Avec mon article « Situation de menace », je souhaitais avant tout souligner les dangers d'un réarmement irréfléchi en Allemagne. Wolfgang Raddatz semble s'attendre à ce que chaque déclaration mentionnant Vladimir Poutine ou la Russie énumérât l'intégralité des exactions russes. Or, les médias traditionnels le font déjà bien assez. L'adage latin « Et altera pars audiatur » (« Que l'autre partie soit entendue ») devrait également s'appliquer. Il n'est pas nécessaire que chaque commentateur répète tout. De plus, je suis la cible d'insinuations des plus odieuses : que je voulusse justifier « la brutalité inhumaine des attaques russes » contre l'Ukraine et que j'eusse parlé de « guerre préventive ». Rien de tout cela n'est vrai ; si Raddatz fait référence indistinctement à des articles précédents publiés ici, il ne l'a pas correctement indiqué. Je n'ai pas posé de question concernant une éventuelle expansion de la Russie, mais j'ai simplement suggéré une perspective. Je n'ai pas interprété la lenteur de la progression de l'armée russe comme un « signe de clémence et d'indécision » (comment donc Raddatz est-il arrivé à cette conclusion ?). Je n'ai pas non plus manqué d'argumentation dans ma critique des décideurs allemands (veuillez lire attentivement l'article en entier). J'aimerais savoir où j'ai utilisé des termes « généralement associés à l'AfD ». Toute critique claire du gouvernement est-elle automatiquement considérée comme favorable à l'AfD ? Par ailleurs, je n'ai aucune intention de « demander naïvement la paix ». Je ne commenterai pas ici les aspects de la politique intérieure russe mentionnés par Raddatz, car ils n'étaient pas le sujet de l'article et n'ont donc pas leur place dans une critique.
On peut comprendre les craintes des anciennes républiques soviétiques à l'égard de la Russie, comme l'a mentionné Raddatz, mais il ne faut pas présenter l'OTAN comme leur grand protecteur. La question principale est de savoir pourquoi l'OTAN ne s'est pas dissoute après la chute du Pacte de Varsovie ; nous savons qu'elle a ensuite activement courtisé les pays susmentionnés pour qu'ils y adhèrent. Pourquoi, en effet ? La Russie perçoit ce rapprochement comme une provocation, car d'autres promesses avaient été faites.
Mais mon propos ici ne portait pas sur la situation militaire générale, mais plutôt sur le réarmement allemand et la question de sa justification, tant factuelle que morale. Il convient de replacer cette question dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale et de la participation de la Bundeswehr à la guerre du Kosovo et à la guerre en Afghanistan, deux conflits qui ont violé le droit international. Malgré ce lourd héritage, les dirigeants semblent faire preuve d'une absence totale de retenue. Les événements de ces dernières semaines n'ont fait qu'attiser les craintes. En effet, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a déclaré ce qui suit lors de la 3ème Conférence internationale sur la sécurité eurasienne à Minsk : « Nous avons affirmé à maintes reprises que nous n'avons pas l'intention d'attaquer, et que nous n'avons jamais eu l'intention d'attaquer, aucun des membres actuels de l'OTAN ou de l'UE.» Nous sommes prêts à inscrire cette position dans les futures garanties de sécurité pour cette partie de l'Eurasie.[1] Mais les réactions sont loin d'être encourageantes : selon une porte-parole du ministère des Affaires étrangères, l'Allemagne n'y voit aucun intérêt.[2] L'augmentation des effectifs de la Bundeswehr à 460 000 hommes viole l'accord « Deux plus quatre », par lequel l'Allemagne s'est engagée à limiter ses forces armées à 370 000 hommes[3]. Lors d'une réunion du Forum de défense du Mittelstand, l'ancien plus haut gradé allemand au sein de l'OTAN, le général Christian Badia, a déclaré : « L'OTAN n'est pas une alliance défensive et ne dispose que d'armes défensives. Nous devons passer à l'offensive.»[4] Cela vaut également pour l'Allemagne. À juste titre, le nouvel inspecteur général de l'armée de terre, Christian Freuding, a décrit les objectifs de la 45ème brigade blindée allemande en Lituanie : elle doit être capable de « gagner quand cela compte vraiment ».[5]
Au vu de ces déclarations, je continue de craindre que l'objectif ultime de l'Occident ne soit pas la paix, mais la guerre, ou du moins qu'il l'accepte comme une conséquence possible. Raddatz estime que ma critique du manque total d'efforts diplomatiques de l'Occident est contre-productive. Que pourrait-il y avoir d'autre, sinon la diplomatie, comme nous l'avons constaté dans de nombreuses situations problématiques à travers le monde ? La suggestion de Raddatz selon laquelle tous les responsables politiques européens devraient « se rendre à Moscou, le doigt levé » n'est certainement pas plus judicieuse. Par conséquent, sa déclaration suivante doit également être considérée avec prudence : « Le choix actuel du réarmement par l'Occident semble donc être la seule option pour le moment. » Je n'aurais jamais imaginé que l'absence d'alternatives puisse jouir d'un tel statut incontesté dans les cercles anthroposophiques face à des problèmes aussi urgents – surtout après une déclaration du secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, lors de la récente réunion annuelle de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN en Slovénie : « En tant qu'OTAN, nous sommes 25 fois plus importants que l'économie russe. Notre armée est infiniment supérieure à l'armée russe.» En ce qui concerne notre force aérienne, les Russes, avec leurs MiG-31 ou quel que soit leur nom, ne peuvent même pas rivaliser dans l'ombre, car leurs pilotes de chasse sont mal entraînés.[6] Cela n'aurait-il pas déjà garanti la paix ? Pourquoi militariser la société à ce point ?
Bernd Brackmann(Die Drei 6/2025. — Traduction : DK)
Notes
[1] www.handelsblatt.com/dpa/sicherheitsarchitektur-lawrow bringt nicht-angriffs-garantie-fuer-europa-ins-spiel/100168981.hml {NDLR : voir peut-être aussi : https://www.tagesspiegel.de/internationales/sicherheitsarchitektur-lawrow-bringt-nichtangriffsgarantie-fur-europa-ins-spiel-14681516.html }
[2] https://www.nachdenkseiten.de/?p=141340. Remarque : Dans mes déclarations, vous trouverez de nombreuses références au site web « NachDenkSeiten ». Comme tout média, il peut commettre des erreurs ; cependant, le site web « NachDenkSeiten » n’a pas encore connu d’affaire Relotius.
[3] www.nachdenkseiten.de/?p=141962
[4] www.nachdenkseiten.de/?p=140966
[5] www.fr.de/politik/bundeswehr-video-mit-derherr-der-ringe-soundwagenknecht-kritisiert-propaganda-zr-94014318.html
[6] www.nachdenkseiten.de/?p=140805

















