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Jusqu’il y a quelques décennies encore, dans les pays et régions sous l’influence de la religion catholique, les défunts étaient veillés pendant trois jours et trois nuits environ après leur décès. Ce n’est qu’au terme de cette période que les funérailles étaient célébrées. Or, à l’époque moderne, surtout en Occident, si l’être humain ne comprend pas, au moyen de sa conscience individuelle, les fondements d’une pratique ou d’une coutume, même celles transmises par de d’innombrables générations d’ancêtres, il finit par la délaisser complètement. C’est ce qui s’est produit avec l’abandon quasiment généralisé de la veille des défunts, encore appelée aussi veillée mortuaire.
Pourtant, maintes traditions religieuses eurent originellement un fondement spirituel réel. Mais dans des temps anciens, ce fondement spirituel fut progressivement oublié, et il ne demeura plus que des traditions répétées de génération en génération, de plus en plus mécaniquement. Les traditions devinrent de simples coquilles vides de sens.
Quel serait le fondement spirituel oublié, à l’origine de la veillée des défunts ?

Après le décès d’un proche, nous sommes nombreux à éprouver instinctivement une certaine aversion à en dire du mal. Pourtant nous savons tous que nous avons commis des actes immoraux, destructeurs ou provoqué du « mal » pendant notre existence, et qu’il en est de même de nos défunts.
En outre, de nombreuses personnes, imprégnées de conceptions matérialistes très dominantes aujourd’hui, surtout en Occident, pensent qu’après la mort n’existe plus rien. La mort serait un néant absolu pour le défunt.
Pourquoi alors éprouvons-nous cette difficulté à dire le mal qu’ont effectué nos défunts après leur décès ? Pourquoi existe-t-il cette espèce de retenue instinctive ?

Tant que l’être humain vit dans son corps physique, il a le sentiment que la vie lui est donnée « de l’extérieur ». Tout le contenu de ses perceptions, impressions, émotions, pensées ordinaires, lui semble comme insufflé par le monde extérieur. Jusqu’au moment de sa mort, il est dans une certaine passivité.
Après avoir franchi la porte de la mort, il se sent abandonné par son corps physique, instrument de ses perceptions, de sa pensée, de ses sentiments et de sa volonté, dont il disposait depuis la naissance. Il a le sentiment de s’éloigner de toutes les impressions qu’il a connues pendant son existence physique, c’est-à-dire de l’environnement terrestre, des êtres humains qui l’habitent, y compris ses proches.
« La terre s’éloignant », emportant avec elle tout ce qu’elle dispensait de l’extérieur, quelque chose de nouveau apparaît dans la conscience humaine, qu’il était impossible de découvrir pendant le séjour dans le corps physique : le sentiment que la vie jaillit de l’intérieur de soi-même.
| « Le problème le plus important de toute la pensée humaine : Saisir l'être humain en tant qu'individualité libre, fondée en elle-même » Vérité et Science, Rudolf Steiner |