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Bouddha

Au Moyen Âge, notamment dans le sud de la France, s'est répandue la légende d'un saint appelé Josaphat. Un texte occitan du treizième siècle raconte son histoire, également présente en latin dans la Légende dorée de Jacques de Voragine. Or, il s'agit de celle du Bouddha. Les vies sont les mêmes, et saint Josaphat, dans la légende occidentale, est dit indien. La différence est que ce Josaphat renonce aux idoles sous l'influence de l'apôtre Thomas, réputé venu en Inde après la dispersion des Douze. Pour les Asiatiques, naturellement, il précédait Jésus-Christ de plusieurs siècles. Il est éclairé par le dieu Indra, prince des déités, grâce à un air de flûte qui indique au pieux anachorète la Voie du Milieu. Cependant, ce dieu habite le soleil, dont il est le chef, l'esprit : le Bouddha lui rendra visite au quatrième ciel, dit sa vie canonique. Or, non seulement pour Rudolf Steiner, mais pour l'ésotérisme chrétien ancien le soleil est profondément lié au Christ : François de Sales le disait la manifestation du Fils. Et Steiner affirmait que, sans s'être incarné en lui, le Christ s'était approché de Bouddha, qui avait perçu sa présence : certainement, il s'agissait du dieu Indra. La relation morale entretenue avec celui-ci par Bouddha n'est d'ailleurs en rien différente de celle entretenue par les apôtres avec Jésus-Christ : cela ne se réduit pas au merveilleux, car le Dhammapada présente Indra comme un modèle absolu à suivre, un parangon de probité et de vertu. Il est le modèle de toute royauté sainte.

En principe, les chrétiens ne présentaient que Moïse et les patriarches comme ayant eu un lien intime avec le vrai dieu. Mais on sait que cela a souvent débordé : des sages anciens étaient réhabilités, et même François de Sales affirmait que des païens vertueux connaissant mal Dieu pouvaient être sauvés par lui, susciter sa grâce, par l'admiration de leurs vertus. On estimait possible d'avoir pressenti le Christ même parmi les Gentils, et on scrutait en ce sens les vers de Virgile et les oracles des sibylles. En un sens, Steiner a confirmé ce point de vue avec Bouddha. Et avant lui, ceux qui ont christianisé sa légende.

Déodat Roché, le spécialiste anthroposophe du catharisme, prétendait que le texte occitan présentant le Bouddha était cathare. Il n'a rien de si extraordinaire, s'il est assez beau, et n'est pas différent en essence de sa version latine par Jacques de Voragine. En tout cas, la filiation historique a été établie, et cette vie de Bouddha est passée par le grec et l'arabe : cela a été prouvé. La Syrie en particulier semble avoir servi de point de passage. Il est bien possible que l'Espagne musulmane en ait été un autre, et que cela explique l'importance de ce texte en terre occitane. Déodat Roché en concluait l'influence bouddhiste en Occitanie. C'est possible. Mais peut-être exagéré. D'ailleurs Steiner faisait remarquer que « Wotan » et « Bouddha » entretenaient des rapports phonétiques. Et la religion des anciens Celtes est aussi assez proche du bouddhisme. Mais cela atteste certainement d'une influence de l'Orient dans le Languedoc médiéval.