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Site dédié à la Science de l'Esprit de Rudolf Steiner

Questionnements, essais et considérations portant sur divers aspects liés à la science de l'esprit (science initiatique moderne) de Rudolf Steiner

Citation
  • "Ce qui {nous} est impossible pour la nature : {la} créer avant de {la} connaître, nous le réalisons pour le penser. Si nous voulions attendre pour penser de connaître le penser, nous n'y arriverions jamais. Il nous faut hardiment nous mettre à penser pour parvenir après coup à connaître le penser au moyen de l'observation de ce que nous avons fait par nous-mêmes."
    GA3 , La Philosophie de la Liberté, pg 52 (éditions Novalis)

    Rudolf Steiner
(Temps de lecture: 5 - 9 minutes)

Waltham gardens
Chaque année, une revue scientifique annuelle internationale est réalisée, en anglais, et en juin dernier, à propos de la biodynamie, il était écrit : « Biodynamic agriculture (BD agriculture) was presented as an alternative form of agriculture by the philosopher Rudolf Steiner and is nowadays considered one of the forms of organic agriculture. The objective of the present manuscript is to critically review international scientific literature on biodynamic agriculture as published in highly ranked journals and to assess its performance. This review was based on a structured literature survey of peer-reviewed journals indexed on the Web of Science™ (WoS) Core Collection database carried out from 1985 until 2018. We found 147 publications of studies in journals with an impact factor. Of these, 93 focused on biodynamic agricultural practices, 26 on the sustainability of the biodynamic method, and 28 on the food quality of biodynamic products. The results of the literature review showed that the BD method enhances soil quality and biodiversity. Instead, further efforts are needed to implement knowledge on the socio-economic sustainability and food quality aspects of BD products. One particularly promising topic of research consists in the assessment of microbial activity and the potential that microbiomes have in BD farms to enhance soil fertility and human health following the One Health approach. Moreover, it is critical that such subjects be investigated using a systemic approach. We conclude that BD agriculture could provide benefits for the environment and that further efforts should be made with research and innovation activities to provide additional information to farmers, policy makers, and stakeholders regarding this type of organic agriculture1. »

[NDLR : Une traduction en langue française du résumé et de l'article complet parue dans cette revue scientifique est accessible sur le site de Biodynamie recherche, sur cette page]

Une conclusion si favorable à la recherche (et donc à l'enseignement), relativement à la biodynamie, pourrait étonner le public francophone habitué à lire et entendre parler de la biodynamie comme n'ayant rien pu prouver. L'Association française pour l'information scientifique, apparemment financée par une fondation qui cherche à intervenir auprès des politiques pour encourager des projets industriels fondés sur les résultats probants de la science conventionnelle, n'a répercuté en rien cette revue de 2022, alors même qu'elle avait juré qu'il était absolument prouvé qu'il était complètement impossible que la biodynamie en tant que telle ait le moindre effet sur rien. Dans le même temps, elle faisait la publicité d'une bande dessinée à charge contre la biodynamie et l'anthroposophie qui, selon son préfacier zététicien Richard Monvoisin, se fondait sur la science. Mais on y trouve qu'il est ridicule d'imaginer qu'après sa mort le Bouddha ait pu aller sur Mars, alors même que Dante imaginait sur Mars Charlemagne, Constantin, Roland, Godefroy de Bouillon, partis là après leur mort, et que sur chaque autre planète (telle qu'on comprenait en son temps ce mot, intégrant la lune et le soleil) il imagine du reste d'autres saints hommes, ou vaillants chrétiens dignes du Paradis, selon leurs qualités, en corrélation avec les vertus attribuées à ces corps célestes. Mais en quoi la Science peut démontrer que les âmes après la mort ne peuvent pas être attirées par telle ou telle trajectoire de corps céleste, on ne sait pas. Du reste, une bande dessinée appartient au domaine de l'art, et non de la science, et l'information scientifique n'est pas l'information artistique. Il y a là une bonne dose d'hypocrisie, et l'évidence que les membres de l'Afis ont quelque chose de personnel contre Rudolf Steiner et sa philosophie. (S'ils veulent démontrer que ce n'est pas le cas, ils peuvent toujours répercuter la revue annuelle que j'ai citée.)

Il est relativement clair que certains ne veulent pas, par principe, que la matière vivante puisse subir les effets d'autre chose que d'éléments mécaniques et physiques. C'est leur doctrine. Et ils sont persuadés que la science ne peut rien démontrer d'autre. Ils invoquent la science non tant parce qu'ils l'aiment que parce qu'ils aiment leur propre philosophie, et qu'ils sont persuadés que la science ne peut que montrer sa validité. C'en est au point où même lorsqu'il s'agit de l'esprit humain ils veulent absolument que toute capacité de jugement libre soit impossible – que l'esprit soit dans l'incapacité complète de se détacher des rapports physiques. On a vu un membre important de l'Afis, récemment, déclarer que l'on ne pouvait pas penser par soi-même parce que les pensées étaient toutes le fruit mécanique de rapports extérieurs, selon ce qu'aurait démontré Kant, dit-il. Mais il y a une incohérence majeure dans ce raisonnement : lorsque ce membre affirme cela, il admet implicitement que sa propre pensée est le fruit mécanique de conditions extérieures, et donc qu'elle n'a pas de valeur objective, que lui-même ne saurait dire cela à partir d'un jugement émané de l'esprit à même de se détacher du monde et de le regarder de l'extérieur, en toute objectivité. Cela n'a pas de sens, et donc cela ne peut pas être scientifique. Car la science énonce bien ce qui a été jugé comme fiable, objectif, selon une méthode fiable.

Méthode, nous le savons, fondée ordinairement sur des statistiques. Or, que montrent ces statistiques ? Selon des critères décidés par l'expérience humaine, elles montrent ce que le vulgaire appelle lois physiques, et que la vraie science se contente avec plus de modestie et d'intelligence d'appeler propriétés constantes de la matière. Ce ne sont pas des lois, puisqu'il n'y a pas de législateur connu pour les élaborer, ni de police connue pour les faire appliquer, il s'agit là d'une simple métaphore. Elle donne, conformément à la tradition romaine, un air d'absolu à ces propriétés constantes, un air sacré, qui est l'essence même du matérialisme : sacraliser les lois physiques, en faire une religion. C'est bien ce qui s'est passé dans la doctrine marxiste et a été appliqué dans les pays qui s'en réclamaient. Il n'y a pas jusqu'à Auguste Comte, champion du rationalisme, qui n'ait pas, au propre, constitué son « Église positiviste » – et du reste Comte est mort fou, le rationalisme ne protégeant pas de la perte de raison, apparemment.

Les propriétés constantes de la matière ne sont ni absolues ni éternelles : elles sont juste constantes, telles que les données statistiques les attestent. Teilhard de Chardin, les refusant aussi comme lois, comme principes absolus, les appelait ainsi simples effets statistiques. On peut alors les utiliser, et faire marcher des machines, faire tenir des immeubles : c'est entendu. Mais personne ne sait si ces propriétés resteront éternellement, ou ont toujours existé, ou existent même hors du système solaire, on ne fait que le supposer. On sait que Steiner en doutait, et même le niait.

Souvenons-nous de ce que disait Montaigne, le grand philosophe humaniste : tout bouge et change, en ce monde, sauf ce qui n'a pas assez de vie et d'énergie pour faire autrement – sauf ce qui est trop « languissant », comme il disait. Sauf ce qui est mort. Ce qu'on appelle les lois physiques caractérise d'abord ce qui est mort et n'a pas assez de vie pour bouger. Donc le vivant en son essence n'en dépend pas, même si les plantes, c'est entendu, n'ont pas la même vitalité que les bêtes, ou simplement les pensées humaines. Elles aussi sont jusqu'à un certain point « languissantes ». Cependant, Steiner pensait que lorsqu'elles l'étaient trop, c'était mauvais pour l'être humain qui les mangeait, et donc il a proposé des méthodes pour vivifier ces plantes (sans pour autant accroître forcément leur volume, qui dépend plus largement des « propriétés constantes de la matière languissante »). Et la revue scientifique annuelle constate que les sols sont plus animés : c'est un fait. Et quand un homme a des pensées vivifiantes, il bouge plus, change plus, est moins prisonnier de ses habitudes. Et pourquoi serait-il différent du reste de la matière terrestre ? Quelle en est la logique ? De nouveau il n'y en a pas. Jean-Jacques Rousseau avait raison de dire que les principes étaient les mêmes pour tout mouvement. Pourquoi en serait-il autrement ?

Ce que les matérialistes appellent « forces mystiques » comme si c'était illusoire – ou, pour mieux dire, comme si c'était diabolique, car ils jouent sur le rejet instinctif du religieux qui s'est opéré au XIXe siècle –; ce que les biodynamistes appellent forces éthériques pour indiquer des forces psychiques animant les plantes dans la mesure où elles sont moins languissantes que la matière minérale – dans la mesure où elles donnent des feuilles, des fleurs et des fruits – après tout peut vivifier les sols, comme l'activité microbienne l'atteste. Même si elles émanent de l'agriculteur, souvenons-nous que c'était justement le point central de la pensée de Rudolf Steiner : par l'être humain passent les forces de vie, dites forces éthériques ; par l'être humain s'incarne l'esprit de la ferme autonome ; par personne d'autre. Il reste libre. Et si la pensée vivifiante des étoiles (dont l'influence sur l'œil est constante, au moins) crée cette vitalité de la terre, c'est bien que l'âme humaine est un point de passage, car il y a des pensées vivifiantes, et d'autres qui ne le sont pas, et cela ne dépend pas de conditions extérieures aux pensées mêmes.

Songeons au ridicule de limiter les pensées à l'activité physique à travers le point suivant : nous changeons de pensée, mais cela ne nous fait pas changer de forme ; donc les pensées n'ont pas de lieu spécifique, prises en elles-mêmes. Tout du moins, les pensées stellaires mettent en bonne forme – les hommes, et les plantes dont ces hommes s'occupent. C'est bien l'essence de la biodynamie.

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1. « A review of scientific research on biodynamic agriculture », https://link.springer.com/article/10.1007/s13165-022-00394-2?s=03

 

 

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