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 « Le problème le plus important de toute la pensée humaine : Saisir l'être humain en tant qu'individualité libre, fondée en elle-même »
Vérité et Science, Rudolf Steiner

   

Citation
  • «On n’est pas un scientifique de l’esprit parce qu’on laisse couler sur soi, une fois par semaine, ce qui peut être dit sur les esprits élémentaires, les hiérarchies, etc., et qu’on assiste à tout cela en spectateur froid, ou enthousiaste, qu’importe - j’ignore ce qu’il en est - mais on devient un scientifique de l’esprit quand les choses deviennent vivantes à l’intérieur de soi et qu’on peut les transporter alors dans les petites choses de la vie, quand on peut par exemple, parce qu’on est un scientifique de l’esprit, éprouver de la nausée devant le bourbier de l’art contemporain et ne pas s’en tenir au point de vue auquel les théosophes s’obligent volontiers, qui consiste à faire partout régner l’amour pour les humains et donc à éviter de nommer par son vrai nom ce qui est mauvais et corrompu.»
    Berlin, 13 février 1913 - GA167

    Rudolf Steiner
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ange

Un blogueur appelé Grégoire Perra, ancien anthroposophe repenti, m’a cité deux fois sur un de ses blogs, mais avec plusieurs erreurs. 

La première fois, le 17 mars 2021, il évoque un article dans lequel j’établis des rapports entre lui et le poète Prudence, qui vivait au Ve siècle et qu’il présente comme un “moine” alors qu’il était administrateur dans l’Empire romain (sous Théodose Ier). Il se plaint de cet article, mais à mon avis il est content de pouvoir le répertorier.

La seconde fois, le 1er mai de la même année, il évoque une discussion que j’ai eue avec des amateurs de langues régionales sur Facebook. Il prétend que je brandis “partout” une lettre d’Emmanuel Macron adressée à l’ancien maire de la commune d’Habère-Poche (Haute-Savoie, France) Marc Bron, dans lequel le président de la république française me félicite d’avoir édité (en collaboration avec Marc Bron, par ailleurs professeur) les poésies en savoyard de mon arrière-grand-oncle Jean-Alfred Mogenet (1862-1939). Peut-être jaloux, Grégoire Perra reproche au chef de l’État de m’avoir fait un tel compliment, sous on ne sait quel prétexte. Je n’ai montré cette lettre qu'une fois, à un moment où mon expertise sur les langues régionales était contestée.

J’ai brandi cette lettre et ai rappelé que j’avais été trésorier de l’Association des Enseignants de Savoyard, que j’avais, dans mes cours, souvent présenté des poètes en langue régionale, anciens ou modernes – et, dans ma thèse de doctorat, m’appuyant sur l’exemple de Frédéric Mistral (1830-1914), cherché à montrer comment les poètes en langue savoyarde entraient plus spontanément dans la logique spirituelle, dans ce qu’on pourrait appeler la pensée mythologique, qu’en français: Mistral en avait déjà parlé pour le provençal, plus propre, affirmait-il,  à l’épopée que le français, langue de juristes et de diplomates. De fait, Rudolf Steiner faisait l’éloge des parler paysans comme recelant des vérités spirituelles sur le monde, reflétées spontanément par la sagesse populaire dans la langue qu’elle utilisait pour s’exprimer1. Cela allait dans mon sens.

Visiblement, Grégoire Perra a été également choqué que Steiner ait estimé que le “moi” était davantage développé dans la culture allemande, à son époque, que dans les autres cultures. Il ne le disait pas pour toutes les époques, estimant que, pour les époques anciennes, les cultures juive, grecque et latine l’étaient davantage, et que, au Moyen-Âge, ceux qui l’étaient le plus étaient les dominicains et les rabbins. Il entendait par là un moi conscient, pensant, exerçant sa raison indépendamment des contraintes extérieures. Pour la culture allemande, il s’appuyait à cet égard surtout sur Fichte (1762-1814), dont la pensée selon lui avait opéré un tournant. Hegel (1770-1831) aussi en était à des yeux une marque importante. Et il est effectivement difficile de nier que la philosophie moderne est essentiellement allemande, même si on trouve des génies dans d’autres langues également. Les effets sur le système politique en sont certainement un sens plus spontané et plus aigu de l’individu et de ses droits, mais aussi ses devoirs librement choisis, dans les pays dits du nord que dans les pays dits du sud (de l’Occident). Le romantisme allemand, de toute façon, est fondateur, dans la culture moderne. Bien sûr, il entre en concurrence avec la philosophie des Lumières, dominée par la France, et cela peut énerver Grégoire Perra et d’autres âmes francophones qu’on préfère l’idéalisme et le romantisme allemands ; mais je suis d’accord avec Steiner que ceux-ci intégraient davantage tout l’être humain – notamment l’être humain religieux, ou l’être humain poète, et que cela embrasse, justement, les manifestations culturelles populaires : les langues locales et régionales, et aussi les contes, la sagesse paysanne. Il est évident que la philosophie des Lumières, excessivement parisienne et aristocratique, les a  trop négligés. Un peu à l’image de Julien l’Apostat, qu’il admirait, Voltaire a essayé de puiser dans la sagesse antique et païenne, mais, y trouvant moins qu’il aurait cru, il s’est perdu dans le combat contre la religion chrétienne, niant finalement l’homme religieux, qui est une réalité. Le romantisme et l’idéalisme allemands ont corrigé cette erreur, qui fait tant de mal, par son agnosticisme forcé, à la vie culturelle en France. Car l’homme religieux est une réalité qu’on ne peut pas mettre sous le tapis, ce n’est pas vrai. Et le christianisme est la religion naturelle de l’Occident depuis bien des siècles, il est vain de lui en chercher une autre.

Ces idées choquent M. Perra, qui voudrait, peut-être, que les certitudes de la France des Lumières soient plus vraies que la réalité sociale de l’Occident. Et il en appelle, indirectement, à M. Macron pour défendre à cet égard l’honneur de la France française, de la France française étriquée, qui s’enferme dans son modèle philosophique suranné, et se montre peu capable d’affronter les défis effectifs de la modernité, surtout depuis la dissolution du marxisme dans le monde, et le retour en force du religieux. Chacun le voit, et personne ne sait comment faire. Steiner proposait évidemment des pistes, pour concilier le sentiment religieux et la modernité. Mais cela déplait aux agnostiques français, qui voudraient vivre les choses simplement sous le signe de l’antagonisme,  et pouvoir se dire les meilleurs sans avoir à se remettre en cause, en s’appuyant sur la seule tradition étatique. Hélas, cela ne marchera pas, et je remercie Grégoire Perra de m’avoir cité, car cela peut tout de même éclairer certains de ses lecteurs, quoi que lui-même en pense. Ce qu’il cite est bon et utile en soi, et il est naïf, de croire que si c’est lui qui cite, on sera plus d’accord avec lui qu’avec ce qu’il cite. Ce n’est pas forcément le cas.  

Je mentionnerai encore quelques inexactitudes de son article : d’abord, il est faux que, pour Steiner, les langues régionales soient spécialement émanées des archanges, comme on pourrait le croire en lisant la prose de M. Perra, peut-être à cet égard simplement mal ordonnée. Pour Steiner, c’était le cas de toutes langues, régionales ou nationales. Et il est faux aussi que, pour le même, les entités angéliques “collaborent” avec les êtres élémentaires : en fait, le monde angélique les produit, et ils exécutent ses directives. C’est en ce sens aussi que les phénomènes naturels sont providentiels, comme dans la pensée chrétienne ancienne. Enfin, gnome ne prend qu’un m.

Note :

1. Voir Rudolf Steiner, Agriculture. Fondements spirituels de la méthode Bio-dynamique, Genève, E. A. R., 2002, p.  146-148 : “Bien des dictons populaires contiennent une foule de sentences qui peuvent encore donner à l’homme d’aujourd’hui des indications importantes. Voyez-vous, il y a encore autre chose que j’aurais pu mentionner hier : parmi tout ce que je devais faire dans la présente incarnation et qui n’a pu être mené à bien, tout jeune encore j’ai eu l’idée d’écrire ce que j’appellerai une philosophie du paysan, de mettre par écrit l’idée vivante que se font les paysans de tout ce qui les touche. Cela aurait pu donner quelque chose d’extrêmement beau et réduire à néant l’affirmation du comte [de Keyserlingk] d’après laquelle les paysans sont bêtes. Il en serait ressorti une sagesse subtile, une philosophie qui, déjà dans la manière de former les mots, s’étend longuement, en une fresque littéralement grandiose, sur les aspects les plus secrets de la nature. Il n’est plus possible aujourd’hui d’écrire une philosophie du paysan comme celle-là ; à notre époque, ces connaissances se sont presque entièrement perdues. Les choses ne sont plus ce qu’elles étaient il y a quarante ou cinquante ans. Oui, tout cela était chargé d’une signification extraordinaire, car on pouvait apprendre auprès des paysans beaucoup plus qu’à l’université. Mais quoi, les temps étaient alors différents, on vivait à la campagne, avec les paysans, et on pouvait compter sur ses doigts les fois où l’on voyait venir les gens coiffés de chapeaux de bandits calabrais, ceux-là mêmes qui introduisirent ensuite le socialisme d’aujourd’hui dans les campagnes. Aujourd’hui, nous sommes dans un autre monde. Les plus jeunes parmi les auditeurs ici présents n’ont pas la moindre idée de la transformation que le monde a connue au cours des trente ou quarante dernières années. Les trésors authentiques que renfermaient les patois sont aujourd’hui perdus pour la plupart, et plus encore cette philosophie du paysan qui était un peu celle d’une civilisation.” 

 

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