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Citation - Entre mort et naissance
  • « (…) Celui qui sait que chaque année lui révèle de nouveaux mystères sait également que la vie après la mort lui en révèlera d’autres ; pour lui, douter du prolongement de ce qui apporte du nouveau au développement du corps n’a pas de sens. Pour lui la vie après la mort devient quelque chose de réel, de vraiment réel : ce n’est plus alors ce principe égoïste qui a cours si souvent, mais c’est le principed’humanité (…). »

    Stuttgart, 26 avril 1918GA174b

    Rudolf Steiner
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Vérité et mensonge
Dante et Beatrice au paradis, selon Gustave Doré (1860)

 

Extrait du reccueil de conférences « Les arrière-plans spirituels de la Première Guerre mondiale »
Stuttgart, le 23 avril 1918 - 14ème conférence
Rudolf Steiner – GA174b
Éditions anthroposophiques romandes (2010) -
Traduction : Jean-Marie Jenni

(…) Songez que depuis de nombreux siècles, quand il est question de l’immortalité, on ne pense surtout qu’à ce qui vient après la mort. On se demande toujours : est-ce que l’homme peut transporter dans l’au-delà ce qu’il a développé au cours de sa vie physique ? C’est ce qui importe avant tout. Cette question de l’immortalité est certes importante, mais elle prendra un autre aspect lorsqu’on tiendra compte, je dirais, de son autre moitié, c’est-à-dire de la vie avant la naissance, lorsqu’on ne se demandera plus seulement : qu’est-ce qui advient après la mort ? mais surtout : comment ce qui se passe ici sur terre dans mon corps physique fait-il suite à ce qui s’est passé auparavant ? 

Pour la vie que nous avons passée avant la naissance, notre vie ici sur terre est un au-delà. La pensée saisira de préférence cette direction-là du regard. Les êtres humains verront qu’ils ne peuvent comprendre la vie ici sur terre que s’ils la conçoivent comme une continuation de la vie de l’esprit dont ils sont issus. Ils commenceront de nouveau à s’intéresser à la vie qui a précédé la vie sur terre. On peut dire qu’hormis à la fin du 19e siècle, les êtres humains s’intéressaient encore à la question de l’immortalité, mais ce n’était toujours qu’à la partie qui fait suite à la vie terrestre. C’est ce que faisaient les érudits philosophes ; ils se réclamaient francs de tout préjugé, or ils étaient sur ce point de bien misérables ignorants, car ils ne faisaient que prolonger les préjugés de certains courants. Songez qu’à l’époque d’Origène[1] l’Église a condamné l’idée de la préexistence de l’âme, et qu’Origène lui-même a été condamné pour l’avoir enseignée. L’Église tomba d’ailleurs dans un affreux dilemme, car elle condamnait ainsi le plus grand Père de l’Église. Mais cette pensée fut interdite dans l’Église. Tout au long du Moyen Âge on a pris l’habitude d’ignorer l’enseignement de la préexistence de l’âme. Tout le monde a repris cela allègrement, les philosophes, les écrivains, les professeurs, tous prétendent être sans préjugés. Ils le prétendent d’ailleurs également dans d’autres domaines dont je vous ai donné ici déjà des exemples. 

Il s’agit avant tout d’être au fait que l’orientation de la pensée, l’orientation de la conception du monde doit subir une inflexion sévère grâce à la science de l’esprit. La vie terrestre n’apparaîtra dans sa vraie valeur que si on la conçoit somme le prolongement de la vie de l’esprit. Elle n’est compréhensible que comme cela. Sous cet angle de vue, on obtiendra également un jugement plus sain sur l’autre face de la question. Lorsqu’on sera plus au fait de la signification de cette vie-ci pour la vie dans l’au-delà, lorsqu’on saura que l’être humain cherche à venir sur terre parce qu’il a besoin de l’expérience de la vie terrestre, alors on aura changé, bien plus que jusqu’à présent, les prémisses du questionnement concernant la valeur de la vie terrestre.

Voici un élément qui vous indiquera tout particulièrement combien il est important de se poser la question de la valeur de la vie humaine sur terre. On ne distingue généralement pas entre les deux propositions suivantes : « l’homme pense » et « l’homme a des pensées ». C’est pourtant fort différent. Penser est une force dont l’homme dispose, c’est une activité, et cette activité conduit à des pensées. Or cette activité de penser, cette force qui vit quand nous pensons, nous l’apportons avec nous, lors de la naissance, lorsque nous venons du monde spirituel dans lequel nous avons vécu entre la mort et une nouvelle naissance. Nous appliquons cette force de penser aux objets qui nous viennent du monde extérieur par nos organes sensoriels. Nous élaborons des pensées à propos du monde extérieur. Mais ces objets du monde extérieur n’ont aucune signification pour la vie entre la mort et une nouvelle naissance, car ils ne sont rien dans l’au-delà. Ils ne sont qu’ici pour nos sens. C’est pourquoi les pensées élaborées à partir des objets qui nous parviennent par les sens n’ont pas de valeur entre la mort et une nouvelle naissance ; ce qui compte alors, c’est d’avoir augmenté la force de la pensée, car cette force reste acquise tout au cours de la vie entre la mort et une nouvelle naissance. Les pensées obtenues à la suite des perceptions sensibles sont stériles après la mort. Elles ne servent qu’à procurer des points d’ancrage pour le souvenir que l’on a du moi dans la vie entre la mort et une nouvelle naissance.

Considérons deux personnes. La première ne se soucierait d’aucune science de l’esprit ni de ce qu’on peut connaître de la vie après la mort. Elle ne s’occupe que de pensées liées aux perceptions sensibles et de ce qu’offre habituellement la science, c’est-à-dire rien d’autre non plus que ce qu’offrent les sens. Elle attend d’être morte, c’est-à-dire d’être dans le monde spirituel pour s’occuper d’autre chose. C’est, entre parenthèses, une espèce moins mauvaise à certains égards que l’espèce, apparue à la fin du 19e siècle, et qui croyait devoir nier de toute la force de sa science l’existence d’un monde spirituel, selon l’adage d’un poète : « Aussi vrai qu’il y a un Dieu dans le ciel, aussi vrai je suis athée ! »[2] C’est à peu près de cet état d’esprit, « de ces riches contenus de l’âme », que s’est nourri l’athéisme du 19e siècle. Mais prenons un homme qui, sans nier l’esprit, ne voudrait tout simplement pas s’en occuper de son vivant. La seconde personne, au contraire, aborderait l’élaboration de pensées à propos du monde spirituel. Ce sont sans conteste des pensées différentes des premières, et c’est vite vu : les pensées qui n’accueillent aucun monde spirituel sont considérées généralement comme étant les pensées intelligentes, des pensées réelles, tandis que les pensées décrites par la science de l’esprit sont considérées généralement comme folles, fantaisistes, fantasques, etc.

Dans quelles situations seront ces deux personnes après leur mort ? Celle qui n’a pas nourri de pensées à propos du monde spirituel sera, en tant qu’être psychique après la mort, comme un organisme physique sans nourriture, elle sera affamée. Car les pensées que nous formons ici sur terre à propos du monde spirituel sont la nourriture de la force principale qui reste après la mort : la force de pensée. La force de pensée est, dans la vie entre la mort et une nouvelle naissance, comme la force de la faim ici-bas, mais alors elle ne sera pas rassasiée. Dans la vie entre la mort et une nouvelle naissance nous pouvons avoir des imaginations, des inspirations et des intuitions, mais nous ne pouvons pas avoir de pensées en tant que telles. Il faut les acquérir ici-bas. C’est pour acquérir des pensées que nous devons entrer dans la vie terrestre. Lors de notre vie entre la mort et une nouvelle naissance nous consommons sans cesse les pensées, et s’il n’y en a pas... c’est la famine ! Voilà la différence. Celui qui refuse de se forger des pensées à propos du monde spirituel se condamne à souffrir de la faim dans l’autre monde, tandis que celui qui cultive, comme nous le faisons ici, des pensées à propos du monde spirituel, pourra alors satisfaire sa faim. Si le matérialisme devait rester la seule conception du monde envisagée par les humains, ceux- ci souffriraient, dans la vie entre la mort et une nouvelle naissance, dirais-je, d’une famine épidémique. La conséquence serait alors que, dans leurs incarnations ultérieures, les humains reviendraient affligés de dépérissement, de rabougrissement. Le monde spirituel irait dépérissant et, par voie de conséquence, également la vie terrestre pour tout l’avenir que l’humanité est encore appelée à passer sur terre. On a réussi, d’une certaine façon, à répandre l’adage « après moi le déluge ! » dans une humanité ignorante, ignorante des conséquences. Bien que cet adage ne soit pas vraiment appliqué, il règne néanmoins dans les âmes de notre époque matérialiste. C’est un adage absurde pour quiconque connaît la réalité. Car l’action présente des êtres humains, leur intérêt ou non à immerger leur âme dans le monde spirituel, forme le sol du développement futur. Le salut de la terre dépend du fait que l’humanité d’à présent ne néglige pas de se forger des pensées à propos du monde spirituel. Il faut que de plus en plus, tous ceux qui vivent à présent reconnaissent cela. Tout dépend au plus haut point de la compréhension spirituelle de la marche du développement de l’humanité. (…)

 

[1] Origène, 182-253 après Jésus-Christ

[2] Ndt : en français on dit « Je suis athée, Dieu merci ! »

[Caractères gras et italique S.L.]

Rudolf Steiner

 

Note de la rédaction
Un extrait isolé issu d'une conférence, d'un article ou d'un livre de Rudolf Steiner ne peut que donner un aperçu très incomplet des apports de la science de l'esprit d'orientation anthroposophique sur une question donnée.

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Le présent extrait n'est dès lors communiqué qu'à titre indicatif et constitue une invitation à approfondir le sujet.
Le titre de cet extrait a été ajouté par la rédaction du site  www.soi-esprit.info   

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