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    Stuttgart, 23 janvier 1923 - GA257

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Image d'un être humain dont la dignitié est bafouée


EXTRAIT de la troisième conférence du livre :
« Les exigences sociales fondamentales de notre temps »
Rudolf Steiner - Dornach, 1er décembre 1918
GA186 - Éditions Dervy
Traduction par Marie-France Rouelle, revue par Gudula Gombert

 

NDLR : C'est la rédaction qui a donné son titre à cet extrait de conférence. Le titre en question ne figure pas dans le livre traduit en français ni dans le livre original en allemand.

J'ai tenu hier à jeter quelque peu la lumière sur la forme que le penser social devrait prendre à notre époque. J'aimerais aujourd'hui ajouter à ce que nous avons vu quelque chose qui peut nous permettre d'élever ces choses à un niveau supérieur, ce qui, étant donné les exigences particulières de l'esprit de notre siècle, est absolument nécessaire. Je vous prie de ne pas prendre comme une critique de notre époque ou de la situation actuelle tout ce que j'ai exposé et exposerai encore ; j'insiste à nouveau sur ce point, puisqu'il s'agit uniquement pour moi de vous fournir des matériaux de base pour orienter votre jugement et comprendre intelligemment la situation dans toute son étendue. Le point de vue de la science de l’esprit[i] ne peut pas être de proposer par exemple une quelconque critique sociale, mais uniquement de montrer ce qui est, sans pessimisme ni optimisme. C'est pourquoi on est naturellement toujours contraint d'employer des mots qui risquent d'être interprétés comme une critique de telle ou telle classe de la société. Ce n'est pas le cas. Lorsque je parle ici de bourgeoisie, j'en parle précisément comme d'un phénomène historique nécessaire, et il n'est pas question d'émettre une quelconque critique contre ce qui, d'un certain point de vue de la science de l’esprit, était précisément indispensable. C'est dans cet esprit que je vous prie de comprendre ce que j'exposerai aujourd'hui.

Nous prendrons comme point de départ l'impulsion globale qui est à la base de l'exigence sociale actuelle du prolétariat, ainsi d'ailleurs que de la grande majorité des mouvements humains, impulsion très puissante, même si elle est plus ou moins exprimée, plus ou moins instinctive et inconsciente, confuse et obscure. Cette impulsion est la suivante : il existe un certain idéal qui voudrait établir un ordre social satisfaisant en tout point. Si l'on veut en caractériser le fondement de manière radicale, donc justement en se trompant, on pourra dire qu'il y a là une tentative de penser et de réaliser un ordre social devant apporter à tous les hommes le paradis sur terre, ou du moins cet état bienheureux digne de l'être humain, que justement la population prolétarienne considère aujourd'hui comme souhaitable. On appelle cela « la résolution de la question sociale », et derrière cette résolution se cache instinctivement ce dont je viens de parler.

Or il est nécessaire que l'investigateur spirituel, comme il se doit de le faire en toutes circonstances, ne s'abandonne à aucune illusion au sujet de cette question, mais regarde au contraire la réalité en face. Car le cœur du problème est justement que ceux qui aspirent à un tel idéal ne partent pas de points de vue exempts d'illusions, mais qui au contraire en véhiculent un grand nombre, notamment l'illusion fondamentale selon laquelle il est possible de « résoudre » la question sociale.

D'une certaine façon, cela est lié au fait que notre époque n'a pas conscience de la différence entre le plan physique et les mondes spirituels, que cette époque qui est la nôtre considère en quelque sorte instinctivement le plan physique comme le seul univers existant, et qu'elle souhaite y établir le paradis comme par enchantement. Cela l'oblige à croire que l'être humain est condamné ou bien à ne jamais trouver nulle part ni la justice, ni l'harmonisation de ses instincts et de ses besoins, ou bien à les trouver justement au sein de l'existence terrestre physique. Mais pour celui qui observe l'univers de manière imaginative, qui donc cherche la vraie réalité, sur le plan physique la perfection n'existe pas, il n'y a qu'imperfection. C'est pourquoi il est impossible de parler d'une résolution parfaite de la question sociale en général. Vous pouvez bien tenter de la résoudre à partir de toutes les profondeurs de la connaissance, elle ne sera jamais résolue comme le croient aujourd'hui énormément de gens. Mais on ne doit pas se dire pour autant : Bon, si la question sociale ne peut être résolue, eh bien, ne nous en occupons pas, laissons toutes ces sottises.

La chose se compare en effet à un pendule : la force nécessaire à la montée est utilisée lors de la descente en tant que force de chute. Tout comme la force contraire est accumulée dans la descente et sera ensuite utilisée pour la montée, il en est de même pour l'histoire de l'humanité, soumise à une succession de rythmes. Vous pouvez, pour une période donnée, trouver l'ordre social le plus parfait, ou même n'importe quel ordre ; une fois réalisé, il s'épuisera et conduira après quelque temps de nouveau à la confusion. La vie de l'évolution ne suit pas un cours ascendant régulier, elle est soumise à des flux et des reflux, à un mouvement ondulatoire. En réalisant sur le plan physique ce que vous pouvez élaborer de mieux, vous appelez les conditions qui au bout d'un certain temps entraîneront l'anéantissement de ce que vous avez organisé. L'humanité se porterait autrement si l'on reconnaissait comme il se doit la loi inexorable de cette nécessité dans le devenir historique. On ne croirait pas pouvoir instaurer un paradis sur la terre au sens absolu du terme, mais on se verrait contraint d'envisager la loi cyclique qui régit l'évolution de l'humanité. Et tout en excluant une réponse absolue à la question : quelle forme donner à la vie sociale ?, on fera ce qui est juste si l'on se demande ce qui doit être fait pour notre siècle.

Qu'exigent précisément les impulsions de notre cinquième époque postatlantéenne ? Qu'est-ce qui cherche à se réaliser ? En étant conscient que ce qu'on réalise sera nécessairement détruit lors de la révolution cyclique, il faut bien savoir qu'on ne peut penser sur le plan social que de cette manière relative, c'est-à-dire en reconnaissant les impulsions d'évolution d'une période donnée. Il faut travailler avec la réalité, et c'est travailler contre elle que de croire qu'on peut réaliser quoi que ce soit avec des idéaux abstraits et absolus. Pour l'investigateur spirituel qui veut envisager la réalité, et non l'illusion, la question se réduit à ceci : Qu'est-ce qui cherche à se réaliser là, maintenant, dans la réalité présente ?

C'est également à partir de ce point de vue que je me suis exprimé hier, et vous interprétez bien mal mes propos si vous croyez que je veux dire qu'un paradis absolu s'établira, sous prétexte par exemple que le produit du travail sera séparé du travail lui-même. Pour moi, il ne s'agit que d'une nécessité devant s'accomplir à présent et que j'examine en me basant sur les lois profondes de l'évolution de l'humanité. Car derrière ce que les hommes portent dans leur conscience et qui est le but poursuivi avec opiniâtreté par la conception de vie prolétarienne, même si elle agit parfois au travers de revendications aussi radicales que celles du bolchevisme, derrière cela se trouve ce que les hommes veulent réaliser instinctivement. Et qui cherche la réalité ne se laissera proposer aucun programme, fût-ce celui de la république soviétique de Russie, mais il lui importera de voir ce qui aujourd'hui se trouve instinctivement derrière ces choses qu'on exprime superficiellement en balbutiant. Voilà ce qui importe. Si on n'en tient pas compte, on ne viendra jamais à bout de ces choses. L'objet de cette aspiration instinctive est ancré dans le caractère fondamental de notre cinquième époque postatlantéenne, qui se distingue par exemple de manière essentielle de la précédente, c'est-à-dire la quatrième, l'époque gréco-latine, ou bien encore de la troisième, l'époque égypto-chaldéenne. Aujourd'hui, à partir du moment où ils sont en groupe, donc pas en tant qu'individu isolé mais dans le contexte social, les hommes veulent obligatoirement quelque chose de bien déterminé. Et ce quelque chose, ils le veulent effectivement de manière instinctive. Ils veulent ce qu'il n'était pas encore possible de vouloir pendant la quatrième époque postatlantéenne et jusqu'au XV siècle de notre ère chrétienne, à savoir une existence digne de l'être humain, c'est-à-dire que se reflète dans l'ordre social la réalisation de l'idéal de l'humanité auquel rêve cette époque. Les hommes veulent aujourd'hui instinctivement que ce qu'est l'être humain se reflète dans la structure sociale.

Il en était autrement durant la troisième période postatlantéenne, l'époque égypto-chaldéenne. Et les choses étaient encore différentes avant celle-ci, au cours de la deuxième époque. Cette deuxième époque, c'est-à-dire celle de l'ancienne Perse[ii], portait encore complètement l'être humain dans son intériorité ; celui-ci était alors encore complètement tourné vers l'intérieur. Ses instincts ne lui demandaient pas de reconnaître à l'extérieur, dans le monde, ses besoins intérieurs. L'homme n'exigeait pas une structure sociale capable de refléter à l'extérieur ce qu'il portait intérieurement de pulsions, d'instincts, de besoins. Puis vint la troisième époque postatlantéenne, l'époque égypto-chaldéenne, au cours de laquelle l'être humain exigea de voir une partie de son être dans le miroir de la réalité sociale extérieure, notamment ce qui était lié à la tête. C'est pourquoi nous voyons que c'est à partir de cette troisième époque qu'est tentée une organisation sociale théocratique, pénétrée en quelque sorte par l'élément religieux. Le reste, ce qui se rapporte à l'homme médian, à l'homme-poitrine, à son système respiratoire, et ce qui se rapporte à l'homme métabolique, demeurait encore instinctif. Et l'homme d'alors ne pensait pas encore à voir cela se refléter dans une structure extérieure, de quelque manière que ce fût. Quant à l'époque de l'ancienne Perse, il n'existait qu'une religion instinctive dirigée par les initiés de Zarathoustra. Mais tout ce que l'homme développait était encore instinctif dans son for intérieur. Il n'éprouvait pas encore le besoin de voir les choses à l'extérieur, d'en voir le reflet dans la structure sociale. C'est à l'époque qui s'acheva à peu près avec la fondation de l'ancien empire romain (747 avant J.-C. est la date exacte), et dans la période qui précéda cette date, qu'il commença à exiger de pouvoir retrouver dans l'ordre social les pensées qui vivaient dans sa tête.

C'est l'époque gréco-latine, qui débute au VIIIe siècle, dès l'année 747 avant l'ère chrétienne, et s'achève avec le XVe siècle. L'être humain réclame alors que deux parties de son être se reflètent extérieurement dans la structure sociale : l'homme-tête et l'homme rythmique, ou homme-respiration, homme-poitrine. L'ancien ordre théocratique devait s'y refléter encore, mais déjà comme un écho. Effectivement les institutions théocratiques proprement dites ont une très grande similitude avec celles de la troisième époque postatlantéenne, même les institutions de l'Église catholique. À cet aspect, qui donc se perpétue, s'ajoutent les idées neuves propres à l'époque gréco-latine : les institutions extérieures de la res publica concernant l'administration de la vie extérieure, dans la mesure où il est question de justice et d'injustice, et autres choses de même nature. En ce qui concerne deux des parties de son être, l'homme réclame de ne pas seulement les porter en lui, mais de pouvoir les contempler dans ce que lui renvoie le monde extérieur. Par exemple, vous ne comprenez pas la civilisation grecque si vous ne savez pas qu'à cette époque la pure vie métabolique dont l'expression extérieure est la structure économique demeure encore Instinctive et Intérieure. L'homme n'en réclame encore aucun reflet extérieur, cette tendance n'apparaîtra qu'au XVe siècle après J.-C. Si vous étudiez l'histoire telle qu'elle est réellement, et non comme la racontent les légendes qui ont été fabriquées par notre soi-disant science historique, vous trouverez également confirmé extérieurement ce qu'à partir de données occultes je vous ai communiqué au sujet de l'esclavage en Grèce, sans lequel la civilisation grecque, que nous admirons tant, n'est pas concevable. On ne peut concevoir l'existence de l'esclavage dans la structure sociale qu'en sachant que toute cette quatrième époque postatlantéenne est dominée par le désir qu'existe au-dehors une organisation des domaines législatif et religieux, mais pas encore d'ordre économique autre qu'instinctif.

Ce n'est qu'à partir de notre époque, dont le début ne se situe pas avant le XVe siècle avant J.-C., qu'apparaît cette exigence de voir se refléter la totalité de l'homme tripartite dans la structure sociale extérieure au sein de laquelle il vit.

C'est pourquoi nous devons aujourd'hui étudier l'homme tripartite, parce qu'il porte en lui le triple instinct d'avoir dans l'ordre extérieur, dans la structure sociale, ce dont je vous ai parlé : tout d'abord un domaine spirituel[iii] ayant sa propre administration, sa propre structure, puis un domaine administratif, domaine de la sécurité et de l'ordre, c'est-à-dire un domaine politique qui, lui aussi, est autonome, et enfin un domaine économique[iv]. Et c'est ce domaine économique dont notre époque exige pour la première fois une organisation extérieure. L'instinct de voir l'homme concrétisé dans l'image de la structure sociale n'apparaît qu'à notre époque. C'est la raison profonde pour laquelle ce n'est plus un simple instinct économique qui agit, et qui explique pourquoi cette nouvelle classe économique, le prolétariat, aspire à organiser extérieurement la structure économique, aussi consciemment que le fit la quatrième époque postatlantéenne pour la structure régissant le domaine législatif, et la troisième, l'époque égypto-chaldéenne, pour la structure théocratique.

Ceci, mes chers amis, est la raison interne. Et vous ne pourrez juger justement de la conjoncture actuelle qu'en prêtant attention à cette raison interne. Vous comprendrez aussi pourquoi, il y a huit jours[1], il m'a fallu vous présenter cet ordre social ternaire. Il n'a vraiment pas été inventé, comme le sont justement aujourd'hui tous ces programmes établis par d'innombrables sociétés. Il résulte des forces que l'on peut observer lorsqu'on tient compte de la réalité de l'évolution. Il faut arriver à comprendre de manière véritablement concrète et objective les impulsions de l'évolution inhérentes au devenir de l'humanité. Notre époque nous y pousse, mais les hommes s'y refusent encore, comme on l'observe curieusement même chez ceux qui vont le plus loin dans leur vision des choses.

Ainsi ont paru récemment les « Lettres d'une femme à Walther Rathenau ; de la transcendance des choses à venir »[2] Dans ce livre il est déjà question de différentes choses. En voici par exemple : « Le but de cette brochure est de publier l'essentiel du contenu conceptuel d'écrits épistolaires. La communication personnelle était exclue dans la mesure où elle n'avait pas de rapport direct avec celui-ci. Il s'ensuit automatiquement une forme épistolaire fragmentaire dans laquelle la répétition des formules de politesse en début et en fin de lettre est évitée. Une femme ayant des dons de visionnaire y parle de son expérience et de sa connaissance inhabituelles de la nouvelle âme de l'époque et du nouveau devenir de l'univers, en contrant l'auteur du livre “Des choses à venir“. Les forces d'avenir luttant aujourd'hui pour une forme de vie supérieure apparaissent ici, dans une destinée humaine individuelle, comme la réalité vécue des nouvelles forces de l'âme. »

Il est question d'énormément de choses dans cette brochure, et pourtant il y a quelque chose de curieux : cette femme en vient à dire que l'être humain peut développer des facultés spirituelles supérieures qui seules peuvent nous permettre de voir la vraie réalité. C'est au fond la conclusion de ce livre, dont le dernier chapitre s'intitule : « Conclusions cosmiques sur l'âme de l'univers et l'âme humaine ». Mais il se limite à reconnaître que l'être humain peut avoir certaines facultés supérieures ; bien entendu, il ne va pas jusqu'à dire ce que l'on voit avec ces facultés supérieures. C'est comme si on enseignait à l'homme qu'il a des yeux, sans lui permettre de voir quoi que ce soit de la réalité. Certaines personnes ont une attitude bien étrange à l'égard de la science spirituelle. Elles reculent tout simplement d'effroi lorsqu'on commence à parler de ce qu'il est possible de voir. On aimerait dire à un tel auteur : Tu reconnais que des facultés supérieures peuvent se développer en l'être humain. La science de l'esprit est là pour dire ce qu'on voit justement dans les choses importantes quand ces facultés sont développées. Mais ces propos font tressaillir les gens, ils ne souhaitent pas encore les entendre.

Vous voyez combien notre époque nous presse d'en arriver là où veut précisément arriver la science de l’esprit et comment en même temps les choses se bousculent en l'être humain, ces choses dont j'ai parlé dans le dernier numéro de la revue de Bernus, Das Reich, dans l'article intitulé « Lucifer et Ahriman dans leur rapport à l'être humain »[3] Cela se bouscule dans l'âme humaine au point que même ceux qui admettent qu'on peut voir une réalité spirituelle considèrent aujourd'hui encore comme un fantasque celui qui parle de cette réalité supérieure dont ils admettent pourtant eux-mêmes qu'elle est la vraie réalité et qu'on peut la contempler.

J'ai évoqué cette dame parce qu'elle n'est pas un cas isolé, mais ce qui apparaît chez elle illustre un phénomène courant. En effet, ce qui est caractéristique précisément, c'est que les êtres humains sont poussés à regarder au-delà de la réalité extérieure habituelle, mais qu'ils ne le veulent pas, qu'ils ne le font pas. Dans ce livre, par exemple, on indique que l'être humain a une certaine parenté avec les forces cosmiques. Mais il ne s'agirait surtout pas de venir exposer aux gens le contenu de ma Science de l'occulte[4], dans laquelle ces rapports sont développés ! Ils feraient des bonds. Mais dans le domaine social précisément, qu'il faut envisager de la manière que j'ai décrite, on n'arrive pas à un véritable discernement si l'on admet uniquement qu'il est possible de voir quelque chose, sans admettre la chose qui peut être vue. Il est primordial de prendre cela en compte, sans quoi on donnera toujours dans le travers que j'ai déjà indiqué au tout début de cette conférence, c'est-à-dire qu'on donnera un caractère absolu à ce qui ne vaut concrètement que pour l'individu isolé, qu'on demandera par exemple concernant la question sociale : Quelles mesures faut-il prendre dans ce domaine sur la terre entière ? Mais cette question ne se pose absolument pas. Les hommes sont différents sur toute la planète. Et plus on ira vers l'avenir, plus cette diversité s'accentuera, cela en dépit de tout internationalisme. Il en résulte que quiconque croit qu'il est possible de développer les rapports sociaux de manière identique en Russie, en Chine, en Amérique du Sud, en Allemagne ou en France, énonçant ainsi des pensées absolues là où seules des pensées individuelles, relatives, correspondent à la réalité, émet une idée parfaitement chimérique. Il est extrêmement important que cela soit bien compris. (…) 

Rudolf Steiner

[Gras ou souligné : S.L.]

 

Notes

[1] Voici la conférence du 24 novembre 1918 dans “Entwicklungsgeschichtliche Unterlagen zur Bildung eines sozialen Urteils“ - Élements de l'évolution historique pour se former un jugement social (8, conférence Dornach, 1918). GA 185a.

[2] Il s'agit de Christina von Pfeiffer-Raimund, autrice d'une brochure anonyme parue à Francfort en 1918. La citation se trouve en page 3, remarque préliminaire à l'éditeur.
Walter Rathenau, 1867-1922, industriel et économiste, auteur de nombreux écrits philosophiques. Assassiné par les prédécesseurs du national-socialisme. Von kommenden Dingen - Des choses à venir, Berlin, 1917.

[3] Parue dans Das Reich, revue trimestrielle édité par le Baron Alexander Freiherr von Bernus, octobre 1918. In GA035, éditions Triades numéro 6, été 1993, page 3 à 15.

[4] La science de l'occulte, 1910, GA013, édition anthroposophique romande.

 

Notes de la rédaction

[i] Il s’agit bien sûr dans ce contexte de la science de l’esprit d’orientation anthroposophique.

[ii] L’époque de l’ancienne Perse (de même pour l’époque Égypto-Chaldéenne et l’époque Proto Hindoue) font l’objet de très nombreuses caractérisations approfondies dans les écrits et les conférences de Rudolf Steiner. Chronologiquement parlant, il faut éviter de les confondre avec certaines balises et périodes établies par les historiens contemporains, mais revenir aux textes de Rudolf Steiner pour comprendre ce qu’il entend par ces termes.

[iii] Par domaine spirituel il faut entendre ici une vie culturelle (éducative, scientifique, philosophique, artistique, médicale, religieuse, etc.) fondée sur l’activité spirituelle libre de chaque individualité humaine.

[iv] Un extrait d’un des ouvrages les plus importants de Rudolf Steiner présentant ce concept se trouve ici : https://www.tri-articulation.info/menu-triarticulation/texte-fondamental

 

Note de la rédaction
Un extrait isolé issu d'une conférence, d'un article ou d'un livre de Rudolf Steiner ne peut que donner un aperçu très incomplet des apports de la science de l'esprit d'orientation anthroposophique sur une question donnée.

De nombreux liens et points de vue requièrent encore des éclairages, soit par l'étude de toute la conférence, voire par celle de tout un cycle de conférence (ou livre) et souvent même par l'étude de plusieurs ouvrages pour se faire une image suffisamment complète !
En outre, il est important pour des débutants de commencer par le début, notamment par les ouvrages de base, pour éviter les risques de confusion dans les représentations.

Le présent extrait n'est dès lors communiqué qu'à titre indicatif et constitue une invitation à approfondir le sujet.
Le titre de cet extrait a été ajouté par la rédaction du site  www.soi-esprit.info   

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