
La mort du Dieu grec Adonis - Une sculpture d'Antonio Corradini (c. 1723-1725)
Première conférence de la PARTIE II du recueil de conférences :
« Pâques. Mystère de l'humanité - Présence de Michaël »
Rudolf Steiner - Dornach, 19 avril 1924
GA233a - Éditions anthroposophiques romandes (2000)
Traduit depuis l'allemand par Georges Ducommun
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NDLR : C'est nous qui avons formulé le titre de la conférence sous les termes : « La fête de pâques - Une partie de l'histoire des Mystères de l'humanité - 1/4 ». 1/4 signifie qu'il s'agit de la première conférence d'un mini cycle de 4 conférences données du 19 avril au 22 avril 1924 portant sur le thème « La fête de pâques - Une partie de l'histoire des Mystères de l'humanité » |
La fête de Pâques est considérée par beaucoup de gens comme liée d'une part aux sentiments les plus profonds de l'âme humaine, mais d’autre part aussi aux secrets cosmiques et aux énigmes du monde. On se rend compte du lien de la fête de Pâques avec les secrets et les énigmes de l'univers, au fait que Pâques est ce qu’on appelle une fête mobile, dont il faut calculer chaque année la date d'après une constellation stellaire ; nous y reviendrons avec précision ces prochains jours. Lorsqu'on suit tout au long des siècles les usages solennels attachés à la fête de Pâques, les cérémonies cultuelles auxquelles une population nombreuse a été sensible, on se rend compte de la grande valeur que l'humanité a accordée, au cours de son histoire, à la fête de Pâques.
Durant les premiers siècles du christianisme, non pas dès sa fondation, mais au cours des premiers siècles de celui-ci, la fête de Pâques est devenue une fête chrétienne importante, une fête chrétienne liée à l'idée fondamentale, à l'impulsion fondamentale du christianisme, celle qui provient du fait de la résurrection du Christ.
Pâques est la fête de la Résurrection. Mais cette fête nous renvoie à des temps plus anciens que l'ère chrétienne, à des fêtes liées à l'équinoxe de printemps qui sert à calculer la période pascale, liée aux fêtes qui célèbrent la renaissance de la nature, le réveil des forces de croissance et le renouveau de la vie dans la nature.
Lorsqu'il s'agit de traiter le sujet de cette fête de Pâques, nous devons aborder ce thème : La fête de Pâques, une partie de l'histoire des mystères de l'humanité.
Pâques, fête chrétienne, est la fête de la Résurrection. La fête païenne correspondante, qui se situe à peu près à la même période de l'année est une fête de la résurrection de la nature, une réapparition de ce qui était en sommeil dans la nature pendant l'hiver. Or, nous arrivons ici à un point sur lequel il nous faut insister : la fête de Pâques chrétienne n'est absolument pas une fête qui, de par sa signification intime et de par son essence, correspond aux fêtes païennes de l'équinoxe de printemps. Au contraire, conçue comme fête chrétienne, Pâques coïncide, si nous nous référons au temps de l'ancien paganisme, avec d'antiques fêtes qui se situent en automne et sont issues des mystères. Lors de la fixation de la date de la fête de Pâques, qui, par son contenu, est manifestement en rapport avec certains anciens mystères, le point le plus étonnant est que cette fête de Pâques nous rappelle les malentendus profonds surgis au cours de l'évolution de l'humanité, au sujet de certains des aspects les plus importants de la conception du monde. En effet, au cours des premiers siècles de l'ère chrétienne, on a confondu la fête de Pâques avec une fête très différente. D'une fête d'automne, elle a été déplacée pour devenir une fête de printemps.
Ce fait attire notre attention sur quelque chose de grande conséquence qui s'est déroulé dans l'évolution de l'humanité. Mais examinons le contenu de la fête de Pâques. Quel en est l'essentiel ? C'est le fait que l'entité qui se tient au centre de la conscience chrétienne, le Christ Jésus, passe par la mort. Le Vendredi Saint en conserve le souvenir. Le Christ Jésus repose dans le tombeau pendant trois jours, le temps que dure le lien du Christ avec l'existence terrestre. Pour le christianisme, ces jours constituent une période de deuil durant du Vendredi Saint au Dimanche de Pâques. Le Dimanche de Pâques est le jour où cet Être central du christianisme ressuscite du tombeau. Il en marque le souvenir.
Nous avons exposé le contenu essentiel de la fête de Pâques : mort, repos dans le tombeau, résurrection du Christ Jésus. Voyons maintenant comment se présente l'antique fête païenne correspondante. C'est la seule façon pour nous de saisir intérieurement le rapport entre la fête de Pâques et la pratique des mystères. En de nombreux lieux, chez de nombreux peuples, nous trouvons d'anciennes fêtes païennes qui, dans la structure extérieure de leur culte, sont très semblables à la structure du contenu pascal chrétien.
Parmi les multiples festivités antiques choisissons la fête d'Adonis. Chez certains peuples du Proche Orient, elle fut célébrée pendant de longues périodes de l'antiquité préchrétienne. Une image était au centre de ce culte : Adonis, le représentant spirituel de tout ce qui, en l'homme, est force de jeunesse et de croissance, et de tout ce qui fait la beauté de l'homme.
Certes, sous maint aspect, les peuples antiques ont confondu l'image avec ce qu'elle symbolisait. De ce fait, ces antiques religions ont souvent un caractère de fétichisme. Nombreux étaient les hommes qui voyaient dans cette image du dieu actuel de la beauté, de la force juvénile de l'homme, du germe qui croît et qui manifeste extérieurement par son existence brillante, ce que l'homme contient ou peut contenir de valeurs, de dignité et de grandeur intérieure.
Accompagnée de chants, lors de cérémonies cultuelles traduisant une profonde tristesse, une profonde souffrance humaine, cette image du dieu était plongée dans la mer voisine, ou dans un lac. Elle devait y rester pendant trois jours. Si besoin, on créait un étang artificiel près du lieu des mystères, pour y plonger l'image du dieu. Pendant qu'elle y reposait durant trois jours, un silence profond, un grand sérieux régnait dans cette communauté qui se reconnaissait dans ce culte et le considérait comme le sien. Après ces trois jours, l'image était retirée de l'eau. Les chants funèbres se transformaient en chant de jubilation, devenaient des hymnes en l'honneur du dieu ressuscité, du dieu revenu à la vie.
Cette cérémonie était extérieure. Dans de larges cercles de la population, elle bouleversait profondément les cœurs. Elle manifestait dans sa pratique extérieure, dans sa démarche cultuelle extérieure, ce qui se déroulait dans les profondeurs des saints mystères, pour tout homme qui devait parvenir à l'initiation. Chaque individu appelé à accéder à l'initiation, en ces temps anciens, était conduit dans une cellule particulière du temple. L'ensemble de l'espace ne contenait rien d'autre qu'un sarcophage ou quelque chose qui ressemblait à un sarcophage ; le lieu était sombre et austère. Ceux qui conduisaient le néophyte vers ce sarcophage entonnaient des chants funèbres, des chants mortuaires. Le candidat à l'initiation était traité comme un moribond ; on lui faisait comprendre que maintenant, alors qu'il allait être placé dans le sarcophage, il aurait à passer par l'expérience que l'homme fait au passage du seuil et au cours des trois jours suivants. Les dispositions prises étaient telles que le néophyte acquérait une claire notion des expériences vécues par l'homme les trois premiers jours de sa mort.
Au troisième jour, d'un endroit précis vers lequel celui qui se trouvait dans le sarcophage pouvait voir un rameau s'élever, représentant la vie jaillissante. Les chants funèbres se transformaient en chants de jubilation et en hymnes de joie. Le néophyte sortait de son tombeau ; sa conscience était transformée. On lui communiquait un nouveau langage, une nouvelle écriture : un langage des esprits, une écriture des esprits. Désormais, il lui était permis de voir, de contempler le monde du point de vue de l'esprit.
Lorsque l'on compare ce qui se déroulait dans les profondeurs des mystères avec le néophyte aux cérémonies cultuelles se déroulant à l'extérieur, on constate que le contenu du culte n'était certes qu'une image, mais dont la structure était semblable à ce qui se passait avec le néophyte dans les mystères. Prenons comme exemple représentatif plus particulièrement le culte d'Adonis. Le moment venu, ce culte était également expliqué aux participants. Ce culte avait lieu en automne, et les participants étaient instruits à peu près de la manière suivante : regardez, c'est l'automne. La terre perd son ornement végétal, sa parure de feuillage. Tout se fane. À la place de la verdure et de la vie jaillissante qui, au printemps, ont recouvert la terre, voici qu'arrive la neige qui l'enveloppera, ou la sécheresse qui la rendra aride. La nature meurt. Tandis que tout meurt autour de vous, vous devez ressentir ce qui en l'homme ressemble pour moitié au dépérissement de la nature. L'homme meurt lui aussi. Il subit aussi l'automne. Quand la vie arrive à son terme, il est juste que le sentiment de ceux qui restent s'emplisse d'une profonde tristesse. Afin que toute la gravité du passage par la mort apparaisse devant votre âme, afin que vous n'éprouviez pas seulement la mort lorsqu'elle vient à vous, mais que vous puissiez toujours vous souvenir d'elle, il vous est montré à chaque automne comment parmi les êtres divins, celui qui représente la beauté, la jeunesse, la grandeur de l'homme, comment cet être divin meurt, suit la voie de toute la nature. Toutefois, quand la nature devient désertique et qu'elle s'apprête à mourir, vous devez vous souvenir de quelque chose d'autre. Vous devez vous rappeler que l'homme passe par la porte de la mort et que n'ayant, au cours de son existence terrestre, connu que des choses éphémères, il est enlevé de la terre et se répand dans les étendues de l'éther cosmique. Il se voit devenir de plus en plus grand, au point que l'ensemble du monde devient son propre bien. Pendant trois jours il s'étend jusqu'aux confins du cosmos. Alors que son œil terrestre est tourné vers l'image de la mort, est dirigé vers ce qui meurt, vers ce qui est éphémère, de l'autre côté, après trois jours, l'âme humaine immortelle s'éveille en l'homme. Elle se lève là-bas. Elle se lève trois jours après la mort pour naître dans le monde de l'esprit.
Dans les profondeurs des mystères, le candidat à l'initiation subissait une transformation intérieure considérable. Et l'impression importante, le choc puissant que la vie humaine subissait par cet antique mode d'initiation, éveillait dans l’âme certaines forces intérieures, éveillait la contemplation permettant à l'homme de savoir qu'il n'était pas seulement dans le monde sensible, mais qu'il se trouvait maintenant dans le monde spirituel. Nous verrons qu'à l'époque moderne, cela ne peut plus se dérouler ainsi, mais doit se faire d'une tout autre façon.
Ce qui, à un certain moment, était enseigné au néophyte, je puis le résumer ainsi. On lui disait :
Ce qui se déroule dans les mystères est l'image de ce qui se déroule dans le monde spirituel, dans le cosmos. Ceux qui étaient admis aux mystères savaient clairement que ceux-ci montraient des processus terrestres se déroulant en l'homme mais qui ne sont que des images de ce qui, dans les étendues du cosmos astral-spirituel, est vécu par les hommes sous d'autres formes d'existence que celles de la terre. A ceux qui, n'étaient pas admis aux mystères, leur défaut de maturité ne leur permettant pas de recevoir directement les perceptions du monde spirituel, on enseignait par un culte, c'est-à-dire en image, ce qui se déroulait dans les mystères. Pendant le flétrissement et la désertification de la terre en automne, pendant cette présentation du caractère éphémère des choses terrestres, de la déchéance et de la mort, la fête des mystères telle que nous la connaissons sous la forme de la fête d'Adonis, apportait à l'homme la certitude ou, tout au moins la vision que la mort qui envahit toute la nature en automne, le frappera lui aussi. Elle frappera aussi le représentant de la beauté, de la jeunesse et de la grandeur de l'âme humaine représentées par le dieu Adonis. Même le dieu Adonis meurt. Il se dissout dans l’eau, image terrestre de l'éther cosmique. Or, de même qu'Adonis s'élève à nouveau de l'eau, qu'on pourra le tirer de l'eau, de même l'âme humaine sortira des eaux du cosmos, c'est-à-dire de l'éther cosmique, environ trois jours après que l'homme ait franchi ici-bas le seuil de la mort.
Lors d'une fête d'automne, on représentait, dans ces anciens mystères, le secret de la mort.
Dans le culte on mettait en évidence d'une part la mort de la nature, et d'autre part on faisait apparaître, dans une seconde partie, l'aspect opposé de la mort, celui qui est essentiel pour l'être humain. L'homme doit regarder la mort de la nature - telle était l'initiation - pour se convaincre que sa propre mort n'est qu'une apparence et qu'en son essence intérieure, il ressuscite dans le monde spirituel. Le sens de ces anciennes fêtes païennes liées aux mystères consistait à dévoiler la vérité sur la mort.
Au cours de l'évolution de l'humanité, il s'est produit un événement de haute importance. Ce qui, à un certain niveau, était réalisé dans les mystères par le néophyte : la mort et la résurrection de l’âme se sont accomplies jusqu'au plan corporel pour le Christ Jésus. Comment le Mystère du Golgotha se présente-t-il pour celui qui est familiarisé avec les mystères ? Il voit à l'intérieur des mystères antiques comment l'âme du néophyte est conduite de la mort à la résurrection, c'est-à-dire à l'éveil d'une conscience supérieure. Ce qu'il faut retenir ici, c'est le fait que le corps ne mourait pas, seule l'âme mourait pour être éveillée à une conscience supérieure.
Ce que l'âme de tout candidat à l'initiation expérimentait, le Christ Jésus l'a réalisé jusque dans le corps, donc à un autre niveau. Parce que le Christ n'était pas un homme terrestre, mais un être solaire dans le corps de Jésus de Nazareth, il a pu éprouver sur le Golgotha, dans toute sa nature humaine, ce que le néophyte des anciens mystères éprouvait seulement dans son âme.
Ceux qui à l'époque du Christ connaissaient les mystères antiques, qui étaient avertis des cérémonies initiatiques, furent sans doute, et le sont jusqu'à nos jours, ceux qui ont le mieux compris les événements du Golgotha. En fait, que pouvaient-ils se dire ? Que durant des millénaires, les hommes avaient fait l'expérience des secrets du monde spirituel en passant avec leur âme par la mort et la résurrection. L'âme avait été tenue séparée du corps lors du déroulement de l'initiation. Elle était passée par la mort pour être conduite à la vie éternelle. Ce qui avait été vécu de la sorte par un certain nombre d'hommes choisis, un être l'a vécu jusque dans son corps. Il s'agit de l'être qui, lors du baptême dans le Jourdain par Jean-Baptiste, est descendu du soleil, et a pris possession du corps de Jésus de Nazareth. Ce qui, pendant de longs millénaires, fut un processus initiatique, est devenu un fait historique.
L'essentiel était de savoir que pour l'Être solaire qui avait pris possession du corps de Jésus de Nazareth, pouvait se dérouler jusque dans la réalité corporelle ce qui, chez les néophytes, ne se déroulait qu'au niveau de l'âme. Malgré la mort du corps, malgré la dissolution du corps de Jésus de Nazareth et son retour à la terre sur laquelle la mort existe, la résurrection du Christ a pu se réaliser. Le Christ s'est élevé plus haut que l'âme du néophyte. Ce dernier n'était pas capable de mener son corps dans des régions aussi profondes de l'infrasensible que l'a fait le Christ Jésus. C'est pourquoi, lors de sa résurrection, le néophyte n'a pu s'élever aussi haut que le Christ. Mais mis à part cette différence touchant la dimension cosmique du Christ, l'ancien acte initiatique est apparu comme fait historique en ce lieu sacré du Golgotha.
Aux premiers siècles du christianisme, rares étaient ceux qui savaient qu'un Être solaire, un être cosmique avait vécu dans Jésus de Nazareth, et qu'ainsi la terre avait été fécondée. Un Être, que seule jusqu'ici l'initiation dans les centres de mystères permettait de voir dans le soleil, était réellement descendu sur terre. L'essentiel du christianisme, dans la mesure où cela a été adopté par les vrais connaisseurs des mystères antiques, était de pouvoir dire : le Christ vers lequel nous nous sommes élevés par l'initiation, le Christ que nous avons pu atteindre dans les anciens mystères par notre montée vers le soleil, ce Christ est descendu dans un corps mortel, dans le corps de Jésus de Nazareth. Il est descendu sur la terre.
Une atmosphère de fête, une ambiance hautement solennelle et sacrée remplissait les âmes et les cœurs de ceux qui, aux temps du Mystère du Golgotha, comprenaient quelque chose de cet événement sur Golgotha. Ce qui était alors un contenu vivant de la conscience est devenu progressivement, par des événements que nous évoquerons encore, une fête du souvenir au sujet de l'événement historique qui s'est déroulé au Golgotha.
Tandis que se formait ce souvenir, on perdait de plus en plus la conscience de ce que le Christ était en tant qu'Être solaire. Pourtant, ceux qui connaissaient les mystères antiques ne pouvaient faire erreur sur l'entité du Christ. Ils savaient que chez les vrais initiés, après avoir été rendues indépendantes du corps physique, les âmes passaient par la mort, s'élevaient jusque dans la sphère solaire pour y trouver le Christ qui, dans le soleil, leur donnait l'impulsion de la résurrection. Ils savaient qui était le Christ, puisqu'ils s'étaient élevés vers Lui. Les anciens initiés, parfaitement familiarisés avec l'acte initiatique savaient, à partir de ce qui se déroulait au Golgotha, que ce même Être qu'il fallait auparavant chercher dans le soleil, était descendu sur la terre parmi les hommes. Pourquoi ? Parce que l'acte initiatique des antiques mystères, en vue d'accéder au Christ dans le soleil, ne pouvait plus être réalisé ; la nature humaine avait changé au cours du temps. Avec le changement intervenu dans l'évolution de l'entité humaine, l'ancienne cérémonie initiatique était devenue impossible. Par l'ancienne cérémonie initiatique, on ne pouvait plus aller à la recherche du Christ dans le soleil. Il est donc descendu sur terre pour y accomplir un acte accessible au regard des hommes.
Ce que ce secret enveloppe fait partie des faits les plus sacrés qui puissent être évoqués ici-bas.
Comment se présente tout cela pour les hommes qui ont vécu aux siècles suivants le Mystère du Golgotha ?

Pour l'indiquer schématiquement, je puis faire l'esquisse suivante : Voici la terre. C'est d'un ancien centre de mystères (à droite : rouge) qu'on élevait le regard vers le soleil ; par l'initiation on percevait le Christ dans le soleil. Pour accéder au·Christ, le regard était donc dirigé vers l'espace extérieur.
Si je veux présenter schématiquement l'évolution aux époques suivantes, je dois figurer le temps, c'est-à-dire la terre dans un, deux ou trois ans, et ainsi de suite. Spatialement la terre est toujours présente, le cours du temps, par contre, nous devons l'indiquer ainsi. Le Mystère du Golgotha s'est donc déroulé. Pour accéder au Christ, un homme du VIII° siècle, par exemple, au lieu de regarder vers le soleil à partir des lieux des mystères, regarde maintenant vers le tournant des temps, au début de l'ère chrétienne (flèche jaune). Il regarde maintenant vers une époque pour trouver le Mystère du Golgotha. C'est dans cet acte terrestre, dans un événement terrestre, qu'il peut trouver le Christ au sein du Mystère du Golgotha.
Ce qui était autrefois une vision spatiale devait, par le Mystère du Golgotha, devenir une vision dans le temps. Tel est le changement considérable qui s'est produit.
Lorsque nous laissons agir sur l'âme ce qui se déroulait dans les mystères lors de l'initiation, et qui était une image de la mort et de la résurrection de l'homme et que nous y ajoutons la structure des cérémonies cultuelles de la fête d'Adonis qui était une image de ce qui se déroulait dans les mystères, nous avons l'impression que tout cela est élevé au plus haut degré, concentré dans l'acte historique au Golgotha.
Ce qui s'est déroulé d'une façon très intime à l'intérieur des mystères, apparaît maintenant dans l'histoire extérieure. Ce qui, autrefois, n'existait que pour les initiés, existe maintenant pour tous les hommes. Il n'est plus besoin d'une image que l'on plonge dans la mer et qui en ressuscite symboliquement. Ce qu'il faut maintenant, c'est la pensée, le souvenir de ce qui s'est réellement déroulé au Golgotha. Au symbole extérieur d'un processus vécu dans l'espace, se substitue le souvenir intérieur dépourvu d'image, le souvenir de l'événement du Golgotha vécu uniquement dans l'âme.
Nous constatons une étrange évolution de l'humanité au cours des siècles suivants. L'accès de l'homme à la spiritualité ne cesse de s'amenuiser. Le contenu spirituel du Mystère du Golgotha ne peut prendre place dans le cœur des hommes. L'évolution prend la marque du matérialisme. On perd la compréhension interne du cœur là où justement peut se percevoir la vitalité de l'esprit : devant la nature éphémère qui manifeste son aspect désertique. On perd toute compréhension pour les fêtes extérieures ; on ne comprend plus que lorsqu’arrivent l'automne et le dépérissement dans la nature, l'être humain devrait ressentir que la mort terrestre de la nature s'accompagne de la résurrection en esprit.
Ainsi, l'automne perd la possibilité d'être la fête de la résurrection. L'automne perd la possibilité de révéler, par la fragilité de la nature, le sens de l'éternité de l'esprit. On a besoin de prendre appui sur ce qui est matériel. On a besoin de s'appuyer sur ce qui ne meurt pas dans la nature, sur ce qui pousse, sur ce qui est force germinative et qui, enfoui en automne, renaîtra au printemps. On prend le matériel comme symbole du spirituel, parce que ce qui est matériel ne peut plus nous inciter à ressentir le spirituel dans sa réalité. Face à ce qui est éphémère dans la nature, l'automne n'a plus la force de révéler la nature impérissable du spirituel et de la faire vivre dans l'âme humaine. On a besoin du soutien de la nature extérieure, de la résurrection extérieure. On veut voir comment les plantes jaillissent et sortent de la terre, comment le soleil gagne en force, comment la lumière et la chaleur deviennent plus puissantes. Pour célébrer l'idée de la résurrection, on a besoin de la résurrection dans la nature.
Alors disparaît le rapport direct qui existait avec la fête d’Adonis, le rapport avec le Mystère du Golgotha. L'expérience intérieure que fait tout homme lors de sa mort perd de sa force lorsque l'homme sait au fond de lui-même qu'il passe par la porte de la mort sur le plan terrestre puis, pendant trois jours, fait une expérience qui peut le rendre très grave ; mais ensuite, l’âme ressent une joie intérieure sachant que précisément à partir de la mort elle peut, après trois jours, s'élever à l'immortalité spirituelle.
La force que recelait la fête d'Adonis s'est perdue. D'abord il fallut que cette force devienne d'une grande intensité. Le regard était tourné vers la mort du dieu de toute la beauté contenue dans l'humanité, de toute la grandeur et de toute la vigueur de la jeunesse. Cette divinité était plongée dans la mer, le jour de deuil. L'ambiance devenait grave, parce qu'on voulait d'abord éveiller le sentiment pour ce qui est éphémère dans la nature.
Mais ensuite, ce sentiment de l'éphémère dans la nature devait se transformer dans l'âme humaine, après trois jours, en un sentiment de résurrection suprasensible de l'âme humaine. Lorsque l'image du dieu était de nouveau retirée de l'eau, ceux qui avaient été instruits correctement percevaient l'image de l'âme humaine quelques jours après la mort : alors, ce qui se déroule en esprit pour l'hommes décédé, surgit devant l'âme comme l'image du dieu ressuscité, du dieu de la beauté et de la force de la jeunesse.
Ce qui est si étroitement lié au destin de l'homme était évoqué en esprit dans l'homme, chaque année en automne. À cette époque lointaine, on n’aurait pas cru possible de prendre la nature extérieure comme point de départ. Ce qui pouvait être vécu en esprit était inséré dans la cérémonie cultuelle, dans l'acte symbolique. Mais, lorsque dut disparaître l'image des temps révolus pour faire place au souvenir sans image intime, ressenti dans l'âme du Mystère du Golgotha qui représente le même événement, l'humanité n'eut pas la force de le réaliser parce que l'esprit s'était enfoncé dans les profondeurs de l'âme. C'est pourquoi on a eu besoin du support de la nature extérieure. Mais celle-ci ne fournit pas de symbole complet du destin de l'homme dans la mort. L'idée de la mort a pu continuer. Mais l'idée de la résurrection s'est de plus en plus effacée. Même quand on parle de la résurrection comme contenu de foi, cette idée n'est guère vivante dans l'humanité actuelle. Elle doit le redevenir par la conception anthroposophique qui éveille à nouveau chez l'homme le sens de l'authentique notion de résurrection.
Si d'une part, comme cela a déjà été dit, le sentiment anthroposophique doit être réceptif à la pensée michaëlique annoncée, {et} la pensée de Noël doit pénétrer en profondeur le sentiment, l'idée de Pâques deviendra particulièrement solennelle. L'anthroposophie doit ajouter la pensée de la résurrection à celle de la mort. Elle doit elle-même devenir une sorte de fête intérieure de résurrection de l'âme humaine. Elle doit apporter, dans la conception du monde, une atmosphère pascale. Elle pourra le faire si l'on comprend que l'antique idée des mystères continue de vivre dans la pensée de Pâques bien comprise, s'il se forme une conception juste de l'homme en tant que corps, âme et esprit, une conception juste du destin du corps, de l'âme et de l'esprit de l'homme dans les mondes physique, psychique et spirituel-céleste.
Rudolf Steiner
[Gras ou souligné : S.L.]
Note de la rédaction
Un extrait isolé issu d'une conférence, d'un article ou d'un livre de Rudolf Steiner ne peut que donner un aperçu très incomplet des apports de la science de l'esprit d'orientation anthroposophique sur une question donnée.
De nombreux liens et points de vue requièrent encore des éclairages, soit par l'étude de toute la conférence, voire par celle de tout un cycle de conférence (ou livre) et souvent même par l'étude de plusieurs ouvrages pour se faire une image suffisamment complète !
En outre, il est important pour des débutants de commencer par le début, notamment par les ouvrages de base, pour éviter les risques de confusion dans les représentations.
Le présent extrait n'est dès lors communiqué qu'à titre indicatif et constitue une invitation à approfondir le sujet.
Le titre de cet extrait a été ajouté par la rédaction du site www.soi-esprit.infoEn outre, nous invitons avec insistance toutes les personnes qui consultent les extraits de livres ou de conférences sous forme d'écrits ou de podcasts plus ou moins régulièrement sur le présent site, d’acquérir les livres d'où ils proviennent : en les achetant, vous rendez possible le travail de publication actuel et à venir, c'est-à-dire que vous contribuez à la pérennisation des maisons d’édition de livres anthroposophiques ainsi que des canaux de commercialisation spécialisés, ce qui est un enjeu toujours plus important actuellement (2025) {note : le présent site est tout à fait indépendant par rapport à ces organismes}.
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