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Note de la rédaction (SL) : Dans un chapitre du livre « Le cas Tomberg. Anthroposophie ou Jésuitisme » (à l'annexe II point 3), Christian Lazaridès aborde spécifiquement l’argument chronologique qui est utilisé par certains tombergiens, dont Robert Powell, pour étayer l'identification entre Valentin Tomberg et le Bodhisattva. Au-delà du cas spécifique de Valentin Tomberg, l’étude de Christian Lazaridès s’avèrera particulièrement précieuse aussi pour apprendre à discerner et à déconstruire ce type d’argumentation mise en œuvre à l’égard d’autres personnalités encore, à qui sont attribuées des «qualités et identités spirituelles» impropres sur base de raisonnements chronologiques fallacieux. Remarquons au passage, que malgré les grossières falsifications opérées par Robert Powell et d'autres auteurs, relatées dans le livre précité, ainsi que ci-dessous et dans un autre extrait sur ce site, Robert Powell poursuit leur diffusion, y compris bien sûr à Dornach (voir par exemple le texte de son intervention du 22 au 29 juillet 2022).

Dans son introduction critique à la pédagogie Waldorf, Ullrich en vient à une évaluation ambivalente de l’école Waldorf : en elle vit selon lui : « une pratique remarquable et en même temps une théorie douteuse » La contribution suivante explore la seconde partie de cette affirmation. Elle ne prétend donc pas évaluer toute l’ampleur de l’ouvrage d’Ullrich et le remettre en question de manière critique — ceci a déjà eu lieu dans la recension de Jost Schieren. Elle se concentre plutôt sur deux thèmes : la réflexion sur la position de l’anthroposophie au plan de la théorie scientifique [en vigueur, ndt] et l’analyse de l’affirmation d’Ullrich que la psychologie du développement de Steiner serait pré-scientifique et à ranger comme un « anachronisme psychologique ».
Résumé : Dans quel rapport se tiennent mutuellement mystique et science ? Pour clarifier cela, on sonde le concept de Protoscience dans ses couches de signification ambivalentes. Cela permet, tout en reliant mystique et science, de mettre aussi en évidence les caractères les éloignant l’une de l’autre : alors que la science actuelle, en considération de sa relation aux objets physiques, se rattache foncièrement à des manières de voir et pratiques mystiques (par exemple en référence à l’alchymie et l’astrologie), elle se démarque véhémentement de l’implication mystique de la conscience humaine et de sa quête spirituelle de Dieu. Cette démarcation encourage, d’une part, la marche triomphale de la science (naturelle) moderne, accompagnant la naissance de l’auto-conscience de l’époque moderne dans sa propre gouvernance et dans le sérieux de son investigation expérimentale méthodique. D’autre part, Il devient évident qu’une élimination totale des aspects plus profonds, rationnellement non saisissables, de la conscience, n’a pas été atteinte, ni n’est non plus exécutable. À l’appui d’exemples, on élucide comment un penser et un agir motivés par la mystique, peuvent être indiqués en tant qu’expression symbolique de ces forces de conscience-là précisément, que la science actuelle rend principalement d’abord possibles. Ceci s’effectue sur l’arrière-plan d’une investigation immanente de la conscience permettant d’unir la revendication existentielle-empirique holistique de la mystique d’avec un concept de recherche méthodiquement élaboré. Une telle forme nouvelle de recherche est appelée pour cela à estimer la mystique aussi bien dans sa scientificité actuelle avant-coureuse et immature, qu’à reconnaître son potentiel renvoyant dans un futur lointain à une culture scientifique transrationnelle et à la réaliser sous une forme conforme à l’époque.
[l'expression champ de tension(*) est aussi possible, comme dans la version allemande ndt]

Parmi les universitaires de l’éducation, l’enseignement Waldorf tend à être vu avec un degré considérable de scepticisme critique. Cette critique n’est pas focalisée sur l’enseignement, en tant que tel, mais sur la vision du monde qui est derrière, à savoir, l’anthroposophie. Prange (Prange, 1985, 2005), Ehrenhard Skiera (Skiera, 2009), sans parler de Heiner Ullrich (Ullrich, 1986, 1988, 2015), tous insistent de façon pénétrante sur le fait que la dépendance de l’enseignement Waldorf de l’anthroposophie la rend inacceptablement, « grevée d’une vision du monde ».

Recension de l’ouvrage d’Heiner Ullrich : Pédagogie Waldorf. Une introduction critique, 182 pages. Beltz-Verlag — Weinheim, Bâle 2015. Le pédagogue scientifique Mayençois, Heiner Ullrich, s’occupe depuis plus de trente ans de l’école Waldorf. Dans son mémoire de thèse de l’année 1986, « Pédagogie Waldorf et conception occulte du monde ». Une confrontation philosophique de l’éducation avec l’anthropologie de Rudolf Steiner » (Ullrich 1986), il s’explique déjà avec les bases anthroposophiques de la pédagogie Waldorf. Dans les publications suivantes, il s’approche de la pédagogie Waldorf par le côté de la recherche empirique (voir Ullrich 2004 & 2007). À l’occasion du 150ème anniversaire de Rudolf Steiner, il publia une biographie de Steiner (Ullrich 2011).

À gauche: Robert Powell - À droite : Valentin Tomberg
(...) nous touchons au nœud du problème Tomberg : la prétendue nécessité d'un lien entre le christianisme ésotérique et le christianisme exotérique, ce dernier sous la forme donc de l'Église catholique-romaine et du jésuitisme. Ce geste de lier anthroposophie et Église catholique-romaine est présenté ici comme un idéal, alors qu'il ne peut aboutir qu'à une récupération occulte et à la dénaturation totale de l'impulsion anthroposophique. Et quand il est question du «calice du christianisme historique» - pour qualifier en fait la papauté et les jésuites - il s'agit d'une véritable suggestion de l'Anti-Graal (...).

L'opposition la plus grande à cette initiation chrétienne-rosicrucienne, donnée aujourd'hui à l'humanité occidentale sous la forme de l'anthroposophie, constitue «l'initiation de la volonté des jésuites», qui s'accomplit «par la pratique des exercices spirituels» d'Ignace de Loyola. Ces deux voies d'initiation conduisent dans deux directions opposées. La première voie conduit à l'idéal chrétien le plus élevé, celui de la liberté et de l'amour, la deuxième à la soumission de l'homme à une autorité extérieure, que l'on fait passer pour «divine».

En ce printemps 2022 est paru sur le site internet de la société Anthroposophique en France (SAF) un communiqué intitulé : COVID-19, vaccin et rigueur scientifique de l’anthroposophie[1].
Il y a déjà pas mal de temps, Le Monde diplomatique a fait paraître, sous la plume de Jean-Baptiste Malet, un article à charge contre Rudolf Steiner et l’anthroposophie que leurs pourfendeurs continuent d'adorer citer, malgré des articles plus récents, parus dans Le Monde tout court, qui ont démontré que l'essentiel des accusations lancées était fallacieux, et n'était fait que pour trouver de bonnes raisons de s'en prendre à l'anthroposophie. L'idée même, tendancieuse, de multinationale de l’ésotérisme, était issue d'un article du sociologue Stéphane François paru dans Critica Masonica, qui essayait d'évaluer moralement l'anthroposophie, parce qu'elle était, disait l'auteur, à la mode. Même s'il modérait ses critiques, Stéphane François, de toute façon quelqu'un de modéré et de centriste, suggérait des déviances qui n'avaient plus qu'à s'exprimer plus passionnément chez des auteurs moins exposés, tels que Jean-Baptiste Malet, ou même des organes moins faciles d'accès, tels que Franc-Maçonnerie Magazine.
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