
EXTRAIT de la première conférence de la PARTIE I du recueil de conférences :
« Les forces cosmiques et la consitution de l'homme - Le mystère de Noël »
Rudolf Steiner - Christiana (Oslo), 24 novembre 1921
GA209 - Éditions anthroposophiques romandes (1985)
Traduit depuis l'allemand par Béatrice et Anselm Steiner
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NDLR : Un autre extrait de la même conférence, précède immédiatement celui-ci. À lire ici : La terre ne connaîtra pas de répit sans harmonisation préalable des grandes affaires occidentales et orientales. Le présent extrait en constitue une forme d'explicitation. |
(...) Ne nous faisons pas d'illusions : la civilisation moderne considère tout ce qui est extra-terrestre comme relevant du domaine de la mathématique et de la mécanique. Nous braquons nos télescopes vers les étoiles. Nous examinons la substance des étoiles à l'aide du spectroscope et ainsi de suite. Transformant les informations ainsi obtenues en théorèmes mathématiques, nous aboutissons de cette manière à ce grand mécanisme universel dans lequel la terre se trouve prise comme dans un rouage. Nos fantasmes, dont la signification ne nous préoccupe guère, produisent toutes sortes d'idées sur l'habitabilité d'autres mondes ; en revanche, nous nous bornons à exprimer par des formules d'ordre mathématique, mécanique et physique ce qui constitue notre réalité de l'espace extra-terrestre. Tout cela a conduit l'humanité à se sentir sur terre comme se sentirait une taupe pendant l'hiver à l'intérieur de son trou, si elle était dotée d'une âme humaine ; la terre a fini par ne plus être qu'une taupinière dans l'univers.
C'est avec une certaine supériorité qu'on se retourne aujourd'hui sur ces « temps infantiles » où les hommes, comme dans l'Égypte antique, parlaient non pas du grand mécanisme universel mais d'êtres spirituels divins habitant dans et hors de l'espace, et avec lesquels l'homme était lié autant qu'il l'était aux êtres qui habitent la terre dans les trois règnes de la Nature.
Dans l'Égypte antique, on rattachait le psycho-spirituel de l'homme aux hiérarchies supérieures, aux règnes suprasensibles, de même que le physio-corporel de l'homme était rattaché aux trois règnes de la Nature, le règne minéral, le règne végétal et le règne animal. Quand on parle aujourd'hui de l'extra-terrestre, c'est tout au plus sous forme de croyance caduque, de plus en plus caduque, ne tolérant aucune considération scientifique. La science ne connaît que ce grand mécanisme universel tel qu'il s'exprime par les formules mathématiques. Ainsi toutes les questions touchant à la condition humaine se voient réduites à la taupinière humaine cosmique qu'a fini par devenir l'existence terrestre par rapport au cosmos.
On ne saurait cependant assez insister sur la vérité de ces propos : si l'homme perd le ciel, il se perdra lui-même. Car le fait est que la nature humaine, dans ce qu'elle a de plus important, appartient justement à l'extra-terrestre. En perdant cela de vue, on perd également de vue le propre de la nature humaine : on erre sur terre dans l'ignorance du propre de son être. Cette errance caractérise bien la condition humaine actuelle. Nous ne savons en somme que par l'histoire que le mot « homme » désigne l'homme lui-même, qu'à cet être qui se tient droit, alors que les animaux se déplacent à quatre pattes, on donna un jour le nom d'« homme ». En échange, la conception scientifique moderne du monde, la civilisation technique ne le rendent plus à même de donner au mot homme un contenu véritable. C'est de l'extra-terrestre qu'il devrait tirer ce contenu, mais l'extra-terrestre ne représente pour lui qu'un grand mécanisme — ainsi l'homme s'est perdu lui-même. Le propre de la nature humaine fait défaut à sa connaissance.
Savoir que le niveau de civilisation auquel s'était hissée l'humanité jusqu'à la moitié du XVIe siècle en Occident a conduit l'homme à arracher son propre être et à errer sur terre comme déshumanisé sur le plan psycho-spirituel, est une douloureuse épreuve.
Dans la conférence que j'ai tenue hier à l'intention des pédagogues[1], j'ai déclaré que si nous parlions aujourd'hui de l'éternité de la nature humaine, nous le faisions d'une manière restrictive en nous référant à la tradition. Nous ne parlons de l'éternité de la nature humaine que dans la mesure où elle intéresse l'au-delà de la mort, et c'est le mot « immortalité » qui le signifie dans le langage moderne. En revanche, nous ne parlons pas d'éternité de l'âme humaine avant la naissance, lors de son existence anté-natale. Nous ne parlons pas de la descente de l'homme des mondes spirituels divins et de son entrée dans cette existence physico-sensible, ni de son intégration dans cette existence terrestre physico-sensible. C'est pour cette raison qu'il n'existe pas même un terme correspondant de ce point de vue au mot « immortalité ». Nous parlons d'immortalité et non « d'innatalité ». Et c'est seulement lorsqu'on parlera comme d'une chose naturelle d'innatalité de l'être immortel que l'on saisira de nouveau la véritable éternité de l'être humain.
Pourquoi parle-t-on aujourd'hui encore d'immortalité ? Le sens que l'on donne aujourd'hui à l'immortalité est effectivement complètement différent de celui qu'on lui donnait précisément à l'époque où l'on parlait en outre d'innatalité. Je vous conseille d'écouter un nombre représentatif de discours de nos contemporains dans lesquels est abordé avec une certaine probité subjective le thème de l'éternité de l'âme humaine et de faire un examen approfondi du ton qui domine. Vous constaterez qu'il y a une forte spéculation sur l'égoïsme de l'homme, on y spécule sur le désir d'immortalité de l'homme, sur son égoïsme à ne pas vouloir périr lorsque intervient la mort physique. On s'appuie chez les communautés croyantes sur la présence de cet égoïsme. Pesez un peu ces paroles que vous entendez fréquemment et voyez à quel point on s'appuie sur cet égoïsme ! On ne peut pas s'appuyer sur un tel égoïsme pour ce qui est de la préexistence, de la vie antérieure à la naissance. Quand on aborde le sujet de la vie anté-natale, on n'a pas de répondant chez les âmes égoïstes. Car, sans que cela soit toujours perceptible, ces âmes se disent : la vie anté-natale nous est indifférente et quand bien même il y en aurait une, c'est ce qui s'ensuit que nous connaissons. Or, c'est maintenant que nous sommes là. A quoi bon parler de ce qui était là avant puisque nous avons la certitude d'être là maintenant. — Notre égoïsme n'est qu'une exhortation à ne pas périr par la mort. Il est par conséquent nécessaire d'en appeler à l'abnégation, à l'absence d'égoïsme des hommes pour aborder la vie anté-natale, autant qu'on peut en appeler à l'égoïsme de l'homme lorsqu'on parle de la vie après la mort, ce qui ne signifie pas que le sujet ne soit pas justifié. Voilà la grande différence. Cet exemple révèle en outre à quel point l'égoïsme, en touchant ainsi les âmes les plus profondes, s'est emparé de l'humanité. Car la répulsion qu'inspire la préexistence est une conséquence de l'égoïsme de l'âme humaine.
Ceux notamment qui veulent aspirer à une vision spirituelle du monde ne doivent pas fermer les yeux devant ces réalités. Il faut que l'homme se redécouvre en accord avec la spécificité de sa nature humaine. Il faut que s'éveille dans les hommes l'intérêt pour l'être humain dans sa plénitude, dans son entité et non uniquement pour son enveloppe physique extérieure. La seule manière d'y parvenir est de reconsidérer l'homme comme faisant partie du cosmos et pas seulement de la taupinière cosmique qu'est devenue la terre, c'est-à-dire de reprendre conscience du fait que l'homme, entre la mort et une nouvelle naissance traverse ce monde stellaire vers lequel il lève les yeux pendant son existence terrestre. Et il sera nécessaire de reconnaître à son tour le monde stellaire dans ce qu'il a de vivant, d'animé, de spirituel.
La première chose qui entre dans le champ des considérations sur l'homme, c'est son apparence physique. Mais cette apparence physique n'est généralement pas considérée sous son aspect principal, celui de la forme. L'essentiel dans l'homme physique est pourtant bien sa forme. En abordant ici un tel sujet, qui évoque au reste un grand nombre des informations contenues dans mes cycles de conférences, il est évident qu'on ne peut faire autrement que de se limiter à donner un nombre restreint d'indications. J'en appelle donc à vos connaissances de la forme et du contenu de la pensée anthroposophique pour ne pas voir dans ce que je vais vous exposer maintenant que de vagues analogies mais quelque chose qui puise dans une connaissance approfondie du monde.
Lorsque nous regardons la forme de l'homme, nous remarquons qu'il s'articule merveilleusement. Regardons tout d'abord la tête humaine. Celle-ci est tout à fait une réplique du cosmos. La forme du cosmos lui est imprimée. Sa forme dominante est celle de la sphère, du globe, — si ce n'est que cette forme globulaire subit à sa base, là où s'articule l'autre principe constitutif de l'homme, de l'homme physique, une modification. Cette modification à laquelle est soumise à sa base la forme sphérique de la tête humaine est rendue nécessaire par l'intégration de ce qui ne fait pas partie du principe céphalique. Mais prise à part, la tête humaine constitue une réplique de la forme sphérique du cosmos, ce que vous pouvez d'ailleurs voir à la forme originelle de l'embryon humain, du germe humain. Venant se rattacher à cette forme céphalique chez l'être humain, regardons maintenant un principe constitutif où la forme sphérique ne s'exprime plus que d'une manière dissimulée : le thorax, l'organisation thoracique de l'homme. Cette organisation thoracique, si l'on essaie de la caractériser, se présente chez l'homme comme l'aboutissement de forces comprimant et disloquant un principe sphérique qui s'en trouve profondément modifié. Et il nous reste à ajouter la troisième partie constitutive de l'être humain : ses membres. On n'y perçoit pratiquement plus de ressemblances avec cette forme sphérique originelle embryonnaire de l'homme. Seule une véritable démarche anthroposophique nous amènera à découvrir aussi dans les membres de l'être humain les éléments d'une forme sphérique. Mais cela ne s'exprime que peu dans leur apparence extérieure.
En étudiant cette forme tripartite de l'homme dans son rapport avec le cosmos, nous en venons à dire que l'homme est modelé à partir du cosmos, tout en étant exposé diversement à ces forces cosmiques. Songez seulement que les différences d'exposition au ciel sont telles que les peuples exprimèrent la spécificité de l'exposition de l'homme par rapport au ciel par la position du soleil par rapport aux signes du Zodiaque. Et de nos jours encore, il en va de même pour cette astronomie mécanisée selon laquelle le soleil se trouve au printemps — où il connaît son point vernal — dans un signe du Zodiaque particulier, puis traverse au cours des saisons suivantes les autres signes du Zodiaque. On parle aussi d'un soleil qui passe par divers signes du Zodiaque tout au long de la journée et par d'autres encore au cours de la nuit. En revanche, les rapports de l'homme avec l'ensemble de ce monde extra-terrestre restent tout à fait méconnus. On ne sait par exemple guère qu'un soleil éclairant au printemps la terre depuis le Bélier — il se trouve donc dans la constellation du Bélier au point vernal — voit ses rayons modifiés par la situation qu'il occupe dans le ciel, et que l'on représente par la région zodiacale du Bélier. Ceci permettant à une certaine partie de la population du globe qui se trouve exposée à ces forces solaires dont la particularité est d'agir notamment sur la tête, de développer une certaine contemplation de soi-même, une certaine connaissance de soi-même, une certaine conscience de son propre Moi {Je} pendant la vie sur terre.
La spécificité de cette exposition aux forces du Bélier, si vous permettez ces termes — je vous rappelle que c'est à l'ère gréco-latine précisément que le point vernal se situa dans la constellation du Bélier, et que l'humanité pour ainsi dire, en Occident tout au moins, fut exposée aux forces du Bélier cette exposition de l'humanité aux forces du Bélier signifie pour le développement des organes céphaliques de l'homme la présence de conditions favorisant chez celui-ci une certaine conscience du Moi, une certaine contemplation de soi-même.
Même quand on aborde aujourd'hui d'un point de vue historique les représentations zodiacales, on ne parvient pas toujours à connaître l'essentiel. Les témoignages historiques font mention des représentations zodiacales du Bélier, du Taureau, des Gémeaux, etc, Il en existe aussi des reproductions. Cependant peu nombreux sont ceux qui parviennent à connaître l'essentiel. La représentation zodiacale du Bélier se rencontre relativement souvent dans les anciens calendriers. Mais ils sont peu nombreux ceux qui savent que l'essentiel de ce qui figure dans cette représentation est la position du Bélier, la tête tournée vers l'arrière, regardant en arrière. Grâce à cette reproduction on devait comprendre que les forces du Bélier avaient une action intériorisante sur l'homme, le Bélier regardant non pas devant lui en direction d'un monde qui s'ouvre devant lui, mais en arrière, sur lui-même.

Le bélier : vitrail de la cathédrale de Chartres
Cette contemplation de soi-même que représente le Bélier revêt une importance capitale. Nous devons de nouveau trouver cette sagesse du cosmos et ceci d'une manière pleinement consciente et non par clairvoyance instinctive comme c'était le cas dans l'Antiquité. Il faut que devienne conscient pour nous le fait que les forces de notre tête doivent essentiellement leur développement aux influences du Bélier, du Taureau, des Gémeaux et du Cancer ; que les forces de notre thorax doivent leur développement aux influences des quatre constellations moyennes : Lion, Vierge, Balance et Scorpion. Notre tête doit sa forme au cosmos à travers l'influence des forces du Bélier, du Taureau, des Gémeaux et du Cancer. Ces forces, pour comprendre l'homme du point de vue de sa formation céphalique, nous pouvons les considérer comme rayonnant du haut, cependant que les influences zodiacales agissant sur l'organisation moyenne de l'homme, sur son thorax sont plutôt latérales : Lion, Vierge, Balance et Scorpion.
Quant à ces dernières constellations, situées au-dessous de la terre, leurs influences traversent la terre. C'est à travers la terre et non directement, comme c'est le cas pour les constellations du Bélier, du Taureau, des Gémeaux et du Cancer, ni même latéralement comme les autres constellations que se fait leur action de bas en haut. Leur action est spécifique en ce qu'il n'y a pas de maintien du principe formateur sphérique. Cette action porte sur les membres. Dans les temps anciens, on savait instinctivement, des constellations responsables du développement du système membres, que leur action sur l'homme se faisait alors que la terre s'interposait entre l'homme et ces mêmes constellations. Or c'est par ses membres que l'homme est en contact avec la terre. Les constellations se trouvant au-dessous de lui, elles agissent donc sur ses membres. Dans les temps anciens, on était ainsi conscient du rapport existant entre ces constellations et ce qui fait physiquement apparaître les membres, on était conscient de cette origine de la forme des membres. Nous avons d'un côté la forme de la tête, forme sphérique : Bélier, Taureau, Gémeaux et Cancer ; en revanche, les membres de l'homme cachent un aspect quadruple. Compte tenu de l'ancienneté de cette clairvoyance instinctive, ces appellations se réfèrent aux conditions historiques de l'époque. A cette époque, où l'homme tirait ainsi sa sagesse des cieux, soit il se livrait à la chasse — il appela donc Sagittaire la constellation qui par son influence sur l'activité de ses membres lui permettait d'être chasseur — soit il était berger, il soignait les animaux. C'est ce que masque la constellation aujourd'hui appelée Capricorne. En réalité, elle ne ressemble pas à un capricorne, car ce que nous voyons a une queue de poisson. Par rapport au chasseur, c'est en fait le gardien d'animaux.


Le capricorne : vitrail de la cathédrale de Chartres
Le troisième aspect est celui du Verseau. Mais regardez un peu l'ancien signe du Verseau ; il ne représente pas quelqu'un qui barbote dans l'eau ; dans la vraie représentation zodiacale, on voit quelqu'un marcher sur la terre ferme, dans un pré ou dans un champ qu'il fume en y versant de l'eau fertilisante. C'est l'homme qui représente le cultivateur, ce troisième métier que l'on pratiquait en ces temps primitifs où l'on avait un savoir instinctif de ces rapports-là : métiers de chasseur, de berger, de cultivateur.

Le verseau : vitrail de la cathédrale de Chartres
Le quatrième métier était celui de batelier. Dans les temps primitifs, les bateaux étaient en forme de poisson. Plus tard encore, on en retrouvera partout les traces dans les têtes de dauphins formant la proue des bateaux. D'où le signe des Poissons, des deux bateaux attachés l'un à l'autre, partant faire du commerce, et représentant ce quatrième métier ayant rapport avec les membres de l'homme. le métier. de commerçant, de marchand.

Les poissons : vitrail de la cathédrale de Chartres
C'est ainsi que nous ramenons la forme de l'homme au cosmos : son influence s'exprime telle quelle dans la forme sphérique de la tête, l'homme y étant directement exposé aux forces des étoiles fixes, c'est-à-dire à leur représentant, le Zodiaque ; ou bien l'influence étant latérale, cette forme ne s'exprime que d'une manière cachée, masquée dans l'organisation thoracique de l'homme : Lion, Vierge, Balance et Scorpion ; ou encore, n'agissant pas directement sur la forme humaine, cette influence se fait par le biais de l'activité exercée sur terre par l'homme, par son action sur le métier. Et c'est le Sagittaire qui représente le dieu du chasseur, un dieu tellurique et cosmique, un dieu sphérique que les représentations montrent sous les traits d'une sorte de centaure, mi-cheval, mi-homme, mi-animal, mi-humain.

Le sagittaire : vitrail de la cathédrale de Chartres
C'est ainsi, voyez-vous, que l'on place l'homme dans le cosmos, et c'est avec toute notre conscience que nous devons à notre tour arriver à une telle conception. Elle enseigne la forme de l'homme, celle-ci étant propre à son corps physique, comme l'aboutissement d'une action du cosmos. D'un côté l'homme est défini vers le haut comme un être résultant du cosmos, et de l'autre, vers le bas comme résultant de la terre. La terre occulte les constellations qui sont en rapport avec l'activité de l'homme. Tant que l'on ne connaîtra pas de nouveau le lien qui existe entre l'homme et le cosmos tout entier, on ne comprendra pas la forme humaine, ni le lien qui existe entre cette forme et l'activité humaine. La forme de l'homme nous amène dans un premier temps à considérer les représentations zodiacales. Car de même qu'il n'est pas indifférent pour la vie que nous menons sur terre que l'homme soit cultivateur — bien sûr, ne sont présents que les anciens métiers, nous aurons l'occasion de faire un rapprochement avec les temps plus récents lors des prochaines conférences -—, il est tout aussi important que l'homme puisse de nouveau se dire : autant j'appartiens aux puissances telluriques pour ce qui est de ma vie terrestre entre la naissance et la mort, autant j'appartiens aux puissances sphériques pour la vie qui se déroule entre la mort et une nouvelle naissance ; s'emparant de lui, ces dernières modèlent tout d'abord sa tête puis elles remettent aux forces terrestres la formation de ses membres.
La démarche qui permet d'étudier la forme humaine peut nous permettre aussi d'étudier les phénomènes de la vie de l'homme ou ses degrés de vitalité. Si nous regardons donc l'homme du point de vue de sa vitalité, cette bipolarité s'offre de nouveau à nous avec d'un côté la tête et de l'autre la vitalité qui s'exprime dans l'activité de l'homme, c'est-à-dire par l'intermédiaire de ses membres. Et c'est entre ces deux pôles-là que se manifeste le principe médian de l'homme, celui-ci se réalisant au travers du rythme respiratoire, du rythme circulatoire, etc. Toujours est-il que l'organisme céphalique et d'autre part l'organisme des membres occupent chaque extrémité de l'homme.
L'organisme céphalique de l'homme est caractérisé pour une grande part par des processus de dévitalisation. La tête engendre constamment des forces de mort. Et nous devons notre vie au fait que notre pôle échange-membres, ce pôle de l'homme qui est en activité et qui transforme les substances, envoie constamment ses forces à l'encontre du pôle-tête. Si l'homme ne disposait que des forces céphaliques, il ne connaîtrait que des forces de mort ayant pour effet de l'engourdir. Cependant, il faut voir que c'est à cet engourdissement[i] que nous devons notre faculté de penser, notre conscience. Cette conscience cesse dès l'instant où la tête est envahie par la vie. Vivre signifie au fond assombrir la conscience ; envoyer de la mort dans la vie signifie éclairer la conscience. Il suffit que la tête reçoive ce qui est bon pour l'estomac, pour devenir inconsciente comme l'est ce dernier. La conscience, vous la devez seulement au fait que la tête n'est pas animée comme l'estomac ! Avoir une conscience troublée signifie que les forces de nutrition, les forces de croissance affluent trop fortement dans la tête. Notre nature humaine fait de nous d'un côté des êtres engendrant la mort et d'un autre côté des êtres engendrant la vie. Le pôle qui engendre la mort mais auquel nous devons précisément notre conscience se trouve favorisé lorsqu'il est exposé aux forces qui agissent sur la terre depuis les sphères planétaires supérieures que sont Saturne, Jupiter et Mars. Bien entendu, ce qui fait de l'homme un être cosmique ne se rapporte pas seulement aux étoiles fixes mais aussi aux sphères planétaires.
Les planètes dites supérieures que sont Saturne, Jupiter et Mars représentent donc des forces qui agissent principalement sur le pôle de la conscience de l'homme ; en revanche, les forces qui agissent sur le pôle échange-membres de l'homme proviennent, elles, des planètes dites inférieures que sont Vénus, Mercure et la Lune. Le soleil occupe lui-même une place médiane et se rapporte au principe rythmique de l'homme. Tout ceci n'est en fait rien d'autre que les degrés de vitalité ; nos sept étapes de vie. Celle qui engendre plutôt la mort, qui représente une diminution de vie, faisant ainsi place à la conscience nous apparente pendant notre vie terrestre au ciel, en nous attribuant à la sphère planétaire lointaine. Et la vie qui prolifère en nous — les forces du métabolisme et de motricité —, nous apparente aux planètes Mercure, Vénus et la Lune dont vous connaissez le rapport direct avec ce qui prolifère le plus activement en l'homme, les forces de reproduction. Bref, vous voyez donc que l'étude des phénomènes intéressant la vie nous mène aux sphères planétaires. L'étude de la forme de l'homme nous mène à la sphère des étoiles fixes, c'est-à-dire aux représentants de cette sphère d'étoiles fixes, au Zodiaque. L'étude des phénomènes intéressant la vie de l'homme, avec ce que celle-ci a de proliférant ou de dévitalisant, nous mène donc à la sphère planétaire.
Nous pouvons à présent faire une approche similaire du psychisme de l'homme, du spirituel de l'homme. Ceci sera l'objet de nos prochaines conférences. J'ai voulu indiquer aujourd'hui en guise d'introduction en parlant brièvement de la sorte de la place de l'homme dans le cosmos, quels sont les moyens qui permettent à l'homme de découvrir un chemin, la possibilité de rattacher sa vie et sa forme à ce qu'il peut observer dans l'espace cosmique. Il est nécessaire que l'homme y parvienne pour ne pas se considérer uniquement comme un être terrestre, en rattachant sa forme et sa vie aux réalités terrestres que sont le vent, le climat, les forces printanières et automnales, les forces génétiques ou encore les forces digestives. Car il est nécessaire que l'homme retrouve le lien qu'il a avec l'extra-terrestre pour se retrouver soi-même.
Ce serait un grand malheur pour le progrès de la civilisation occidentale que de maintenir la seule conception mécaniste du cosmos, conception sur laquelle a débouché la science depuis le milieu du XVe siècle, et de voir l'homme errer sur terre sans rien savoir de lui-même. Étant donné que l'homme tire son essence de l'extra-terrestre, il ne peut rien connaître de lui-même si ses connaissances se limitent au terrestre et à un aspect mathématique de l'extra-terrestre, à l'instar de la science moderne.
L'homme ne comprendra sa condition terrestre que s'il reconstitue son lien avec l'extra-terrestre. Mais pour son épanouissement, il est nécessaire d'intégrer l'extra-terrestre dans la vie morale, dans la vie socio-morale. Et c'est pour cette raison qu'une sagesse socio-morale ne peut exister en dehors de la sagesse cosmique. Ceci vous fait comprendre pourquoi — et j'ai l'intention d'en parler dans les conférences suivantes — notre science spirituelle anthroposophique a vu la nécessité pour le domaine socio-moral de faire part de conclusions, dont on peut être convaincu qu'elles apporteront des impulsions constructives s'opposant aux forces de décadence. (...)
Rudolf Steiner
[Gras : S.L.]
Notes
[1] R. Steiner : “Erziehungs und Unterrichtsmethoden auf anthroposophischer Grundlage” GA 304, (non traduit).
Notes de la rédaction
[i] Il s’agit donc ici de l’engourdissement de la vitalité, et non pas, bien sûr, de l’engourdissement de la conscience.
Note de la rédaction
Un extrait isolé issu d'une conférence, d'un article ou d'un livre de Rudolf Steiner ne peut que donner un aperçu très incomplet des apports de la science de l'esprit d'orientation anthroposophique sur une question donnée.
De nombreux liens et points de vue requièrent encore des éclairages, soit par l'étude de toute la conférence, voire par celle de tout un cycle de conférence (ou livre) et souvent même par l'étude de plusieurs ouvrages pour se faire une image suffisamment complète !
En outre, il est important pour des débutants de commencer par le début, notamment par les ouvrages de base, pour éviter les risques de confusion dans les représentations.
Le présent extrait n'est dès lors communiqué qu'à titre indicatif et constitue une invitation à approfondir le sujet.
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