Le blog de Rémi Mogenet
Rémi Mogenet, né en 1969 à Paris, est docteur en littérature à l'université de Savoie, et écrivain. Il a fait paraître plusieurs recueils de poésie et récits mêlant souvenirs du monde physique et imaginations du monde spirituel, et plusieurs ouvrages et articles documentaires sur la littérature et l'histoire, principalement de l'ancienne Savoie, mais aussi de l'imaginaire moderne.
Il a dirigé plusieurs années une association d'agriculture biodynamique en Haute-Savoie, ainsi qu'une association de poètes à Genève, et est directeur littéraire de la maison Le Tour Livres. Il tient un blog personnel de chercheur, à consulter éventuellement : https://montblanc.hypotheses.org/.
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La ville de Sligo, en Irlande, est intimement liée au poète William Butler Yeats. Ses parents en étaient originaires, et il y passait ses vacances. Il l'aimait tellement qu'il s'était juré, enfant, qu'il ne la quitterait jamais – serment non tenu, jusqu'à sa mort: car sa tombe s'y trouve, dans un cimetière au pied du Ben Bulben, une montagne longue et aplatie dont le poète parlait avec émotion. On y accède par la route qui va de Sligo à la jolie cascade de Glencar, qu'il a également chantée. C'est une simple tombe, sans croix, et portant des vers suggérant qu'il ne faut pas s'intéresser à la vie, mais rester au-dessus du lot.
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Durant mon voyage en Irlande, j'ai passé une semaine dans le Connemara, et ma location était juste à côté de l'hôtel où Charles de Gaulle est parti en vacances après sa démission de la présidence de la république de France. Après tout, l'Irlande est aussi faite des hommes illustres qui y ont passé du temps, et les historiens aiment évoquer ce séjour du Général comme s'il avait une signification mystique ou symbolique. Dans ses derniers jours, pour ainsi dire, De Gaulle prenait contact avec la terre d'Irlande, comme s'il voulait désormais entrer dans le monde des fées – le Sídhe. Dans la mythologie irlandaise, telle que Lady Gregory l'a exposée, les héros qui épousaient des femmes de ce monde immortel lui étaient définitivement attachés, et finissaient par y vivre en permanence. Et justement, De Gaulle pensait, au fond, avoir épousé un de ces êtres – la bonne fée de la France! On la trouvait en Irlande parce que les Celtes étaient au fond de la Gaule éternelle.
Oui, c'était bien dans le Sídhe, pensait-il sans doute, qu'était l'âme de la France – le génie national qui n'est pas une simple métaphore, comme le disait Joseph de Maistre. Lorsqu'il assimilait cette France à la madone des églises et à la princesse des contes, il faisait bien appel aux traditions catholiques et celtiques, il le savait: il s'agissait de la Gaule. Charles Perrault l'avait dit, pour les fées: elles s'enracinent dans la mythologie celtique. Et la source vivante de cette mythologie celtique, ou le lieu où, du moins, son eau est restée pure, où se trouvait-ils, sinon en Irlande? L'ancienne Rome avait donné un cadre; mais les Celtes y avaient porté la vie.
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Un de mes amis, Michel Montessuit, édite une régulière Lettre du Savoisien, qu'il envoie à ses abonnés et publie sur Facebook, et il bien voulu y placer ma protestation contre une situation des études universitaires défavorable aux littératures des régions excentrées, en particulier la Bretagne et la Savoie, dont je me suis principalement occupé au cours de mes propres études, et sur lesquelles j'avais par conséquent des références assez précises. Quoique administrativement françaises, ces régions sont culturellement considérées comme différentes. Sur le fond, elles sont restées assez médiévales en ce qu'elles se réfèrent volontiers à la tradition celtique ou germanique, ou catholique, et moins à la tradition grecque et latine et philosophique: le merveilleux y est moins contraint par le rationalisme. C'est ce qu'elles ont de beau. C'est vrai d'autres régions, mais il est bien possible que la Savoie et la Bretagne soient celles où la littérature en langue française soit la plus abondante: la première parce qu'elle n'a été intégrée à la France que tardivement, la seconde parce qu'elle est proche de Paris mais se sent différente. Les autres régions ont volontiers déployé leur mythologie propre en langue locale, comme Frédéric Mistral en Provence. Cela rend donc la Savoie et la Bretagne particulières, et intéressantes dans l'espace francophone: elles sont gauloises, mais non françaises. La seconde est issue du duché de Bretagne et des Bretons venus de l'actuelle Angleterre, la première est issue du royaume de Bourgogne, ou des Burgondes venus d'Allemagne, et du Saint-Empire romain germanique. Les aristocraties, puis les bourgeoisies de ces deux pays ont développé une littérature francophone autonome, qui les place dans la perspective des parties francophones du Canada, de la Belgique et de la Suisse. Ci-dessous, quoi qu'il en soit, la Lettre du Savoisien contenant mon article, telle que Michel Montessuit l'a fait paraître.
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L'Irlandais qui m'accompagne depuis les temps les plus anciens est l'écrivain du vingtième siècle Lord Dunsany. Je ne suis pas un adepte inconditionnel de Yeats, ni un grand admirateur de James Joyce, mais le lecteur assidu de ce poète épique bien moins présent dans l'espace public irlandais. L'Irlande adore ses poètes et ses écrivains, et on trouve partout, même dans les églises, les textes des plus fameux, notamment William Butler Yeats ou Oscar Wilde. Mais Lord Dunsany n'est évoqué nulle part.
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Durant mon voyage en Irlande, je réfléchissais à la fois à ce que les commentateurs prétendent systématiquement, selon quoi la sainte patronne de l'Irlande Brigitte est en réalité la déesse païenne Brigid christianisée et humanisée, et à ce que j'ai lu dans les vieux textes irlandais traduits, selon quoi les fées annonçaient aux méchants druides leur juste rétribution par la venue des apôtres du Christ – en particulier saint Patrice, précisément ami réputé de sainte Brigitte.
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(La dernière fois, dans ce récit mélancolique et énigmatique, j'évoquais les tendances conservatrices et nostalgiques de Ramiel de Saint-Génys, poète genevois maudit : elles lui avaient valu, disais-je, des condamnations jusque dans le temple où la cérémonie de son inhumation eut lieu. Il accusait le monde de ne pas honorer la véritable grandeur – mais on l'a accusé de ne voir dans le monde créé par Dieu que petitesse !)
On connaît tout cela. Un autre puissant Genevois, Guy de Pourtalès, avait évoqué la dissolution de l'ordre social, dans son beau roman de La Pêche miraculeuse, et le sentiment que cela s'accompagnait d'une dissolution de l'ordre moral. Mais ce grand écrivain, dans son beau livre à la grandeur méconnue, avait vu plus loin : il avait compris que les temps nouveaux étaient christiques – d'où le titre, allusif à un tableau de Konrad Witz qui, commandé par le duc de Savoie Amédée VIII, montrait le Christ marchant sur les eaux du lac Léman.
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Dans le Kerry, durant mon voyage initiatique en Irlande, j'ai soudain longé le pied d'une montagne étrange. Près de la mer, elle était haute, raide, abrupte, mais couverte jusqu'à son sommet d'un tapis d'herbe - comme souvent dans l'Île Verte, où le vent empêche les forêts, quoique la pluie permette la verdure.
Elle était splendide, et rayonnait.
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J'ai évoqué, il y a quelques semaines, la maison familiale de village à Samoëns, en Savoie – rose et magique. J'adorais cette maison qui a été vendue il y a quelques années. Juste après l'entrée, à droite, un escalier en pierre aux larges marches montait à l'étage. Une boule d'or se dressait à la rampe, et à mes yeux elle luisait de mille feux : elle me semblait être la sentinelle d'un monde fabuleux.
Je ne sais pourquoi tout dans cette demeure me paraissait cristalliser l'éternité. Mon père lui préférait le « chalet » – la ferme ancestrale du Tour, sur l'adret de la vallée et la route de Morzine. Son altitude la couvrait fréquemment de neige. Venant alors de Paris – quand, au réveil, je voyais, par la fenêtre, la neige tomber et ayant tout enfoui sous sa blancheur, j'étais évidemment aux anges. Mais la maison manquait de confort, il n'y avait pas d'eau courante et la lumière était faible, je ne pouvais lire à mon aise. Or rien ne me stimulait davantage, dans ma vie. Les lits aux matelas de paille ne me donnaient pas non plus un bon sommeil. Cependant la neige remplaçait tout.
On m'a dit récemment que la famille venait en réalité du petit village de Chantemerle, un peu plus loin vers l'est, sur un promontoire qu'on peut voir d'assez loin. J'y suis allé. C'était incroyable. Un épais bois le surplombe, un clocher élégant le domine, pointu et à bulbe. C'est la Savoie, c'est presque oriental. Si la maison de mon père est isolée sur la pente, le hameau de Chantemerle est plus serré – même si, comme de juste, les maisons ne se touchent pas : nous ne sommes pas réellement en pays latin. Ici, on reste individualiste, comme en Allemagne, comme en Suisse.
La chapelle qui s'y dresse a été vouée au bon saint François de Sales. Peut-être y est-il passé. Il est au moins passé à Samoëns : c'est historique.
Chantemerle est essentiellement fait d'un groupe de maisons savoyardes sombres et massives, avec la partie supérieure en bois – en fait la grange, campée sur l'étage habitable en pierre. Comme on sait, le dessus était fait pour le foin, le dessous pour les hommes et les animaux. On appelle le dessus grange, et non grenier, car pour le grain on construisait de petites maisons en bois à l'extérieur, le foin rendant la maison inflammable. Il n'en était pas moins nécessaire de le placer en hauteur, car la terre en ces lieux est très humide : elle ruisselle d'eau en permanence, et la neige l'imprègne d'eau aussi. Elle est presque aussi verte que l'Irlande. Cela explique l'architecture de ces maisons, qui apparaît comme si jolie et esthétique aux touristes : les Savoyards en auraient été surpris, ce n'était pas leur intention, qui était purement pratique. On a depuis souvent transformé en appartements les granges en laissant à l'extérieur les planches en bois, et en studios les petites maisons à grains – les greniers. En France, d'ordinaire, la grange est une grosse maison à l'extérieur, le grenier la partie supérieure de la maison habitée : c'est trompeur. En Savoie, on a fait le contraire.
Les granges placées à l'étage donnent aux maisons de la Savoie un air massif de château, rappelant les fermes du nord de l'Europe. Le soupçon existe que cette forme ait reçu l'influence des Germains – des Burgondes, réputés originaires ultimement de Norvège, de Bergen. Cela a pu être plus simplement une influence alémane venue de Suisse : à l'époque où celle-ci était barbare, sauvage et pauvre les Alamans migraient volontiers vers le sud, et la vallée de Samoëns en a accueilli beaucoup. Le village voisin de Sixt a été entièrement peuplé d'eux, sous l'impulsion des moines. Les Mogenet en viendraient.
La langue locale, quoique latine de source, a aussi ses sonorités rappelant l'allemand. Les colporteurs savoyards, autrefois, se rendaient surtout dans les Allemagnes catholiques – comme on disait alors, les parties catholiques de l'Europe germanophone : Alsace, Bavière, Autriche. Ils en ramenaient des techniques, des idées, de l'art. On voit notamment des tableaux allemands dans les églises et les chapelles : ils étaient envoyés par les cousins des Allemagnes depuis Vienne, Nuremberg ou Munich. Les clochers à bulbe signalent la prégnance du Saint-Empire romain germanique, dont la Savoie a fait partie quasiment jusqu'au bout. Ils seraient d'origine ukrainienne mais seraient passés par Fribourg, en Suisse.
Comme le bois des granges est devenu sombre, les maisons ont un air de méditation ténébreuse, comme si elles ruminaient dans leur esprit le temps qui infiniment passe !
On songe aux générations de paysans qui ont vécu – rassemblant leurs vaches, dormant dans leurs pièces noires, fiers et mâles sur leur hauteur, face aux grandes montagnes qui ne les éblouissaient pas, mais se tenaient face à eux comme des géants immortels, de glorieuses sentinelles !
Je regardais ce groupe de maisons sur son promontoire, et soudain une vision en moi se fit. Voici qu'elles me semblèrent contenir l'esprit ancestral, qui est celui d'une communauté, d'une famille ! Sa bouche ouverte avait apparemment un message à délivrer – et elle était obscure et large, comme s'il s'agissait d'un ogre, et comme si mon lignage en était issu – en avait été craché, ou bavé.
Quelle fille des hommes ce génie alpin avait-il épousé pour donner naissance à ce peuple d'hommes fiers, regardant droit dans les yeux les sommets aux fronts luisants, aux couronnes de nuées ?
Et je me demande : les villages savoyards matérialisent-ils des ogres, dans le corps desquels les habitants vivaient ?
Oui. Oui, c'est à peu près cela. On ne le sait pas, on ne le voit pas, mais il en est bien ainsi.
Il y avait le génie du foyer – et il était petit en apparence, lorsqu'il vivait dans le feu de la cuisine, sous la hotte. Mais son corps pouvait aussi être immense – et c'est peut-être la taille de leurs maisons, en plus d'être des montagnards libres de tout seigneur local, qui donnait aux gens de Samoëns leur orgueil légendaire, leur sentiment d'appartenir à une race supérieure !
Il y avait une sombre présence, un être élémentaire plus ample que rien n'était aux yeux, et j'étais impressionné.
C'était simplement un beau village, avec ses maisons grosses amassées sur le promontoire, et je me demandais pourquoi je n'y vivais pas, comme si j'aurais dû y vivre, comme si cela avait relevé de l'obligation, comme si j'étais une plante qui eût dû rester fixée en cet endroit. La tentation existait, car cet ogre est lié à Ahriman, quoi qu'on dise – malgré ses bons côtés, les reflets angéliques, par endroits, de sa vieille robe bien usée par les millénaires de vie sur Terre, après la chute initiale !
Les maisons littéralement me parlaient, comme si je les avais toujours connues, et qu'elles me reconnaissaient, moi-même.
Il y avait là quelque chose qui rappelait le sentiment laissé à beaucoup de gens par l'ancienne Rome : le souvenir diffus d'une autre vie, magnifique et somptueuse, mais lourde et virile pour l'âme.
Le génie de Rome a aussi fait le choix de migrer. Tous les esprits finalement font le choix de ne pas devenir l'esclave des autres installés sur Terre et de se tourner vers les étoiles – seule véritable patrie cosmique, sans doute. Il y a un temps où les génies des peuples se spiritualisent, quittent la Terre, rejoignent les dieux dont ils sont issus. Autrefois par exemple le génie du peuple français se confondait avec les rois de France. On vénérait le roi comme son émanation visible. La chute du roi montre que le génie s'est détaché de la vie sociale physique. Le régime politique est détaché du monde spirituel : on attend donc que les gens votent librement, selon leur cœur, ou leurs pensées élaborées. Mais alors, cela veut dire qu'on attend qu'ils se mettent volontairement en relation avec le génie du peuple, pour en être éclairé. Car il n'a pas totalement quitté la Terre, il s'est surtout élevé d'un degré, il a toujours son reflet dans l'air. On peut dès lors créer l'image d'un super-héros de l'Intermonde, à la fois homme et ange, ou entre les deux. Il porte sur lui les insignes du pays – le lys est sur son buste, car il est le vrai héritier des rois, la royauté ayant été spiritualisée. Il soutient la volonté du peuple souverain, absolument pas celle d'un roi qui incarnerait faussement le génie national – même en étant élu et en portant le titre de président. Pour quelque raison, il prend le titre maintenant compris d'emblée de Captain. On peut dire Captain France, Captain Savoy – aussi. J'ai créé ces héros, images psychiques faites pour accueillir l'esprit brillant qui protège les lieux et les gens concernés. Ils témoignent de la spiritualisation du génie national, de son refus d'être saisi dans des personnes distinctes, représentatives – des rois. Ils sont les successeurs des rois, déplacés d'un cran dans le monde spirituel – la nappe éthérique de la Terre. On peut les suivre, sur divers réseaux où je les présente. On les verra bientôt en volumes imprimés – si Dieu le veut. Il est possible que si cela n'arrive pas, malgré les promesses d'éditeurs divers, je finisse par les mettre ici – attention. Pour l'instant je me contente de parler du génie de Chantemerle, ogre sourd qui m'a parlé. Cela se fait sur le mode de la rencontre personnelle. C'est plus accessible, sans doute. À la semaine prochaine !
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Il existe en Irlande une montagne sainte, vouée à saint Patrice, et qui conserve son esprit - ou son reflet, son corps éthérique, et lui permet d'être présent sur Terre, parmi les hommes. On l'appelle Croagh Patrick, et les dévots en font l'ascension recueillie, comme une pénitence, une voie de purification. Elle est assez raide, et son chemin est parsemé de cailloux coupants. En haut est une église – et un lit de saint Patrice, recevant les offrandes, de la taille d'un homme.
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Emmanuel Kant est, dans l'histoire de la philosophie, souvent regardé comme incontournable. Mais des hommes que j'aime et admire s'en sont beaucoup pris à lui, notamment Charles Duits et Rudolf Steiner. Dans sa Seule Femme vraiment noire, publié en 2016, le premier écrivait (p. 26): Le Pion connaît sans aucun doute Kant (par exemple) beaucoup mieux que je ne peux le faire: mais si Kant ne mérite pas du tout la place que lui vaut l'obscurité légendaire de ses écrits, s'il est tout simplement un mauvais écrivain, voire un esprit confus, obtus et paresseux, nous ne pouvons plus dire que le Pion menace la Reine, car elle vient sous nos yeux de le transformer en Morpion.
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Avant l'intégration de la Savoie à la France en 1860, Samoëns appartenait à la province savoisienne du Faucigny, intégrée à son tour à la Savoie en 1355. Le nom de Mogenet en vient. En langue locale, le mojhon (prononcez jh comme le th anglais de the) est le veau, et le mojhonier est un gardien de veaux. Sous la forme "Mogenier", on trouve le nom à Sixt, village voisin en amont du Giffre, rivière qui coule dans la vallée et qui prend naissance dans cette commune, au sein d'un cirque splendide qui n'a pas d'issue. De l'autre côté est la Suisse, le Valais.
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Depuis de nombreuses années j'entendais parler de Rennes-le-Château et ses mystères. Un poète genevois appelé Charles P. Marie, aujourd'hui disparu, me prêta un jour le fameux livre L'Énigme sacrée, de Lincoln, Leigh et Baigent: il en faisait grand cas. Je le parcourus, et découvris l'existence de ce mystère d'Occitanie, et des théories sur Jésus et Marie Madeleine qui auraient donné naissance à la lignée des mérovingiens aboutissant à Pierre Plantard. Ce dernier vivant à Annemasse, et moi habitant tout près, cela m'amusait bien. Je ne savais pas, à cette époque, qu'un jour j'habiterais et travaillerais moi-même au pied de Rennes-le-Château!
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(Je disais, la dernière fois, que le défunt Ramiel de Saint-Génys avait vécu dans un environnement visionnaire et exalté, à Genève.)
Comme, dans les récits de sa mère, le passé et l'avenir s'annulaient, se confondaient, s'assimilaient, créant l'image d'une éternité immobile, et qu'elle lisait abondamment la Bible, Ramiel l'entendait parler des habitudes hébraïques de l'antiquité comme si elle les avait connues dans son enfance. Et il s'en enthousiasmait, même si ses camarades à l'école se moquaient de lui, quand, d'une manière ou d'une autre, il y faisait allusion. Ils raillaient, sans en être totalement conscients, les différences manifestes entre le texte sacré et les mœurs des Genevois modernes – et, quand il parlait de vierge offensée, ils éclataient de rire avant de s'en aller caresser et pincer les fesses de leurs amies – la mixité ayant donné, alors, le sentiment que tout était permis et les filles, gardant l'habitude antérieure de la soumission, n'osant répliquer à leurs insolences.
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Au Moyen Âge, notamment dans le sud de la France, s'est répandue la légende d'un saint appelé Josaphat. Un texte occitan du treizième siècle raconte son histoire, également présente en latin dans la Légende dorée de Jacques de Voragine. Or, il s'agit de celle du Bouddha. Les vies sont les mêmes, et saint Josaphat, dans la légende occidentale, est dit indien. La différence est que ce Josaphat renonce aux idoles sous l'influence de l'apôtre Thomas, réputé venu en Inde après la dispersion des Douze. Pour les Asiatiques, naturellement, il précédait Jésus-Christ de plusieurs siècles. Il est éclairé par le dieu Indra, prince des déités, grâce à un air de flûte qui indique au pieux anachorète la Voie du Milieu. Cependant, ce dieu habite le soleil, dont il est le chef, l'esprit : le Bouddha lui rendra visite au quatrième ciel, dit sa vie canonique. Or, non seulement pour Rudolf Steiner, mais pour l'ésotérisme chrétien ancien le soleil est profondément lié au Christ : François de Sales le disait la manifestation du Fils. Et Steiner affirmait que, sans s'être incarné en lui, le Christ s'était approché de Bouddha, qui avait perçu sa présence : certainement, il s'agissait du dieu Indra. La relation morale entretenue avec celui-ci par Bouddha n'est d'ailleurs en rien différente de celle entretenue par les apôtres avec Jésus-Christ : cela ne se réduit pas au merveilleux, car le Dhammapada présente Indra comme un modèle absolu à suivre, un parangon de probité et de vertu. Il est le modèle de toute royauté sainte.
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Aujourd'hui, 11 novembre, c'est la Saint-Martin, et je voudrais évoquer la grande figure dont ce jour est la fête. Dans les écoles Steiner on représente volontiers des jeux ou des mystères de saint Martin, en insistant sur le partage de son manteau d'officier de l'armée romaine avec un pauvre. Mais il y a bien plus, en lui, et qui montre à quel point il est dans une ligne profondément anthroposophique.
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Né le 31 mars 1949 à Genève, Ramiel de Saint-Génys est apparemment mort dans d'atroces souffrances le 2 août 2013 dans la localité limitrophe de Chênes-Bougeries.
C'est en tout cas ce qu'a pu établir la police: on ne l'a retrouvé que plusieurs semaines après le décès dans son appartement du quartier de Paumière. La médecine légale a indiqué le jour probable, en conjonction avec les témoignages des voisins et la relève du courrier. Y compris électronique: son ordinateur a pu être ouvert.
L'idée d'atroces souffrances ne vient cependant pas du rapport officiel : mais de l'expression de terreur que les policiers globalement lui ont vue, et ont évoquée en privé, et qui les a, eux-mêmes, épouvantés, et profondément marqués.
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Dans Le Guide du Razès insolite de Stéphanie Buttegeg (2016, Paris, l'Œil du Sphinx), on découvre des faits étranges, qui se recoupent avec les fantasmagories ordinaires sur Rennes-le-Château, en Occitanie. On a notamment beaucoup parlé de l'abbé Saunière, qui y a été curé. Il a fait jaser parce qu'il trouvait toujours des fonds pour créer des bâtiments somptueux, restaurant son église à grands frais, et se créant une maison de maître avec jardin pour accueillir d'illustres visiteurs - alors que Rennes-le-Château n'était qu'un pauvre village de bergers. On a songé à un trésor, mais, royaliste, il bénéficiait de dons en échange du soutien à la cause sous la République, et il avait établi, aussi, un commerce illicite d'offices religieux. Peu importe.
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La dernière fois, j'ai évoqué la question dite cathare : la croisade des Français du nord contre les Languedociens au XIIIe siècle. J'ai admis que l'Occitanie avait été marquée par les traditions orientales et que cela lui avait fait rejeter une Église catholique excessivement liée à son apparence matérielle et corporelle. Le spiritualisme local refusait de vénérer ce qui émanait des anciens Romains comme manifestation de la divinité au sens le plus physique : les objets sacrés, la liturgie, les prêtres. Mais l'origine n'en est pas forcément si mystérieuse, si on regarde l'histoire du Languedoc lui-même.
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La haute vallée de l'Aude, en Occitanie, a donné lieu à bien des fantasmes, qui à vrai dire ne se sont jamais vraiment déployés en mythologie. Quelques éléments fantastiques mêlés à de l'histoire parallèle ou extravagante en ont tenu lieu. On peut les énumérer : le trésor de l'abbé Saunière, curé de Rennes-le-Château ; les rois mérovingiens réfugiés sur cette colline avant même que Guillaume le carolingien n'y fonde un château ; la base extraterrestre sous le pic de Bugarach ; les cathares dans tous les châteaux même reconstruits par les rois de France ; Marie-Madeleine dans ces mêmes châteaux ; un temple du soleil sous Rennes-le-Château ; Marie-Madeleine ayant eu des enfants avec Jésus à Rennes-le-Château et donnant naissance à la lignée mérovingienne ; un souterrain construit par les cathares et n'ayant jamais été fini ; des divinités aztèques rendant visite aux cathares à Rennes-le-Château ; des Celtes parlant la langue d'Adam et Ève à Rennes-les-Bains ; et j'en passe. Rien de tout cela n'est vrai, selon moi, et le plus étonnant est que l'histoire réelle est souvent plus merveilleuse, si on sait la prendre du bon côté, que ces inventions récentes - et même le folklore local l'est.
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On a de Jean-Paul Sartre une vision académique qui donne volontiers l'impression qu'il défendait banalement le communisme et l'athéisme, mais il était bien plus subtil et bien plus ambigu, bien trop grand pour être limité à cette image convenue. Sous bien des rapports il démontait les mythes sur lesquels reposait la politique nationale ou la science d'État, et en bien des endroits il a suggéré qu'une substance insaisissable était la vraie âme du monde. Il avait une pensée bien plus proche d'André Breton, par exemple, que ne le laissait supposer son style plus classique. Fréquemment plus hardi que Michel Houellebecq dans la satire des illusions officielles, il est allé, à la suite de Jean-Jacques Rousseau, jusqu'à contester le modèle jacobin et centralisé que, de son propre aveu, même les communistes ne pouvaient remettre en cause, trop profondément éduqués à la légende nationale. Dans Situations, X, en particulier, il a tout compris, à cet égard, tout vu.
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Comme beaucoup de mystiques qui ont gravi le pic de Bugarach, j'ai aussi mon expérience à raconter. J'ai essentiellement vécu en Haute-Savoie et à Paris mais, en 2019, je suis parti vivre dans le Languedoc, dans la haute vallée de l'Aude aux mille secrets plus ou moins frelatés. J'ai travaillé à Couiza, au pied de la colline de Rennes-le-Château, ainsi qu'à Limoux, la ville de Joseph Delteil, et j'ai habité à Rennes-les-Bains, où coule une rivière salée alimentée par des sources chaudes, et où sont passés beaucoup de curistes célèbres. Alors les légendes locales ont été découvertes, et le pic de Bugarach en contenait: il donnait aussi l'occasion aux curistes d'effectuer une excursion agréable. D'en haut, on a une magnifique vue. Beaucoup d'anthroposophes, ou officiellement tels, s'en sont mêlés, et Bernard Vergnes, qui est des environs, pourrait en parler mieux que moi. Le plus célèbre d'entre eux reste le maire d'Arques, Déodat Roché, qui fut aussi franc-maçon, et écrivain, spécialiste des "cathares", qu'il prenait pour des anthroposophes du Moyen-Âge. Il a fondé à Arques le musée cathare, et évidemment c'est tout près de Bugarach qui abrite une base extraterrestre, de Rennes-le-Château qui abrite un trésor et dont le curé a été un grand initié qui connaissait le secret de la lignée mérovingienne issue de Marie Madeleine et Jésus, tout est dans le même coin. Seul Montségur est à une heure de route: Roché y a posé une stèle qu'on peut encore lire. Le théosophe Maurice Magre y ayant imaginé le Graal d'autres ont pensé que le sang du Christ était en réalité sa lignée mérovingienne. Constamment on voit, au sommet du pic de Bugarach, des mystiques et des exaltés qui prient les forces cosmiques de bien vouloir les éclairer sur leur chemin de vie ou les rendre plus "ascensionnés". Or je l'ai gravi, deux fois.
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Jean-Paul Sartre, dans son roman La Nausée, présentait une révélation issue de la pensée matérialiste appliquée à tout l'univers. On se souvient que son personnage, Antoine Roquentin, comprenait soudain que le sens attribué aux choses ne venait que de son propre esprit – et alors les arbres, les voitures, tout lui apparaissait sous la forme d'une pâte immonde, gluante, sans contours, une matière pure, une boue. Ce qui est génial, dans cette idée, est que Sartre a saisi que la forme elle-même n'était pas dans la matière, mais était de nature spirituelle et, en un sens, émanait de notre rapport aux choses, de notre propre esprit. Les réalistes naïfs ne s'en aperçoivent pas, et même la science officielle fait de la forme une qualité de la matière; seul Sartre a vu qu'elle était une qualité évanescente qui, une fois disparue, laisse place à l'expérience du néant qui, s'il reste physique, n'est plus qu'une fange dégoûtante.
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Stéphane Foucart (journaliste au Monde) assure, dans son livre Les Gardiens de la Raison, que le philosophe Gérald Bronner croit que l'important, au sein de la civilisation actuelle, est de développer les ressources techniques nécessaires à la protection de l'humanité contre les dangers qui le guettent depuis le ciel – en particulier, la chute d'une météorite. Il serait curieux qu'un sociologue employé par le gouvernement français pour établir des rapports sur le complotisme s'adonne à son tour à la croyance en une conspiration du ciel contre l'humanité. Je ne sais si Gérald Bronner évoque, comme c'est la mode, les dinosaures assassinés, ou la pauvre ville de Sodome anéantie dans la Bible par un dieu homophobe - figure reprise par Pierre Corneille dans Horace: une Romaine amoureuse d'un Sabin tué par son frère y appelle sur la cité le feu vengeur des dieux! Évidemment, c'est elle qui est punie - par la technologie du temps: le frère la transperce de son épée, efficacement forgée par la conjugaison des efforts nationaux en vue de l'amélioration de l'armement public. Loué soit Dieu!
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