nihilisme: tout dépend du point de vue. De fait, si on devait le comparer à des auteurs anglophones en général, on serait tenté de songer à l'Américain H. P. Lovecraft (1890-1937), auteur de contes fantastiques à l'impressionnante imagination cosmique, mais à la philosophie essentiellement tragique et matérialiste, et au sein desquels les forces cachées sont au mieux égoïstes et indifférentes au sort de l'être humain, au pire hostiles. Cependant, nous savons que même si le regard le plus pénétrant ne s'arrête jamais à cette sphère obscure du monde suprasensible, elle n'en existe pas moins, et le talent des écrivains, au-delà de la pureté de leur philosophie, de la netteté de leur doctrine, est bien de rendre avec clarté ce qu'ils ont vu, à l'intérieur d'eux-mêmes - dans les nappes de l'âme où celle-ci reflète le monde. Et à cet égard, dans l'œuvre que j'ai citée, Henri Michaux doit être considéré comme un maître.

Je terminerai en rappelant que, dans la foulée de Félicité de Lamennais, l'Auvergnat Pierre Teilhard de Chardin (1881-1955) a trouvé de nombreux appuis en Belgique, qui ont permis à son œuvre d'être publiée après sa mort - puisque de son vivant son ordre (la Compagnie de Jésus) le lui avait interdit. Or, à son tour, il conciliait les sciences naturelles et la théologie chrétienne d'une manière extrêmement puissante, grâce à des intuitions et à des inspirations que je considère comme tout à fait authentiques. Mais il sera temps, un autre jour, de revenir sur cet auteur remarquable, plus un philosophe ou un théologien qu'un conteur, mythologique et épique ou non.

 

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