Les blogs perso hébergés via Soi-esprit.info

 

ALERTE - Lettres de nouvelles non transmises
Les newletters envoyées sur les adresses emails s'achevant par neuf.fr, sfr.fr, free.fr (et quelques autres) ne parviennent plus à leurs destinataires. Cliquez ici. 

(Temps de lecture: 2 - 4 minutes)

Eubage

Blaise Cendrars était une d'une vielle famille bernoise et il a grandi dans le canton de Neuchâtel, à La Chaux-de-Fonds puis à Neuchâtel même, avant de parcourir le monde et de se fixer en France. D'emblée placé, de sa propre volonté, dans la foulée d'Arthur Rimbaud le voyant, il a livré une œuvre fabuleuse, incomparable et méconnue. Il s'est toujours prévalu de la voyance, à son tour, s'assimilant même à un eubage - sorte de druide poète qui était à même de distinguer, dans l'inconnu, les formes du monde spirituel. Il a écrit plusieurs livres en ce sens, installant le mythe dans la vie et faisant de sa vie un mythe, pour mieux en saisir l'essence. Manchot depuis la guerre, mais sentant encore sa main, il disait que, depuis le ciel, elle lui dictait ce que seules les étoiles peuvent connaître, le murmure des dieux, ce que Rudolf Steiner appelait la chronique de l'Akasha.

On pourra naïvement s'offusquer de ce rapprochement mais Cendrars avait bien lu les théosophes, ainsi que l'a prouvé son plus grand commentateur, Claude Leroy: il l'a manifesté en particulier dans son évocation des Lémuriens, également invoqués par Steiner, en racontant comment, accédant à la vue, ils ont, dans le même temps, développé un troisième œil, au sein de la glande pinéale, pour voir le monde divin, caché à l'œil de chair. Et cela permettait, précisément, de distinguer, dans le ciel, parmi les étoiles, les formes divines. Justifiant par là sa propre seconde vue, il a, dans la constellation d'Orion, aperçu sa main défunte - et voici qu'elle lui a montré le reste. Il a pu saisir, ainsi, le sens mythologique de sa vie, demeuré caché à sa vue charnelle. D'où l'impression que ses livres autobiographiques sont des mensonges, des fables: par la fiction, il en a dévoilé, en réalité, la transcendance occulte. Elle lui a également montré, pointant le doigt sur les mystères, la vraie vie de son parent éloigné le général Suter, fondateur d'une colonie en Californie que le démon de l'or a ruinée, et celle du mystérieux Moravagine, tueur absolu, préfigurant les tyrans russes de l'époque soviétique. Son rejet total du matérialisme rendait Blaise Cendrars hostile au communisme, malgré sa sympathie pour l'esprit de révolution. Car celui-ci était aussi, comme chez Rimbaud, une manière de s'émanciper du monde physique pour saisir la vérité spirituelle des choses.

Dans le ciel, ainsi qu'il l'a raconté dans La Tour Eiffel sidérale, il a vu aussi la constellation de la Tour Eiffel, méconnue de la science officielle: située dans l'hémisphère sud, elle n'en brille pas moins d'un sûr éclat. Dans le ciel, enfin, il a raconté le voyage cosmique d'un équipage qui, empruntant une machine à voler, a fini par dépasser les limites de la matière - et par rencontrer des êtres divins, papillons géants et couleurs substantielles: c'est dans l'écrit appelé L'Eubage, publié à la fin de la Première Guerre mondiale. Blaise Cendrars était un pur génie, qui a même ajouté à la mythologie savoisienne en racontant la légende des trois noyaux de pruneaux de Jacques Balmat: abandonnés par le vainqueur du mont-Blanc dans la glace après en avoir dégusté la pulpe, ils auraient été retrouvés lorsqu'on a creusé pour établir les fondations de l'observatoire de l'Aiguille du Midi - et depuis, comme pour l'anneau de Tolkien, on se serait battu dans l'ombre pour leur possession. Car s'ils n'assuraient peut-être pas l'invisibilité, ils n'en donnaient pas moins puissance, gloire et richesse, attirant sur eux et leur propriétaire les vœux de la Providence. Souvent les propriétaires étaient retrouvés morts, et les noyaux volés. C'est une grande épopée méconnue de la Savoie! Blaise Cendrars l'a raconté dans Les Confessions de Dan Yack, et j'en ai parlé, déjà, dans mon livre Écrivains en pays de Savoie.

Or, j'en reparlerai dans deux conférences exceptionnelles, données l'une près de Lausanne, l'autre près de Genève. La première aura lieu à l'école Steiner de Crissier le 10 avril, le soir, la seconde à l'école Steiner de Confignon, à 19 h 30, comme cela a déjà été annoncé dans les Nouvelles de la vie anthroposophique romande, dont je place l'extrait concerné ci-dessous. L'annonce pour la première conférence sera faite fin mars dans Pierres de construction, le journal de la branche Christian Rose-Croix. Venez nombreux! 

07d04d22 7398 4911 9626 c6cd42a704fc