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Citation
  • "Lorsqu'on est intellectuel, on se croit souvent très intelligent, et on croit l'enfant terriblement borné. Mais en apprenant peu à peu à bien voir le monde, on acquiert le jugement inverse, et l'on aperçoit combien on est devenu bête depuis son enfance. Seulement, l'intelligence que l'on a acquise depuis est consciente. Mais la sagesse avec laquelle l'enfant fait le choix que nous avons décrit entre ce qu'il doit assimiler en fonction de ce qu'il a vécu dans ses existences précédentes, et ce qu'il doit rejeter dans l'éthérique universel, cette sagesse est infiniment plus grande que celle que nous acquérons plus tard."
    Christiana (Oslo), 19 mai 1923 - GA226

    Rudolf Steiner
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Source de cette illusration :
https://www.eurocontinent.eu/guerre-economique-contre-la-russie-premiere-guerre-mondiale-menee-au-nom-de-la-culture-de-lannulation-cancel-culture/
Note : cette illustration n'est PAS issue de l'article ci-dessous. Elle est simplement donnée à titre illustratif pour mettre en relief les fortes tensions Est-Ouest qui, bien que leur forme a évolué depuis 1919-1921, existent aujourd'hui encore et déterminent des pans entiers de l'évolution de l'humanité. L'Europe qui se situe entre ces pôles, a jusqu'à ce jour renoncé à jouer un rôle d'harmonisation, pourtant décisif, entre eux (nous ne confondons pas ici l'Europe avec l'Union Européenne, qui n'est qu'un appendice vassalisé des USA).

 

Note de la rédaction

Le 11 mars 2026, Michael Hudson, anciennement professeur d’économie à l’université du Missouri, publie un article au plus haut point étonnant et significatif : « Envisager l’impensable. Le plan iranien pour mettre fin à la présence étasunienne au Moyen-Orient ». En introduction il affirme que « La guerre qui a débuté le 28 février peut être considérée de manière réaliste comme l’ouverture officielle de la Troisième Guerre mondiale car ce qui est en jeu sont les conditions dans lesquelles le monde entier pourra acheter du pétrole et du gaz. Pourront-ils acheter cette énergie auprès d’exportateurs dans des devises autres que le dollar, avec en tête la Russie et l’Iran (et jusqu’à récemment, le Venezuela) ? ».

Ceci n’est pas sans faire penser aux propos de Rudolf Steiner qui annonce de manière certaine la survenue de la prochaine guerre mondiale notamment pour des raisons économiques (il s’agissait à l’époque de la 2ème guerre mondiale, mais à notre sens une 3ème voire une 4ème guerres mondiales sont devenues inévitables, à moins que l’humanité ne se soit auto-anéantie auparavant ou qu’elle ait saisi en profondeur les pensées nouvelles nécessaires pour pouvoir poursuivre son développement). Voici quelques extraits de conférences données par Rudolf Steiner pour mieux cerner de quoi il s’agit {attention toutefois : le contexte n'est pas le même qu'aux alentours des années 1920} :

Michael Hudson montre dans son article comment l’Iran tente en quelque sorte d'inviter les pays du Golfe à se tourner vers l’Est et ainsi échapper ensemble (ce qui en effet semble actuellement encore impensable) à la domination à l'Ouest par la puissance ultra-hégémonique des USA. C’est une guerre « à mort » qui est engagée entre les USA et ce que représente l'Iran : d'un côté les USA qui veulent conserver leur hégémonie "absolue" et de l'autre, l'Iran (mais aussi à terme et sa suite la Russie et la Chine) qui ne veut pas se soumettre à l'empire, et ce dans un contexte de polarisations devenant chaque jour de plus en plus extrêmes et dangereuses.

Étonnamment, en 1919 on trouve un tract destiné aux travailleurs, émanant de la Fédération pour la triarticulation sociale alors récemment constituée, qui semble inviter lui aussi, à s'orienter vers l'Est plutôt que vers l'Ouest et échapper « à l'esclavage par le capital anglo-américain », alors que le bolchévisme, est tout aussi destructeur pour la vie humaine et sociale que ne l’est le capitalisme anglo-américain, ce que savent parfaitement les porteurs de la triarticulation sociale. Alors pourquoi préconiser (en 1919) de s’orienter pourtant vers l’Est ? C’est ce que nous vous invitons à découvrir dans le document ci-dessous qui montre pourquoi dans ce contexte spécifique, cette orientation fut envisagée.

 

Extrait du livre « La lutte de Rudolf Steiner pour l’ordre social de l’avenir – Souvenirs de Hans Kühn» (1978)
Traduction (partielle) en français par Béatrice Petit (version du 7 avril 2023).
Le livre peut être téléchargé ici :

http://www.triarticulation.fr/EltsHisto/HK/HK00.html

C'est la rédaction de soi-esprit.info qui a donné le titre:
"Triarticulation sociale : s'orienter vers l'Est plutôt que vers l'Ouest et échapper à l'esclavage par le capital anglo-américain ?" à cet extrait


- - -

Hans Kühn

L’évolution de l’Europe aurait été différente si on s’était décidé à temps pour une orientation vers l’est au lieu de l’ouest, telle que la fédération la défendait à cette époque. Ainsi, dans le tract Aux travailleurs manuels..., il était écrit :

« Seule une grande action collective, une véritable socialisation complète de grande envergure, donne aux travailleurs une motivation nouvelle et réveille dans tout le peuple laborieux des forces de vie invincibles. Elle nous protège de l’esclavage par le capital anglo-américain qui nous menace et qui exclut toute socialisation réelle pour des décennies. Elle crée des conditions qui nous permettent un accord avec l’Est. Liés sainement avec la Russie, nous y trouverons de la nourriture, des ventes et une protection contre l’oppression occidentale... ».

Mais cette attitude nécessite une explication : après l’effondrement du front occidental[i] et l’éclatement de la révolution allemande[ii], les puissances occidentales avaient atteint l’objectif vers lequel leur politique tendait depuis plus de deux décennies. Cet objectif était non seulement militaire, mais plus encore économique, parce qu’elles considéraient l’augmentation des exportations allemandes comme une sérieuse concurrence, surtout l’Empire britannique. Celui-ci considérait comme une évidence d’avoir le droit de devenir la plus grande puissance mondiale, rôle que malgré tout, depuis le début du siècle, il devait de plus en plus céder aux États-Unis d’Amérique. Par la formulation illusoire de Wilson du droit des peuples à l’autodétermination, la monarchie autrichienne avait été démantelée et ses différents corps de peuples étaient devenus des États indépendants[iii]. De même, la monarchie allemande avait été renversée, l’Empire privé des colonies et de la flotte marchande, le pays occupé. Le peuple allemand devait être totalement ruiné par les énormes indemnités de guerre qui lui étaient imposées. On envisageait même de retransformer l’Allemagne en pays rural, de raser ses usines, d’abattre ses cheminées. Il est évident que la culture allemande aurait été atteinte aussi.

Par le rattachement avec l’Occident et le rejet contraint et forcé de la Russie non capitaliste, le peuple allemand devait perdre son indépendance et des réformes sociales majeures ne seraient plus possible. La culture allemande se flétrirait et ferait place aux influences étrangères. Il fallait donc soustraire à temps toute la vie de l’économie aux puissances victorieuses, de façon à les conduire vers l’autogestion. Et le pouvoir de l’État, qui de toute façon se trouvait entre des mains faibles, devrait renoncer à son influence sur la vie de l’esprit, avant tout sur le système des écoles et des universités ainsi que sur le Concordat avec l’Église, pour laisser aussi ce domaine se développer lui-même dans la liberté.

C’est pour de telles raisons qu’il fallait nouer des liens vivants avec le peuple russe, qui en réalité aspirait à la culture de l’Europe centrale[iv]. On n’avait pas à craindre une bolchévisation de l’Europe centrale si on ne lui opposait pas le matérialisme traditionnel, mais l’idée porteuse d’une réorganisation par la triarticulation. On sait que le communisme n’a absolument pas été créé en Russie, mais importé d’Occident par le marxisme. Il ne correspondait pas du tout à l’essence du peuple russe.

Vaincre cette idéologie par une idée vivante, bien fondée, semblait plus prometteur et plus digne que de se soumettre à l’Occident. L’Europe centrale aurait pu remplir la tâche qui lui revenait, de par sa culture et sa situation géographique, avant que ne se pérennise le fossé entre Orient et Occident ainsi créé.

Les hommes ne pouvaient pas avoir une telle vision à long terme. De nombreux bourgeois confondirent l’idée de triarticulation avec le bolchévisme. Leur capacité de pensée ne leur suffisait pas pour faire les distinctions nécessaires. Mais Rudolf Steiner voyait encore plus loin : il voyait l’avenir tragique comme une conséquence de l’échec momentané des cercles dirigeants, la diminution des patrimoines par l’inflation qui menaçait et la rechute du peuple allemand dans la barbarie par le nazisme qui s’annonçait[v]. Il s’agissait alors de risquer une dernière tentative pour, peut-être, éviter un tel déclin, ce qui semblait possible avec l’aide du prolétariat. D’où le langage courageux censé secouer les bourgeois assoupis fidèles aux autorités. Steiner qualifia une fois les employés de « lions endormis ». À cette époque, les travailleurs étaient beaucoup plus éveillés. Ces hommes étaient ouverts à de grandes idées. Il fallait donc tenter l’extrême[vi].

La grande inquiétude pour l’avenir de l’Europe était fondée. Dans les réunions internes, Rudolf Steiner dit que des temps viendraient où les trains ne rouleraient plus, où l’argent perdrait sa valeur et où les fermes resteraient vides ; les villes tomberaient, ne laissant que gravats et cendres, et de nombreuses autres choses qui nous faisaient frémir. Par ses indications, on s’habituait à ne pas déduire les événements des causes immédiates, mais à en rechercher les moteurs cachés. De l’Ouest, de l’Est et du Sud menaçaient les dangers qui voulaient détruire la vie culturelle de l’Europe centrale. Et quand des vagues semblaient s’aplanir de façon inattendue, il parlait quelquefois de « miracles ahrimaniens ». Depuis, ses prédictions se sont réalisées avec une horrible précision. Les villes furent bombardées, les fermes restèrent longtemps vides en Prusse orientale et en Pologne, la monnaie s’effondra totalement deux fois (1923 et 1948).

Désormais, la partie occidentale de l’Allemagne était définitivement rattachée à l’Ouest, l’orientale à l’Est, et le monde était divisé en deux visions radicalement différentes de la vie et de l’ordre social, chacune luttant pour l’emporter sur l’autre. Ce que nous vivons aujourd’hui est seulement la continuation de la guerre avec d’autres moyens. L’ère bourgeoise s’était achevée en 1914. Une ère nouvelle avait commencé, dont les douleurs de l’enfantement seraient la signature de ce siècle. Beaucoup n’ont pas encore compris cette tragédie.

Rudolf Steiner, qui disait alors déjà qu’il fallait empêcher « par tous les moyens » le bolchévisme de pénétrer en Europe centrale, voyait que l’Europe ne risquait d’être submergée qu’une fois que toute l’Asie aurait succombé au communisme. Le fait que les puissances occidentales, après la Seconde Guerre mondiale, laissèrent volontairement à l’influence russe de grandes parties de l’Europe jusqu’au cœur de l’Allemagne fut un destin tragique non seulement pour tout le peuple allemand, mais aussi pour le monde entier. Or l’Europe centrale devrait par là se sentir appelée à contrebalancer par des voies spirituelles les contradictions idéologiques entre le capital et le travail, sur lesquelles se fondent les désirs politiques de pouvoir, afin de prévenir le règlement de compte menaçant des Asiatiques avec le monde occidental[vii]. C’est la tâche de destin du temps présent. Il en résulte l’actualité de l’idée de triarticulation et la nécessité de l’examiner sérieusement. Mais les hommes d’aujourd’hui comptent sur la puissance économique comme sur une force militaire, bien qu’ils sachent qu’une troisième guerre mondiale laisserait derrière elle un chaos généralisé.

Ces perspectives à long terme découlèrent des efforts de Rudolf Steiner pour éveiller en 1919 la compréhension d’une société triarticulée. Mais il s’avéra qu’on ne pouvait rien attendre de la politique des partis. Ceux-ci devront disparaître complètement, disait-il, car ils empêchent l’émergence de personnalités géniales ; on ne devrait pas être obligé de choisir des listes liées à des programmes de partis, plutôt que des individus en lesquels on puisse avoir confiance. Il disait aussi que les frontières devraient tomber. Si on ne les abattait pas volontairement, l’humanité y serait contrainte avec le temps par le développement de la technologie — par exemple de l’avion. Comme la vie culturelle est une affaire de la libre personnalité et non de l’État, il ne pourrait y avoir de vraie économie mondiale que quand elle serait complètement dépolitisée.

Le public sans préjugés des travailleurs comprenait très bien de telles exigences. Souvent un homme assez jeune venait à la maison des syndicats ; il disait que comprendre la triarticulation n’était quand-même pas tellement difficile : on sortirait d’un côté la vie culturelle en la rendant autonome et de l’autre côté la vie de l’économie en l’organisant en associations ; il resterait au milieu l’État qui donnerait les mêmes droits à tous les citoyens. Rudolf Steiner aimait bien cet homme, qu’il appelait son « fidèle Eckhardt ».

[Texte en gras : SL]

 

Notes de la rédaction

[i] Il s’agit du front occidental de l’armée allemande pendant la guerre 1914-1918.

[ii] Novembre 1918 : la révolution éclate en Allemagne (elle débute par la mutinerie des marins de Kiel (du 4 au 9/11/1918)).

[iii] Remarquons qu’en plusieurs endroits dans le monde, c’est encore et toujours le même concept (celui de l’autodétermination des peuples) et dirions-nous la même « technique » qui sont mis en œuvre pour dominer économiquement, politiquement et militairement : fracturer les États et puissances « adverses » en une multitude de petits États(-nation). C’est notamment un des objectifs poursuivis en 2026 dans la guerre contre l’Iran (et depuis des décennies et sous diverses formes, mais actuellement encore infructueuses, en Russie). Au sujet du concept de l’autodétermination des peuples de Woodrow Wilson (président des USA pendant la 1ère guerre mondiale), lire notamment : « Dépasser le nationalisme pour aller, au-delà de la nation, vers un humanisme universel ».

[iv] On parle bien ici du peuple russe, et non de son gouvernement ou du régime politique de la Russie (bolchéviques à l’époque).

[v] Incompétence (et immoralité) des cercles dirigeants qui produisent échecs sur échecs, extrémisme galopant dans les discours et dans les prises de positions politiques, dangers inflationnistes majeurs sont des composantes présentes aujourd’hui aussi (mars 2026), toutefois nous n’avons pas déjà connu la dévastation en Europe occidentale et centrale (excepté l’Ukraine) qui était celle de l’année 1919. La guerre mondiale n'est pas derrière nous mais devant nous.

[vi] En 2026 en Europe, le prolétariat est lui-même embourgeoisé depuis des décennies ; il semble comme profondément éteint et endormi dans le consumérisme et le matérialisme, et de ce fait n’est plus vraiment ouvert à de grandes idées. Toute classe sociale confondue, ce sont peut-être aujourd'hui les menaces de plus en plus extrêmes qui concernent l’avenir même de l’humanité, qui peuvent contribuer à l'ouverture à des idées nouvelles chez certains êtres humains. Il faut toutefois être attentifs au fait que le plus souvent il ne s’agit pas vraiment de nouvelles idées, mais de la répétition d’idées dépassées sous une forme quelque peu différente. Pour être en mesure de différencier réellement l’ancien et le nouveau, il faut PENSER le contenu des pensées qui circulent dans le monde, et pas seulement « répéter des pensées » qui circulent.

[vii] Ce livre de Hans Kühn a été publé en 1978. Nous sommes encore en pleine guerre froide. À l’Est règne le communisme (Russie, Chine…).

 

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