Le blog de Rémi Mogenet
Rémi Mogenet, né en 1969 à Paris, est docteur en littérature à l'université de Savoie, et écrivain. Il a fait paraître plusieurs recueils de poésie et récits mêlant souvenirs du monde physique et imaginations du monde spirituel, et plusieurs ouvrages et articles documentaires sur la littérature et l'histoire, principalement de l'ancienne Savoie, mais aussi de l'imaginaire moderne.
Il a dirigé plusieurs années une association d'agriculture biodynamique en Haute-Savoie, ainsi qu'une association de poètes à Genève, et est directeur littéraire de la maison Le Tour Livres. Il tient un blog personnel de chercheur, à consulter éventuellement : https://montblanc.hypotheses.org/.
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Un des apports les plus fondamentaux de l’anthroposophie, telle que l’a conçue Rudolf Steiner, est sa pensée pédagogique. Et en particulier ce qui est le plus mal compris et le plus contesté, la place que la dimension imaginative occupe dans l’évolution de l’enfant. Parce que cette dimension imaginative à un certain moment naît et reste forte, il faut s’en occuper, et exprimer les idées, les concepts – les théories scientifiques mêmes, et les valeurs dites républicaines, ou plus généralement sociales – par le biais d’imaginations symboliques, de récits allégoriques, de contes, d’épopées, de mythes. Rudolf Steiner l’a constamment dit et ceux même que cela hérisse s’en prennent à lui en grande partie pour cette raison. J’ai déjà, ici même, évoqué la haine que lui vaut un programme d’études intégrant la mythologie germanique – pourtant reflétée, relativement aux valeurs héroïques, dans nos chansons de geste : Roland et Charlemagne, Guillaume d’Orange et Raoul de Cambrai renouvellent Sigurd et Odin, Thor et Balder et les autres.
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Je suis sur la voie d’un divorce après un mariage qui n’a duré que quatorze mois, et n’ayant rien fait d’illégal durant cette période, j’ai été étonné de la légèreté avec laquelle ont été traitées les cérémonies solennelles qui avaient créé spirituellement cet état. La cérémonie religieuse, effectuée à la Communauté des Chrétiens, était censée impliquer les anges, et l’un d’eux se préposer à l'unité du couple: il devait l'assurer, la cristalliser dans le monde éthérique. Car si l'Eglise catholique place des anges en protection des communautés, et même des familles, elle ne l'a jamais osé pour les couples, puisqu'elle tend à dire qu'ils sont pécheurs. C'est une grande force de la Communauté des Chrétiens que d'avoir rectifié cette erreur - d'ailleurs dénoncée aussi par le jésuite Pierre Teilhard de Chardin, implicitement: la première étape de l'initiation par l'existence est le mariage, parce qu'en l'autre, notamment en la femme, on voit le visage du monde, c'est à dire de Dieu; et cela veut dire que l'ange est présent, sur lui, ou sur elle, parce qu'évidemment il est en soi invisible, il va de l'un à l'autre, et les unit dans un œuf que seul peut voir le poète voyant. De cet œuf éclot un jour un nouvel Homme - au sens du latin Homo, qui assemblait les deux sexes.
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Le 2 août prochain, à 18 heures, à Samoëns (Faucigny, Haute-Savoie), salle du Criou (cinéma, 219, rue des Billets), je donnerai, invité par l’association Génération Savoie, une séance de contes traditionnels de Savoie. Ils seront dits à l’intention des familles. Il s’agira, par la joie du merveilleux, d’accéder au génie du lieu – de voir cristalliser sa lumière, ce qui souffle spécifiquement dans cette vallée dite du Giffre. Car le merveilleux a cette faculté – notamment lorsqu’il s’agit de contes localisés.
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Durant cinq années, j’ai été professeur dans l’académie de Montpellier, et en particulier dans le département de l’Aude. J’y étais venu après la rencontre d’une dame, conteuse, habitant ce noble endroit : j’avais la pensée que je pourrais y devenir plus pleinement artiste. Mais cela n’a pas débouché sur quelque chose de satisfaisant, et je me suis installé ensuite à Toulouse en compagnie d’une autre dame, avec qui nous avions le projet d’aller aux Etats-Unis, dont elle était originaire : elle-même y a trouvé un emploi, à l’université.
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Mon camarade Etienne Ruhaud est un excellent écrivain, auteur notamment d'Animaux, sur lequel j'ai publié ici un article. Il tient un blog dans lequel il a bien voulu m'interviewer pour mon album épique, en récit, poèmes et images (réalisées par le peintre Nicolas Blanc), de Captain Orient. Je restitue cette interview ici-dessous, mais je voudrais corriger une erreur que j'ai commise. J'ai assuré que Captain Orient était celui qui avait dit: "'Il passe", à propos d'André Breton. C'était une allusion à un de ses célèbres poèmes, dans lequel il attribue à un grillon une parole qui ressemble à cela. Il s'exprime depuis la statue d'Etienne Marcel, à Paris. Dans le folklore, les grillons sont souvent la forme visible des bons génies, et donc je me suis amusé à dire que Captain Orient était derrière ce grillon. Cependant, deux problèmes se posent. Le premier est que l'allusion n'est pas franchement claire, et ne fonctionne que pour les initiés. La seconde est que la lecture de L'Amour fou, un des livres les plus célèbres de Breton, m'a rappelé ce que j'avais su puis oublié: le vers "André Breton a-t-il dit passe" n'est pas déclaratif mais injonctif. Avec la ponctuation, volontairement omise sur le modèle de Guillaume Apollinaire, cela donnerait: "André Breton", a-t-il dit, "passe!" Non seulement il le dit dans L'Amour fou, qu'il s'agit d'une injonction, mais lorsqu'il lisait ce vers à haute voix, cela s'entendait: son intonation disait ce que la ponctuation aurait dû transmettre.
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Fées, chats-garous, nitons, gnomes, chevaliers célestes, anges, vierges des astres, le Chablais a accueilli bien des êtres fantastiques liés à des lieux naturels ou à des ruines de châteaux, à des bâtiments retournés à l’état sauvage. C’est bien normal, c’est un bel endroit, une belle région, à leur place moi je m’ennuierais au pays de féerie, ou même au paradis, je voudrais constamment aller faire un petit tour dans le Chablais. Et si ce n’était pas le cas cela voudrait forcément dire que c’est parce que je n’en ai jamais entendu parler. Ici la nature est belle, et même les anges l’aiment, comme on dit.
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Un conteur du Chablais qui avait fait la guerre a raconté à un prêtre un jour une curieuse légende, dont le prêtre a fait ensuite un livre. Son nom était Picut, et le prêtre s’appelait Piccard. Curieuse rencontre. J’ai lu le livre. Il est intéressant. Assez beau.
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Le Chablais savoyard est bordé à l’ouest par une montagne orientée du nord au sud, et qui, à ce titre, est reconnue comme appartenant à la chaîne du Jura : ce sont les Voirons, qu’on longe quand on va à Annemasse. On l’a alors sur la gauche. Quand on en revient, naturellement, on l’a sur la droite ! Or, ces Voirons sont connus pour avoir abrité un club genevois d’alpinisme, mais aussi des légendes, des merveilles. On peut aussi longer les Voirons par l’autre flanc, et alors on se trouve dans la Vallée verte, c’est très joli.
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Je me suis engagé pour les élections européennes du 9 juin prochain. Une interview a été publiée dans Le Faucigny, hebdomadaire de Haute-Savoie, où je suis inscrit sur les listes électorales : exactement, à Samoëns, berceau de la famille.
Elle redit des choses qui me sont chères, et qui tiennent à la liberté culturelle : on a le droit, régionalement, à sa propre culture, si on le souhaite. On a le droit, en Savoie, de connaître l’histoire des ducs de Savoie et d’étudier François de Sales et Joseph de Maistre en littérature, et même en philosophie. C’est ce qu’on appelle réellement la liberté. Je sais que des dogmatiques veulent faire croire que la seule voie de liberté est la philosophie des Lumières, et que Joseph de Maistre et François de Sales asservissent l’esprit. Dans leur idée, se cultiver asservit. Il faut donc créer le dogme des Lumières, c’est ainsi qu’on rendra les gens libres. Il faut créer le dogme de la liberté. Et sous ce rapport, bien sûr, la tradition française rend libre, tandis que la savoisienne, non. Et c’est ainsi qu’on a aussi justifié le colonialisme. C’est ainsi qu’on continue, au fond, de le justifier. Mais en réalité, lire Joseph de Maistre n’est pas le prendre pour gourou. C’est l’accompagner dans sa démarche. Et pour avoir l’esprit libre, il faut lire et Voltaire et Joseph de Maistre, et non seulement l’un ou l’autre, comme le voudraient les dogmatiques de tous les camps. Il ne s’agit pas de ne proposer qu’une seule tradition, savoisienne, ou bien sûr de l’imposer.
J’ai expliqué clairement, dans cette interview, que si l’enfant gagnait à être éduqué à partir de son environnement immédiat, et si l’enfant corse gagnait d’abord à apprendre la langue corse, la poésie corse glorifiant Pascal Paoli, et l’histoire de la Corse, évidemment, peu à peu, cette histoire corse l’amènera à l’histoire de France, puisque les deux se mêlent à partir du dix-huitième siècle, qu’on le veuille ou qu’on le regrette. Ceux qui disent que la culture corse ne doit pas être enseignée parce qu'elle serait trop communautaire et ainsi priverait de liberté l'humanité sont en fait les ennemis de la liberté réelle, au profit d’une liberté théorique, et factice. Comme si apprendre par cœur, sans esprit critique, la philosophie de Voltaire, rendait libre ! Comme si répéter en chœur et sans réfléchir que la prière catholique est satanique était réellement ouvrir l’âme aux mystères du monde ! L’hymne corse, hommage à la sainte Vierge, est aussi à apprendre à l’école par tous les petits Corses. Mais ensuite, naturellement, quand vient l’adolescence, on apprend l’histoire de la révolution française, et puis on lit Voltaire. Ensuite on se fait sa propre idée, on ne reste pas dans les travées d’une tradition figée qui rend mécaniquement libre jusqu’aux robots.
L’Eglise catholique aussi, il faut le savoir, a tendu à dire que seule sa tradition rendait libre : les anciens Romains faisaient de même pour leur belle cité, c’est dans Virgile. C’est de là que cela vient. Et c’est contre cela que Rudolf Steiner s’est dressé, y compris lorsqu’il s’agissait du dogme luminariste. Il a dit du bien de Joseph de Maistre - qu’il avait pu déceler le monde spirituel réel, avec les forces qui sont les siennes. Il en a parlé en détail. En passant, il a signalé qu’il se soumettait trop à l’Eglise catholique pour être appelé anthroposophe. Mais il n’a pas voulu dire qu’il aurait dû se soumettre au Goetheanum. Il a voulu dire que les forces propres se référaient à l’ange, au monde spirituel directement, au monde spirituel qui seul rend libre l’esprit humain, qui le rend libre du monde. Remplacer l’Eglise catholique par une autre sainte institution ne résout pas tellement le problème, n’est-ce pas. Peu importe le contenu. L’idéalisme objectif, par exemple, n’est ni meilleur ni pire qu’une autre théorie, qu’un autre dogme. L’important, c’est le monde spirituel réel, dans sa vie propre. Et on n’y accède que si on parvient à le saisir dans la vie. Or, pour cela, il faut apprendre la culture liée à son environnement, parce que, précisément, la culture manifeste l’esprit à partir de la vie : le poète qui décrit une montagne qu’on connaît y montre la divinité, ou au moins l’atmosphère psychique, s’il n’est pas un poète mythologique. Et c’est bien ainsi qu’on apprend à connaître l’esprit vivant, que chacun aborde depuis sa propre expérience et son point de vue, et non depuis l’autoroute de telle ou telle tradition consacrée. C’est le but de toute culture : non de se soumettre aux idées d’une communauté, eussent-elles la propriété miraculeuse de rendre libre tout le monde, mais d’appréhender la dimension humaine de l’expérience universelle. C’est pourquoi on enseigne la poésie, qui n’est pas faite de dogmes, mais de figures. C’est pourquoi la poésie est le centre réel de tout enseignement évolué. Sous ce rapport, André Breton et Charles Duits, qui le disaient, avaient raison.
En amont de la poésie, il y a la langue dans sa formation fondamentale, la grammaire : mère de toutes les sciences, disait justement Jean de La Bruyère. Owen Barfield pensait qu’à l’origine toute langue était essentiellement métaphorique, parce qu’elle embrassait spontanément l’esprit des choses. C’est pourquoi on dit que les langues recoupent, reflètent et expriment l’esprit d’un peuple, mais aussi du lieu où il est né. Car l’être humain, dans sa forme, n’est pas complètement détaché des lieux où il est apparu. L’air n'est pas exactement le même selon les lieux, et c’est avec celui qu’on a dans les poumons qu’on fait résonner les mots. C’est pourquoi la grammaire est si importante. Ensuite il faut évidemment la faire vivre, pédagogiquement. Ce n’est pas donné à tout le monde. Si on ne voit pas l’esprit qui vibre en son sein, on ne le peut guère. Mais c’est pourquoi aussi les langues régionales sont importantes. Elles saisissent, par réfraction, l’environnement qui les a vues naître.
Les mathématiques naturellement sont fondamentales aussi, puisque la poésie est d’abord faite d’un certain nombre de syllabes par vers et même souvent par strophes et par poèmes entiers ! Il faut savoir les compter, et les calculer. Je plaisante, bien sûr, puisque les mathématiques permettent aussi des applications pratiques, l’ingénierie ordinaire. Mais je maintiens qu’elles ne sont pleinement vivantes que dans la musique et la poésie, qu’avec la seconde, même, elles s’allient à du sens, à des figures, des images, et qu’ainsi apprendre la poésie c’est préparer à l’enthousiasme mathématique. Je dois dire qu’en tant qu’élève j’étais très doué en arithmétique, et qu’en même temps j’adorais chanter et réciter des vers, ou en composer. Quand nous étions petits, mon frère se plaignait parce que je me réveillais tôt, dans la chambre commune, et commençais tout de suite par chanter. C’est pourquoi j’ai tenu à défendre mes idées sur l’éducation à la poésie régionale – en savoyard avec Amélie Gex, en français avec l’excellent, quoique méconnu Jean-Pierre Veyrat. En provençal avec le grand Frédéric Mistral. Et en corse avec les odes à Paoli présentées par Jean-Guy Talamoni dans son Anthologie de la poésie corse, que j’ai lue avec plaisir.
Ma candidature n’est pas si importante : je ne suis pas en position éligible. D’ailleurs, on m’a évincé de la campagne électorale parce que Grégoire Perra a révélé mon goût pour Rudolf Steiner, pour lui criminel. Il m’a appelé un « anthroposophe dangereux », et je ne suis au fond ni l’un ni l’autre, mais la tête de liste, effrayée, m’a demandé de suspendre mes interventions publiques en sa faveur. Comme je suis très occupé, et fais des livres, et que mon collaborateur pour Captain Orient, notamment, me sollicitait pour relancer la création artistique, j’ai réorienté ma communication publique en faveur de cette formidable figure. Grégoire Perra est-il sensé de s’en prendre à Rudolf Steiner parce qu’il aurait souffert parmi les anthroposophes ? À cette époque, Rudolf Steiner était mort depuis longtemps. Rien ne prouve son implication. Ceux qui se réclament de lui ne font pas nécessairement ce qu’il aurait souhaité.
À cette occasion, j’ai relu les griefs que Grégoire Perra a exposés dans ses vieux blogs, et une allusion à quelque chose m’a rappelé les articles qu’il écrivait autrefois dans les revues anthroposophiques. Il assure qu’on attendait de lui qu’il dise que l’inspiration de J. R. R. Tolkien était démoniaque, et qu’il s’en voulait d’avoir effectivement étayé cette idée, parce qu’il adorait cet auteur. Je suis dans le même cas, et je me souviens d’allusions d’anthroposophes à cette inspiration démoniaque. Je ne les approuvais pas. Grégoire Perra développait dans ses publications le même genre d’idées pour George Lucas, le créateur de Star Wars. En le lisant, il y a bien des années, je me disais : pourquoi parle-t-il ainsi ? Il est clair qu’il aime George Lucas, il veut faire plaisir à ses lecteurs. Ensuite il s’est senti coupable et en a voulu même à Rudolf Steiner. C’est vrai que celui-ci faisait remarquer que l’inspiration de John Milton n’était pas parfaitement éclairée. Mais il n’en reste pas moins que l’art emmène toujours vers le monde spirituel. Steiner a même regretté avoir rejeté Richard Wagner, dont l’éclairement n’était pas parfait non plus, si on veut aller dans ce sens. Mais comme finalement il l’a chanté, alors il pose moins de problèmes que Milton. Ou alors, est-on dans l’illusion que Wagner est tellement supérieur à Milton ? Le pire est que Steiner a dit la même chose de Goethe, que son inspiration n’était pas théoriquement conforme à la vérité. Cela ne l’a pas empêché de considérer qu’elle était assez belle pour emmener l’âme vers l’Esprit, puisqu’il a construit le Goetheanum pour représenter ses pièces théoriquement déviantes. Pourquoi ? Parce qu’en art la théorie ne compte pas tant. La qualité spirituelle est dans la richesse des figures, pas dans leur justesse théorique : l’art ne peut pas être soumis à un dogme.
J’ai rencontré un jour la difficulté vécue jadis par Grégoire Perra à propos de David Lynch, un artiste que j’admire. Un membre de la rédaction d'Æther News, ayant répéré mes écrits, m'avait demandé un article. J'ai proposé en retour un texte sur le célèbre cinéaste américain, sujet d'emblée accepté, puis l'ai envoyé. Il m’est alors revenu avec un tas de demandes de correction plutôt bizarres, tendant à dénier à David Lynch la valeur de ses visions du monde spirituel. Cela ressemblait à un piège, car il est évident que mon intention était de montrer le contraire, sinon je n'aurais jamais proposé un tel sujet. Fou est celui qui parle de ce qu'il entend dénigrer. J'aimais David Lynch, donc voulais en parler. Quelle déviance perverse faut-il avoir pour proposer un sujet dont on veut dire du mal? Ou même, pour l'accepter? J'ai laissé tomber, disant au contact que j'avais que l'article n'aboutirait pas. Je me suis dit qu'on m'avait fait perdre mon temps. Une ligne doctrinaire s’imposait, faite de prétendu réalisme spirituel, qui revenait à dénigrer, voire à diaboliser tout ce qui allait au-delà du réalisme moral - voire au réalisme social, comme je devais m'en rendre compte plus tard. C'était simplement le dogme marxiste recyclé. Or, il est avant tout fait de jalousie pour tout ce qui, sans émaner du Goetheanum, a pu cristalliser par l'art des perceptions du monde de l’esprit.
J’ai préféré en rire. Contrairement à Grégoire Perra, je ne tenais pas assez à publier dans les milieux anthroposophiques pour accepter de vendre mon âme. On m’avait d'ailleurs fait le coup déjà à l’université : un professeur que je ne nommerai pas m’avait demandé un article sur les romantiques savoyards qui devait démontrer leur nullité. Or, je les aime, notamment parce qu'ils s'arrachaient au réalisme faussement spirituel, en fait réalisme socialiste, et donnaient corps, par leur art, à leurs perceptions du monde divin. J’ai donc refusé d'écrire cet article. Mais le professeur m’a fait perdre du temps de même, car il m’a demandé, du coup, de simples notices sur les auteurs concernés. Je les écris, les lui envoie. Et puis, pas de nouvelles. Finalement, je rencontre son secrétaire, qui me dit : « Ah non, les notices ne conviennent pas, il faut une vue d’ensemble, pourrais-tu téléphoner au professeur en question, pour régler le problème ? » Je ne l'ai jamais fait. Il ne faut pas exagérer. Qui peut prétendre me dicter mes goûts et mes idées ? Le professeur s'est contenté de me citer, avec une faute d'orthographe, pour me féliciter d'avoir remis au goût du jour ces auteurs, notamment l'excellent Jacques Replat, depuis reconnu comme tout à fait valable, contrairement à ce qu'il prétendait. Donc je ne me fais pas d’illusion. Les anthroposophes se croient, ou on les croit différents des autres, mais ce qui est remarquable, c’est d’abord qu’ils ne le sont pas du tout. Ils ont les mêmes œillères esthétiques que toute la bourgeoisie marxisante qui a rejeté le merveilleux, et que rejetait à son tour André Breton, avec raison, parce qu'il avait senti que c'était là une simple forme de néoclassicisme et de conformisme spirituel. On ne se refait pas. Les titres et les noms extérieurs ont peu d'importance, de sens.
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On disait, au temps jadis, que peu importaient les titres. On pouvait être duc de Savoie, comte de Genève, évêque de Lausanne, la véritable souveraineté de l’ancien royaume de Bourgogne était à celui qui tenait le lac Léman : à celui qui y contrôlait les allées et venues. Car, à cette époque, les routes étaient dangereuses, et seul le lac permettait aux voyageurs et aux marchandises de circuler aisément.
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(Dans le chapitre 2, nous avons présenté un pacte diabolique entre une fée ternie et le seigneur Robert d’Arbigny, désireux de se transformer en gros chat pour rejoindre la comtesse de Blonay, sa dame, dont il était secrètement amoureux.)
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(Dans le chapitre 1, nous avons présenté le comte Raoul de Blonay, qui avait épousé la dame de Maxilly, dont le château donné en dot était proche de fées décadentes, ternies par leur déclin moral.)
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Il existait autrefois dans le Pays de Gavot, dont Evian est la cité mère, une puissante famille appelée les Blonay. Ils étaient comtes, on les disait donc « comtes de Blonay ». Ils dominaient tout le bout du lac et si leur principal manoir était justement à Evian, ils avaient également un château en Suisse : car vous savez qu’autrefois les deux rives du lac étaient soumises à ce fameux prince qu’on appelle le « duc de Savoie ».
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Ah, les fées ! Ah, les nains ! Ah, les elfes ! Vous en avez certainement entendu parler. D’habitude, ils habitent un pays merveilleux, inconnu, hors du temps et de l’espace, en dehors de l’histoire, dans des mondes inventés, imaginés, de fiction. On entre dans une armoire et hop, on est dans une autre dimension, différente de la nôtre. Là, tout est possible. Ce n’est pas comme dans notre monde. Là, seules les machines sont possibles : seulement elles, font rêver. La fusée d’Elon Musk, le téléphone Huawei, l’ordinateur de Bill Gates, la voiture qui vole, l’exosquelette qui fait sauter haut, le propulseur portatif qui permet de voler : c’est le merveilleux de notre monde, le merveilleux de la science. Pour les elfes et les autres êtres impossibles à voir, ils sont juste dans un monde parallèle.
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Le duché de Savoie avait son hymne propre, célébrant un statut donné en 1848 par le roi Charles-Albert, introduisant une part de démocratie dans le vieux fief féodal. Il fut écrit par le Savoyard progressiste Joseph Dessaix, et faisait parler la Liberté, une allégorie qu’on n’a nulle part représentée en plus grand qu’à New York. Mais Joseph Dessaix et ses compatriotes osaient dire que cette fée de la liberté humaine se sentait bien surtout en Savoie, parmi les « Allobroges » : elle les appelle tels. Il s’agit des Celtes glorieux qui vivaient en Savoie dans l’antiquité. Le nom avait déjà été repris en 1792, quand le duché de Savoie avait une première fois été intégré à la jeune république française. Le parti rattachiste était animé par un certain club des Allobroges, version locale de celui des Jacobins, et plus tard, dans l’armée napoléonienne, les Savoyards étaient rassemblés dans une section spéciale appelée la Légion des Allobroges. François-Amédée Doppet, par ailleurs écrivain et médecin, en avait été général, puis Joseph Dessaix, oncle de l’écrivain qui a composé le hymne de la Liberté. On le chante encore. Le 27e bataillon de chasseurs alpins, à Annecy, le chante et joue, et on peut dire qu’il a repris le flambeau de la Légion des Allobroges.
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Le poète et écrivain Etienne Ruhaud, héritier du Surréalisme, a fait paraître en 2020 un excellent livre, appelé Animaux, aux éditions Unicité. Il s’agit de bêtes imaginaires, monstrueuses, inquiétantes, mais présentées de façon apparemment objective, dans un style soigné, neutre, blanc – comme dirait Annie Ernaux. On pense à Henri Michaux et à Francis Ponge, la précision impersonnelle pour décrire l’extraordinaire. Des éléments effrayants affleurent de la description naturelle, sans qu’on diabolise pour autant les bêtes décrites.
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(Dans le dernier épisode de cette série impressionnante, nous avons laissé le défunt Ramiel à ses symboles morts, beaux mais froids, et qu’il accusait les temps modernes d’avoir tués, un peu comme René Guénon dans Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps – sans voir que les symboles reprennent vie seulement quand le poète saisit le manteau de la Muse – voire dénoue sa ceinture. Mais se plaindre est souvent plus facile, cela n’implique pas d’aller dans sa grotte – froide, effrayante, pleine de monstres. Ceux-ci ont toutefois été placés à dessein par la Providence, et accuser est inutile, nous sommes nés pour trouver des voies d’accès.)
La mort de Ramiel de Saint-Génys, quoi qu’il en soit, fut suivie d’un événement particulièrement pénible : son enterrement.
Loin de rendre hommage à ses qualités, le pasteur le crucifia. Ne tenant aucun compte de sa foi traditionnelle affichée, il condamna en termes explicites ses idées rétrogrades, dénonçant ce qu’il appelait son rejet de l’autre.
Il est vrai, je n’y prenais pas garde, les accusations de Ramiel de Saint-Génys contre ceux qui selon lui avaient détruit la belle civilisation protestante de Genève se concentraient souvent sur des communautés spécifiques, comme s’il fallait trouver un malheureux coupable. Nous avions eu bien des différends à ce sujet, et comme j’ai des origines juives je pouvais être suspect, mais il n’osait pas aller jusque-là : c'est interdit.
Il se vengeait sur les autres communautés - parmi lesquelles n’étaient pas vraiment les Savoyards non plus. (Car j’appartiens aussi à celle-là.) Il les méprisait, sans doute - comme arriérés et catholiques -, mais évidemment ses reproches portaient davantage sur des groupes d’origine plus éloignée dans l’espace.
Cependant, il ne s’y attardait pas tant, et il se déchaînait surtout contre les progressistes de l’école de Jean-Paul Sartre, le mainstream qui domine l’Occident et qui selon lui avait fait tout le mal qu’on voyait, avait vidé les vieux symboles de leur énergie initiale. Et apparemment, le pasteur en était passablement scandalisé.
Mais il y avait autre chose. Car voici que soudain, sa litanie de reproches s’arrêta.
Ayant annoncé, en effet, qu’il voulait donner un exemple de la mauvaise vie qu’avait menée Ramiel de Saint-Génys, il se mit à balbutuer, avant d’être frappé de mutisme. Ses yeux, au souvenir douloureux, s’ouvrirent tout grands, regardant dans le vide un monstre effrayant. Puis, se reprenant et se râclant la gorge, il reprit son récit, la voix tremblante. Il avait les larmes aux yeux.
Et voici ce qu’il raconta : un jour, à sa demande, il s'était rendu chez lui. « Il m’avait appelé pour me dire qu’il ne se sentait pas bien, continua-t-il : qu’il avait peur. Et il voulait évoquer son salut, et les affaires de la religion. Je lui donnai rendez-vous, fis quelques courses, puis m’habillai, de façon appropriée pour la visite convenue.
« Comme c’est tout près j’y allai à pied. Je frappe, et j’entends une faible voix qui me dit d’entrer. Je pousse la porte, entre, et une odeur suffocante me saisit aux narines. Une odeur pleine d’effluves délétères, une odeur atroce, immonde.
« Vous savez que parfois quand j’ai des fortes émotions, je vois des choses… Dieu me fait la grâce de distinguer sa main et celle du malin derrière les apparences.
« Dans le couloir un peu sombre qui s’étendait devant moi, je distinguai, montant du sol, ou venant de la chambre au fond, une sorte de vapeur animée curieusement, comme si elle était douée de volonté propre. Elle était jaune, sale, immonde, et c’est d’elle que venait la puanteur. Et voici que, à la hauteur d’un homme petit, je vis deux yeux ronds et gris qui me regardaient, dans cette vapeur : et ils étaient braqués sur moi. Cruels et narquois, ils étaient remplis de malignité et de moquerie - étaient véritablement émanés de Satan.
« Je prononçai quelques mots de conjuration que mon vieux maître, professeur de théologie à l'université de Lausanne, m’avait appris dans ma jeunesse, et fermai les yeux, attendant leur effet.
« Quand je les rouvris, la vision avait disparu. Mais la voix de Ramiel de Saint-Génys se fit entendre à nouveau, faible et chevrotant : elle venait de la chambre du fond. M’armant de courage et me pinçant le nez, j’avançai. Ce n’était pas la première fois que je me rendais chez des gens dont la situation était difficile, au seuil de la mort et isolés, mais cette fois, je sentais que quelque chose de tout particulier était en jeu - une présence spécifiquement démoniaque. Une idée profondément abjecte, un concept affreux s’était emparé de l’âme de ce pauvre homme, puis l’avait corrompue et déviée de sa vocation première - qui est, comme vous savez, de rejoindre Dieu en joie et dans la confiance.
« Arrivé à la hauteur de la chambre, je vis, par la porte ouverte, mon hôte affalé sur un gros fauteuil rouge, la chemise ouverte sur sa poitrine, et complètement habillé de vêtements qu’apparemment il n’avait pas changés depuis très longtemps : car l’odeur venait en partie d’eux, de la sueur et des déjections qui y avaient macéré.
« Ramiel de Saint-Génys me vit, me salua, et leva lentement, tremblant, la main vers la photographie encadrée d’une ravissante jeune femme blonde. Il me la montrait. "Regardez", me dit-il, "regardez, pasteur. C’est Anna, une Polonaise qui va venir me voir." Je levai les yeux au ciel, comprenant que le malheureux n’avait plus toute sa tête, et fis : "Oui ? Quand cela ?" Je voulais entrer dans sa folie pour l’amadouer et mieux lui venir en aide. "Dans deux jours", répondit-il. Je voudrais que vous nous mariiez.
« – Oui. C’est une bonne idée, répliquai-je sans y croire un instant.
« – Elle arrive, pasteur, elle arrive, je dois aller l’accueillir à l’aéroport. Regardez comme elle est belle. Toute la pureté de la vraie tradition se trouve peinte sur son visage. Ne trouvez-vous pas ?
« – Hem, fis-je. Dieu est dans toutes les âmes, quelle que soit la forme apparente qu’elles ont reçue de sa bonté", répondis-je.
(À suivre.)
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- Écrit par : Rémi Mogenet
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Pierres de construction est le journal de la branche Christian Rose-Croix de la Société anthroposophique suisse. Dans son numéro de Pâques de cette année, le 178, je suis revenu sur un problème lié à la présence de la mythologie germanique dans les programmes des écoles Steiner. Certains intellectuels à tendance marxiste, rationaliste ou scientiste s'en sont pris à ces écoles pour la présence en leur sein du merveilleux en général, et en particulier de la mythologie germanique. Dans mon article, je montre que, à notre époque, cette mythologie, par le biais de la culture américaine, est omniprésente, et que s'en prendre à elle n'a pas de sens. J'aurais pu ajouter que, dans la culture classique européenne, elle est bien présente aussi. Sans doute, on va faire remarquer que Richard Wagner avait des tendances nationalistes excessives, qu'il participait du nationalisme allemand qui a fait du mal. Charles-Marie Leconte de Lisle, même s'il était plus fasciné par la mythologie celtique, a mis en vers, dans ses Poèmes barbares, des légendes germaniques, en particulier tournant autour de Siegfried, ou des Elfes. Mais on pourra faire remarquer que lui aussi était nationaliste, et mis au banc de la communauté poétique patrimoniale. Je confesserai que c'est le premier poète français que j'aie lu, voici pourquoi: son poème des Elfes était dans un manuel scolaire utilisé dans le collège public où j'étais, à Annecy. Je le trouvai beau, et, fasciné par les Elfes à cause de Tolkien, mais voulant me lier à la grande culture française, je demandai à ma mère de m'acheter tous les Poèmes barbares, ce qu'elle fit. Je ne le regrette pas, et garde de l'affection pour Leconte de Lisle, plus grand qu'on ne le dit. Ensuite j'ai lu La Légende des siècles de Victor Hugo et pour moi la poésie est d'abord épique: c'était déjà le principe antique. Que les Gaulois ne le partagent pas m'indiffère. Ils ont simplement tort. Je dirai plus. Nos chansons de geste sont d'inspiration franque et même si les symboles en sont tirés de la Bible, puisqu'il s'agit en leur sein de raconter les exploits des Francs convertis, plusieurs symboles de la mythologie germanique y persistent. Dans Huon de Bordeaux, en particulier, des éléments majeurs de la tradition germanique ont été conservés. Et même dans Perceforest. La mythologie germanique est donc constitutive de l'âme française. En réalité, les motifs des chansons de geste sont souvent des symboles mythologiques de l'ancienne Germanie christianisés. Le cor de Roland fait-il allusion à la trompette de l'ange dans l'Apocalypse de Jean, ou au cor de Heimdall dans l'Edda? Les deux. Si on pourchasse la mythologie germanique, c'est parce qu'on a peur du refoulé, comme dirait Freud: on ne veut pas s'avouer que les Français sont surtout des barbares qui ont pris des airs romains. On en a honte, on veut faire croire qu'on descend naturellement des Romains. Cela se vérifie en français: c'est la langue la plus éloignée du latin parmi celles qui en viennent. Beaucoup de ses traits sont manifestement liés à la façon dont les Francs parlaient le latin. Les mots germaniques y sont particulièrement nombreux et fréquents, importants. Pour le faire oublier, les grammmairiens ont latinisé toute l'orthographe, contre l'usage parlé. C'était pour faire oublier le caractère germanisé du latin de Gaule. On s'en prend à la tradition germanique, et même peut-être à Rudolf Steiner, pour chasser ce refoulé dont on a honte, parce qu'il semble ne pas donner le titre d'empire succédant à celui des Romains, de phare de la Civilisation. Hélas, pourquoi mentir? Oui, l'âme française a au fond d'elle la tradition germanique, et même la mythologie germanique. Oui, en plus d'être le glorieux successeur de l'ancienne Rome, le France est simplement un pays gaulois dirigé par les Francs, des Germains. Pourquoi en avoir honte? C'est tout naturel. Et cela permet aussi de trouver son âme, ou son essence, face aux empires maintenant plus grands à l'ouest et à l'est: l'âme de la France n'est pas forcément d'être le plus beau royaume du monde. C'est aussi une spécificité naturelle, qui comprend la mythologie germanique. Ouvrons-lui grand les bras, comme a fait Leconte de Lisle, ou même Hugo quand il a bellement évoqué les exploits de Roland et Olivier. Quoi qu'il en soit, voici dessous l'article publié dans Pierres de construction.
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Depuis de nombreuses années, je m'efforce de créer des textes relevant du merveilleux en m'appuyant sur la mode des super-héros, que j'ai toujours aimée, depuis que je suis tout petit. J'adorais les séries de la compagnie Marvel. Mais en réalité je préférais les livres entièrement écrits aux bandes dessinées, et je m'efforçais de trouver de la mythologie équivalente en livre. La question était avant tout celle du merveilleux, mais aussi celle de l'héroïsme. Mon auteur préféré était J. R. R. Tolkien, qui avait bâti toute une mythologie qui faisait l'admiration de Jack Kirby lorsqu'il élaborait son Fourth World pour DC Comics puis The Eternals pour Marvel. Il y avait bien sûr un lien. Mais Marvel avait mis en bande dessinée Conan, et donc j'ai lu abondamment Robert E. Howard. Les autres héros qui avaient été adaptés en bande dessinée faisaient aussi mes délices, comme ceux d'Edgar Rice Burroughs, ou Doc Savage - mais également Thor, et Hercule: je me suis mis à dévorer la mythologie germanique traduite de l'islandais et la mythologie hellénique traduite du grec ou du latin, et j'ai appris le latin pour pouvoir lire Virgile et Ovide dans le texte. D'autres héros sont apparus, ceux notamment de Michael Moorcock, ou ceux de la mythologie égyptienne, ou ceux de la mythologie hindoue, ou ceux de la mythologie bretonne, ou encore irlandaise, et aussi carolingienne. J'aimais tout. Il y a eu un moment où je me suis dit que, sur des blogs, je pourrais créer des super-héros mythologiques, plutôt dégagés de l'obsession de la machine et rattachés aux grandes mythologies, même si je n'excluais pas la science-fiction comme courant particulier du merveilleux. Mais je ne voulais pas en faire une base. J'ai créé Captain Savoy, le bon génie de la Savoie, et le Génie doré de la liberté, protecteur de Paris, puis Captain Corsica, ange de la Corse, et enfin Captain France: pourquoi pas? me suis-je demandé. Dans l'esprit de Tolkien et le sillage du roi Arthur, j'ai également songé à faire de saint Louis le héros d'aventures merveilleuses.
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Blaise Cendrars était une d'une vielle famille bernoise et il a grandi dans le canton de Neuchâtel, à La Chaux-de-Fonds puis à Neuchâtel même, avant de parcourir le monde et de se fixer en France. D'emblée placé, de sa propre volonté, dans la foulée d'Arthur Rimbaud le voyant, il a livré une œuvre fabuleuse, incomparable et méconnue. Il s'est toujours prévalu de la voyance, à son tour, s'assimilant même à un eubage - sorte de druide poète qui était à même de distinguer, dans l'inconnu, les formes du monde spirituel. Il a écrit plusieurs livres en ce sens, installant le mythe dans la vie et faisant de sa vie un mythe, pour mieux en saisir l'essence. Manchot depuis la guerre, mais sentant encore sa main, il disait que, depuis le ciel, elle lui dictait ce que seules les étoiles peuvent connaître, le murmure des dieux, ce que Rudolf Steiner appelait la chronique de l'Akasha.
On pourra naïvement s'offusquer de ce rapprochement mais Cendrars avait bien lu les théosophes, ainsi que l'a prouvé son plus grand commentateur, Claude Leroy: il l'a manifesté en particulier dans son évocation des Lémuriens, également invoqués par Steiner, en racontant comment, accédant à la vue, ils ont, dans le même temps, développé un troisième œil, au sein de la glande pinéale, pour voir le monde divin, caché à l'œil de chair. Et cela permettait, précisément, de distinguer, dans le ciel, parmi les étoiles, les formes divines. Justifiant par là sa propre seconde vue, il a, dans la constellation d'Orion, aperçu sa main défunte - et voici qu'elle lui a montré le reste. Il a pu saisir, ainsi, le sens mythologique de sa vie, demeuré caché à sa vue charnelle. D'où l'impression que ses livres autobiographiques sont des mensonges, des fables: par la fiction, il en a dévoilé, en réalité, la transcendance occulte. Elle lui a également montré, pointant le doigt sur les mystères, la vraie vie de son parent éloigné le général Suter, fondateur d'une colonie en Californie que le démon de l'or a ruinée, et celle du mystérieux Moravagine, tueur absolu, préfigurant les tyrans russes de l'époque soviétique. Son rejet total du matérialisme rendait Blaise Cendrars hostile au communisme, malgré sa sympathie pour l'esprit de révolution. Car celui-ci était aussi, comme chez Rimbaud, une manière de s'émanciper du monde physique pour saisir la vérité spirituelle des choses.
Dans le ciel, ainsi qu'il l'a raconté dans La Tour Eiffel sidérale, il a vu aussi la constellation de la Tour Eiffel, méconnue de la science officielle: située dans l'hémisphère sud, elle n'en brille pas moins d'un sûr éclat. Dans le ciel, enfin, il a raconté le voyage cosmique d'un équipage qui, empruntant une machine à voler, a fini par dépasser les limites de la matière - et par rencontrer des êtres divins, papillons géants et couleurs substantielles: c'est dans l'écrit appelé L'Eubage, publié à la fin de la Première Guerre mondiale. Blaise Cendrars était un pur génie, qui a même ajouté à la mythologie savoisienne en racontant la légende des trois noyaux de pruneaux de Jacques Balmat: abandonnés par le vainqueur du mont-Blanc dans la glace après en avoir dégusté la pulpe, ils auraient été retrouvés lorsqu'on a creusé pour établir les fondations de l'observatoire de l'Aiguille du Midi - et depuis, comme pour l'anneau de Tolkien, on se serait battu dans l'ombre pour leur possession. Car s'ils n'assuraient peut-être pas l'invisibilité, ils n'en donnaient pas moins puissance, gloire et richesse, attirant sur eux et leur propriétaire les vœux de la Providence. Souvent les propriétaires étaient retrouvés morts, et les noyaux volés. C'est une grande épopée méconnue de la Savoie! Blaise Cendrars l'a raconté dans Les Confessions de Dan Yack, et j'en ai parlé, déjà, dans mon livre Écrivains en pays de Savoie.
Or, j'en reparlerai dans deux conférences exceptionnelles, données l'une près de Lausanne, l'autre près de Genève. La première aura lieu à l'école Steiner de Crissier le 10 avril, le soir, la seconde à l'école Steiner de Confignon, à 19 h 30, comme cela a déjà été annoncé dans les Nouvelles de la vie anthroposophique romande, dont je place l'extrait concerné ci-dessous. L'annonce pour la première conférence sera faite fin mars dans Pierres de construction, le journal de la branche Christian Rose-Croix. Venez nombreux!

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Le groupe Arpitania est orienté vers la défense de ce qu'il appelle la langue arpitane, la langue romane des Alpes occidentales: les universitaires l'appellent le francoprovençal. Elle se parle en France, en Italie et en Suisse, à peu près ou ces trois pays se rencontrent, ont leurs frontières communes. Selon le défunt professeur Tuaillon, elle est issue du royaume de Bourgogne, car il expliquait ainsi sa présence dans le Val de Suse: le roi de Bourgogne saint Gontran avait rattaché celui-ci à son royaume et au diocèse de Maurienne. Le royaume de Bourgogne est le nom commun pour le royaume burgonde, mais on différencie les deux parce que saint Gontran était un mérovingien qui avait reçu le titre de roi de Bourgogne après la conquête de la Bourgogne par les Francs: ils ont tué saint Sigismond, le dernier roi à proprement parler burgonde, de la dynastie issue du roi Gunther du Nibelungenlied. Cependant de nos jours les femmes sont à l'honneur; or, celle de Clovis, sainte Clotilde, était aussi une Burgonde, cousine germaine de saint Sigismond, et saint Gontran en était issu. Bref, selon Gaston Tuaillon le francoprovençal, ou arpitan, est la façon dont les dignitaires burgondes, ou bourguignons, ont déformé le latin. L'impulsion a pu leur en avoir été donnée par leurs instructeurs gaulois, en particulier saint Avit, évêque de Vienne issu des druides d'Auvergne, et grand poète et grand sage, qui connaissait le christianisme ésotérique. Le dernier roi burgonde arien, Gondebaud, correspondait avec lui pour lui demander des éclaircissements sur les prophéties bibliques. Il régnait à Genève, dont l'hymne national est en arpitan: il y a là du sens. Il y a aussi un lien avec les Allobroges, dont les Burgondes avaient repris le royaume: Vienne et Genève, justement, étaient leurs deux grandes capitales. Vienne sur le Rhône était alors une ville fondamentale de la Gaule. Plus maintenant, bien sûr. Le temps passe. En tout cas, ce groupe Arpitania, qui fait tant d'actions louables pour la langue romane des Burgondes, a accepté de publier une réflexion qui met en rapport des pensées de Rudolf Steiner sur les langues paysannes et le sentiment spirituel de la nature: c'est quelque chose que reconnaît le groupe Arpitania, globalement. Le génie des Alpes se touche du doigt quand on parle l'arpitan. L'article, publié il y a dix jours, était le suivant:
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Les super-héros sont une expression culturelle essentiellement venue d'Amérique, mais ils portent en eux des principes éternels, qu'on retrouve dans les anciennes mythologies, adaptées à l'esprit moderne, tel qu'il se manifeste dans le monde anglophone, et, à présent, dans tout l'Occident, ou même la Terre entière. On y a ressuscité Thor, Hercule, et on les a mêlés à des héros de notre temps, créés par des entités cachées, des procédés technologiques inconnus, des hasards de l'évolution, un peu de tout. La prégnance de la mythologie germanique et du merveilleux biblique est attestée en particulier chez Jacob Kurtzberg, dit Jack Kirby, fils d'un Autrichien de confession juive qui a fui Vienne pour des problèmes personnels n'ayant rien à voir avec la politique. Ce Jack Kirby, dans l'armée américaine, était un grand ennemi de l'Allemagne nazie, et il aimait la bannière étoilée, dont il a arraché, manifesté, matérialisé, le génie de l'Amérique sous les traits de Captain America. À la même époque, une maison concurrente faisait de même avec une femme, Wonder Woman, réputée fille des Amazones immortelles d'une île qui rappelait à la fois l'Atlantide et Avalon, et où on descendait de la déesse Aphrodite. Captain America, lui, était transformé par une technologie miraculeuse: les mythes de tous les siècles se confondaient.
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Le Monde, dans ses « Dossiers et documents » d’avril 2004, consacrait cinq poètes. Au premier rang desquels, Yves Bonnefoy, qui chantait un élan mystique dont le point de mire était le monde sensible – l’au-delà étant à ses yeux un pur néant, dans la logique de Jean-Paul Sartre. Interrogé sur sa définition de la poésie, il s'adonnait en réalité à la théologie, en affirmant un certain « sens du concret » qu'on n'a pas spécialement vu chez de très grands poètes. Il profitait de la question pour prêcher l'agnosticisme, il faut bien l'avouer.
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