Paroles d'introduction et intention de la première conférence du livre
« Science du Ciel - Science de l'Homme »,
Rudolf Steiner - Stuttgart, le 1er janvier 1921
Éditions Anthroposophiques Romandes 1993, GA323
Le titre mentionné ci-dessus est un ajout de la rédaction de soi-esprit.info
Mes chers amis !
Aujourd’hui je voudrais faire une introduction aux exposés que je présenterai ici ces prochains jours. Je voudrais faire cela afin que vous soyez renseignés au départ sur l’intention de ces conférences. Ce ne sera pas ma tâche que de traiter au cours de ces journées de quelque discipline strictement limitée, mais il sera question de donner quelques points de vue plus larges dans un but tout à fait précis sur le plan scientifique. Je voudrais que l’on évite de désigner ce cours comme un « cours d’astronomie ».
Ce n’est pas ce qu’il doit être. Mais il doit en fait traiter de quelque chose qu’il m’apparaît en ce moment tout particulièrement important de traiter. C’est pourquoi j’ai donné comme titre : « La relation des différentes disciplines scientifiques avec l’astronomie ». Aujourd’hui, je veux en particulier présenter ce que j’entends en fait sous ce titre.
La situation est telle que beaucoup de choses auront à changer dans un avenir relativement proche au sein de ladite vie scientifique, si celle-ci ne veut pas aboutir à une complète décadence. Et notamment certaines matières scientifiques que l’on range actuellement sous certaines appellations, et que l’on fait pratiquer sous ces appellations par nos écoles habituelles, devront être sorties de leur structure et seront à répartir selon d’autres critères afin que, en quelque sorte, se fasse une vaste redistribution de nos disciplines scientifiques.
Car la répartition que l’on a maintenant n’est absolument pas suffisante pour accéder à une vision du monde qui soit conforme à la réalité. De l’autre côté, notre monde actuel adhère de façon si forte à cette répartition que les chaires d’enseignement sont tout simplement pourvues d’après cette répartition traditionnelle. On se limite tout au plus à rediviser en spécialités les disciplines scientifiques existantes ainsi délimitées et à chercher pour ces spécialités différents « spécialistes », comme on les nomme.
Mais un changement devra intervenir dans toute cette vie scientifique, dans le sens où de tout autres catégories devront apparaître, et dans ces catégories on trouvera réunies dans une discipline inédite des choses diverses qui sont actuellement traitées en zoologie, disons aussi en physiologie, et ensuite encore en épistémologie… Par contre les anciennes disciplines scientifiques, qui travaillent beaucoup dans les abstractions, devront disparaître.
Il faudra aussi qu’aient lieu des synthèses scientifiques tout à fait nouvelles. Cela rencontrera tout d’abord des difficultés, dans le sens où les gens sont aujourd’hui « dressés » aux catégories scientifiques en vigueur et qu’ils ne trouvent que très difficilement le pont dont ils ont besoin pour arriver à une organisation de la matière scientifique qui soit conforme à la réalité.
Si je devais m’exprimer de façon schématique, je dirais : aujourd’hui nous avons une astronomie, nous avons une physique, nous avons une chimie, nous avons une philosophie, nous avons une biologie, disons, nous avons une mathématique, etc. Là-dedans on a créé des spécialités, plutôt, dirais-je, afin que les spécialistes n’aient pas trop à faire pour s’y retrouver, et pour qu’ils n’aient pas non plus trop à faire pour maîtriser la littérature spécialisée qui s’étend à l’infini.
Mais il s’agira de créer de nouvelles disciplines qui recouvrent quelque chose de tout autre, une discipline qui par exemple recouvre quelque chose de l’astronomie, quelque chose de la biologie, etc. Pour cela sera bien sûr nécessaire une transformation de toute notre vie scientifique. C’est là que doit agir, dans cette direction justement, ce que nous appelons la science de l’esprit, laquelle veut être quelque chose ayant un caractère d’universalité. Elle doit se donner comme une tâche particulière d’agir dans cette direction. Car, avec simplement les anciennes répartitions, nous n’avançons plus. Nos universités se situent aujourd’hui face au monde de façon vraiment tout à fait étrangère à la vie.
Elles nous forment des mathématiciens, des physiologistes, elles nous forment des philosophes, mais en fait tous sont sans aucun rapport avec le monde. Ils ne savent rien faire d’autre que de travailler justement dans leurs disciplines étroitement limitées. Ils nous rendent le monde sans cesse plus abstrait, sans cesse plus inadapté à la réalité. Et je voudrais, dans ces conférences précisément, prendre en compte ce fait qui est comme une nécessité pour notre époque.
Je voudrais vous montrer comment, à terme, il sera impossible d’en rester aux vieilles répartitions. Et c’est pourquoi je voudrais montrer comment les disciplines les plus diverses, qui aujourd’hui ne se soucient pas de l’astronomie, ont en fait certains rapports avec une connaissance à caractère universel, au sens spatial ici, avec l’astronomie, de sorte que, tout simplement, certaines connaissances astronomiques devront apparaître dans d’autres disciplines pour que l’on apprenne à maîtriser ces autres disciplines d’une manière adaptée à la réalité.
Il s’agira donc, dans ces conférences, de jeter un pont à partir de diverses disciplines scientifiques jusque dans le domaine de l’astronomie et de faire apparaître l’élément astronomique de manière juste dans les différentes disciplines scientifiques.
Pour ne pas être mal compris, je voudrais encore ajouter une remarque méthodologique. Voyez-vous, la manière de présenter les choses en science qui est habituelle aujourd’hui, elle devra en fait subir maintes modifications, étant donné qu’elle est aussi issue en fait de cette structure scientifique qui doit être dépassée aujourd’hui. Il est aujourd’hui habituel, justement lorsqu’il est question de faits qui sont assez éloignés de l’être humain, et parce que ce dernier n’en vient en fait pas du tout à bout avec ses sciences, que l’on dise : cela est affirmé mais non démontré.
Il s’agit en effet du fait que dans l’activité scientifique on est tout simplement placé aujourd’hui devant la nécessité d’affirmer bien des choses purement à partir de l’observation dans un premier temps, choses que l’on a ensuite à vérifier en amenant de plus en plus de faits qui permettent la vérification. Il s’agit du fait que l’on ne peut donc pas présumer que, disons, au départ d’une quelconque considération, tout apparaisse de façon telle que personne ne puisse « donner des coups de bec » et dire : rien n’est démontré.
Ce sera démontré avec le temps, ce sera vérifié, mais bien des choses doivent tout d’abord être présentées simplement à partir de l’observation afin que soit créé le concept adéquat, l’idée adéquate. Et je vous prie donc de prendre ces conférences comme un tout, et, pour maintes choses qui apparaîtront au cours des premières conférences comme si elles étaient seulement posées là, je vous prie de rechercher les preuves précises dans les dernières conférences. Alors beaucoup de choses se vérifieront, que j’aurai tout d’abord traitées de façon à ce que soient tout simplement disponibles des idées et des concepts.
Rudolf Steiner