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Il existait autrefois dans le Pays de Gavot, dont Evian est la cité mère, une puissante famille appelée les Blonay. Ils étaient comtes, on les disait donc « comtes de Blonay ». Ils dominaient tout le bout du lac et si leur principal manoir était justement à Evian, ils avaient également un château en Suisse : car vous savez qu’autrefois les deux rives du lac étaient soumises à ce fameux prince qu’on appelle le « duc de Savoie ».

Le château suisse du comte de Blonay s’élevait au-dessus de la ville de Vevey, que vous pouvez voir de l’autre côté du lac en plissant les yeux. Vous pouvez aussi demander à vos parents de vous y emmener. C’est une bourgade importante car une autre fameuse personne en est issue : la ravissante Mme de Warens.

Ah, Mme de Warens, quelle beauté c’était ! En tout cas le fameux philosophe Jean-Jacques Rousseau l’adorait, il en était fou amoureux. Vous connaissez ce Jean-Jacques Rousseau, je pense, c’est celui qui a sagement déclaré que les enfants devaient s’amuser plutôt qu’apprendre des tables de multiplication. Ce monde est si petit !

Comme les comtes de Blonay étaient plus ou moins des héros, beaucoup de légendes courent sur eux. L’une des plus belles est relative à une grosse tour à toit rabattu située au-dessus du village de Lugrin : elle termine un bâtiment entrevu dans les arbres. Pour être exact, le lieu se nomme Maxilly. Or, rien n'est comparable à la légende de la dame de Maxilly, qui apporta au treizième siècle ce manoir dit de Tour Ronde en dot à un certain Raoul de Blonay.

Ce qui lui donnait un grand prix est que des êtres de l’autre monde n’habitaient pas loin : des fées. S’agissait-il de bonnes fées ? De vilaines fées, liées au diable ? En tout cas, dans les gorges de la rivière de la Dranse, tout près, était un château obscur et abandonné qu’elles avaient bâti sur une roche. Les spectres y dansaient au vent froid du soir. Le mal y était venu, les gens avaient fui. Et les fées n’étaient plus les belles femmes joyeuses et lumineuses qu’elles avaient été. On ne les honorait plus comme autrefois, et elles en étaient attristées. Elles en voulaient aux hommes, elles cherchaient à leur nuire. C’est exprès, à dessein, qu’elles avaient fait sortir des spectres de l’enfer pour qu’ils habitent ce château en ruines : car, grandes magiciennes, c’est une chose qu’elles pouvaient faire.

Elles vivaient, elles-mêmes, dans une immense caverne, jadis étincelante, et dont les parois étaient couvertes de pierreries. Maintenant elle était sombre, sale, ternie. Mais au fond, dans les ténèbres, continuait de briller un beau trésor. Elles l’avaient créé en captant, grâce à leurs pouvoirs, la lumière des étoiles dans des pierres de quartz. Celles-ci brillaient d’elles-mêmes comme des lampes. Même dans l’obscurité, elles clignotaient et scintillaient sans électricité, par la pure magie. Dans la grotte, elles ressemblaient aux étoiles du ciel. Elles faisaient rêver ceux qui, parmi les hommes mortels, parvenaient à les entrevoir, lorsque, cachés, ils regardaient passer les fées, montées sur leurs beaux chevaux noirs, sortant de la grotte pour mener leurs chasses d’Amazones. Elles étaient fières et orgueilleuses, leurs yeux jetaient des éclairs. Leur arrogance faisait peur, leurs robes chamarrées volaient au vent comme des brouillards piquetés d’étincelles, mais comme elles étaient belles !

Cependant, ceux qui avaient pu voir le fond de la grotte, brusquement ouvert pour laisser passer les dames, avaient pu déceler, en plus du trésor, des formes obscures, dangereuses, hostiles : dans les recoins laissés ténébreux par la perte d’éclat des pierreries murales, s’étaient développés des monstres, munis de tentacules, de becs, de pattes et de griffes. Les fées vivaient avec eux, désormais, pensant qu’ils pouvaient leur être utiles : elles en avaient fait leurs animaux domestiques. Ils avaient pourtant des yeux humains, et pouvaient vaguement parler. Ils étaient vraiment épouvantables. Et les hommes qui les voyaient fuyaient en hurlant, craignant de devenir fous, à force d’épouvante. Mais je ne veux pas vous effrayer, sur ce sujet. Ne vous inquiétez pas : le comte de Blonay dont je vais vous raconter l’histoire, Raoul, a fermé définitivement la porte de leur royaume, l’a complètement verrouillée, et il n’y a plus rien à craindre. Ils ne peuvent plus du tout passer, Raoul et son brave curé Thomas ont jeté un bon sort, dessus, et la porte ne peut plus s’ouvrir. Dès qu’un monstre la touche, il tombe en cendres, de sorte qu’ils n’osent même pas s’en approcher. Ouf.

Parmi ces monstres, toutefois, il y avait une espèce que les fées aimaient particulièrement, parce qu’ils ressemblaient à nos chats, quoiqu’ils fussent gros, tout noirs, et en général debout sur leurs pattes arrière, comme nous. C’était des sortes d’hommes-chats. Ils avaient la taille de petits hommes, de nains. Ils pouvaient aussi se mettre sur leurs quatre pattes et courir hypervite. Leurs griffes étaient longues, leurs yeux rouges, malheur à l’imprudent qu’ils parvenaient à trouver isolé dans la forêt. Ils faisaient régner la terreur, mais le comte de Blonay mit fin à leurs horribles agissements.

 A force de fréquenter ces monstres, les fées avaient perdu leur bel éclat, leur belle lumière, et s’étaient ternies : ils avaient déteint, sur elles. C’est comme ça qu’elles avaient décliné, qu’elles avaient dégénéré, et ne ressemblaient plus autant à des anges qu’auparavant. Car elles avaient été d’abord très proches des anges, et puis s’en étaient éloignées, à force d’ennui et de paresse, d’orgueil et de langueur. Cela arrive.

A cause de tout cela on les appelait les fées ternes, et le château qu’elles ont bâti pour des chevaliers oubliés est en ruines, et ce sont les ruines dites de Féterne. Les chevaliers les servaient, mais ils étaient fous amoureux d’elles, et elles leur promettaient toujours de les épouser et ne le faisaient pas souvent, de sorte qu’à la fin ils devenaient tristes ou se mettaient en colère – et alors ils se bagarraient entre eux, et c’est ça qui les a perdus, et qui a mis leur château en si mauvais état. Les survivants à la fin ont dû le quitter. Le comte de Blonay notamment les a recueillis autour de lui, et alors ils ont trouvé la paix, ils se sont adoucis, et ils étaient heureux, car il était généreux et bon, il les traitait bien, avec respect et amitié. Tout était donc au mieux, finalement, mais parfois les fées, vexées, essayaient de retrouver leur ancien pouvoir, et ne s’y prenaient pas toujours très gentiment.

 A suivre...